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Roland-Garros: comment la trajectoire d'Hugo Gaston a basculé

C’est le héros de ce début de Roland-Garros. Hugo Gaston (20 ans), tombeur de Stan Wawrinka au 3e tour,  affronte ce dimanche en huitième de finale Dominic Thiem, finaliste sortant. Mais avant ses grands débuts sur le court Philippe-Chatrier, le Français a navigué entre son Occitanie natale et les instances fédérales.

Le Tennis Club de Fonsorbes, en Haute-Garonne. C'est là que tout a débuté pour Hugo Gaston (20 ans), la sensation française de Roland-Garros après sa victoire au 3e tour face à Stan Wawrinka. Son père est président, il tape ses premières balles sur les courts du club. Sa première entraîneure, Carole Hayes, détecte son talent très tôt, à l’âge de 6 ans, et contacte le comité départemental. "La professeure de son club a appelé la Ligue, se souvient Pierre Doumayrou, président de la Ligue Occitanie. Elle nous a dit: 'Venez voir, on a un petit qui joue très bien'. Le conseiller technique départemental y est allé, il a été pris. Et après, il est entré dans la filière habituelle, comité départemental, entraînement de Ligue." Avant le parcours classique.

Hugo Gaston progresse et en 2015, avant ses 15 ans, il intègre le Pôle France de Poitiers avec déjà, les qualités que l’on a pu apercevoir face à Stan Wawrinka. "Il a toujours été joueur au sens premier du terme avec une main intéressante, explique Arnaud Di Pasquale, directeur technique national à l’époque. Oui, certes plus petit que les autres, mais globalement ça l’a aidé à développer d’autres qualités."

Fermeture du pôle tennis de l’INSEP, retour à la maison

Hugo Gaston prend la direction de l’INSEP en 2016. Il reste une saison dans le bois de Vincennes. Puis, arrivent une nouvelle présidence à la Fédération française de tennis, avec Bernard Giudicelli à sa tête, un nouveau DTN Jean-Luc Cotard, et une décision, la fermeture du pôle tennis à l’INSEP. Il y aura alors deux wagons, l’un avec de jeunes joueurs qui iront au CNE (à côté de Roland-Garros), l’autre avec des joueurs qui retournent dans leur région avec un entraîneur fédéral. C’est le cas d’Hugo Gaston.

Un changement de politique à ce moment-là, avec l’objectif de la nouvelle équipe: s’appuyer davantage sur les structures régionales tout en gardant un suivi fédéral. "Hugo, je connais très bien son formateur (Marc Barbier, son entraîneur encore aujourd’hui, ndlr), je savais qu’au niveau territorial et éducatif, il serait entre de très bonnes mains, explique Jean-Luc Cotard, alors DTN et l’un des décisionnaires. Ce qui est primordial, c’est de construire le projet autour de la cellule familiale et d’un professeur qui le suit depuis longtemps. C’est pour moi le modèle qui génère le plus de performance. Le pôle, c’est le joueur, ce n’est pas le lieu où il est."

Une situation particulière mais pas totalement inédite. C’était déjà le cas de Sébastien Grosjean et Arnaud Clément, pour qui un entraîneur fédéral avait été mobilisé à Marseille. "Ça peut être perçu comme une sanction par le jeune mais les conditions qui lui ont été proposées restent de très bonnes conditions, explique Arnaud Di Pasquale. Il n’a pas du tout été délaissé, pas du tout mis sur la touche." 

Une décision difficile, peut-être dure à encaisser pour un jeune de 16 ans. "C’est tout sauf du rejet, continue Jean-Luc Cotard. C’est tout sauf : 'On ne croit pas en toi', c’est tout sauf ça. Ce dont je suis certain, c’est qu’un enfant doit être près de ses parents, les parents sont les vrais coachs, les coachs de vie et nous, nous sommes les techniciens." 

"Peut-être ça lui a donné une envie de revanche"

Hugo Gaston retourne alors dans sa région, l’Occitanie. C’est toute une Ligue qui va s’organiser pour trouver la bonne équipe autour de lui. Le choix de l’entraîneur apparaît comme une évidence, Marc Barbier, coach fédéral qui le connaît depuis longtemps. "C’est vrai que pour un gamin de cet âge-là, sentir qu’il n’y a pas de véritable marque de confiance comme pour les autres, ce n’est pas facile, témoigne Pierre Doumayrou, président de la Ligue Occitanie. Ce n’est pas un jeune qui s’épanche beaucoup, il s’extériorise sur le terrain, mais peut-être que ça lui a donné une envie de revanche en se disant: 'Je vais leur montrer si je ne suis pas bon'. Je n’ai jamais senti de véritable déception chez lui, mais il devait forcément l’avoir en lui. Mais à côté de cela, je dirais que ça a permis à Marc Barbier de bien travailler avec lui." A contrario, le seul jeune de sa génération qui a été conservé au CNE à l’époque, Jaimee Floyd Angele, n’a pas réussi encore à percer au haut niveau.

Hugo Gaston n’est pas le plus précoce mais brille chez les juniors (même s’il n’a atteint qu’un seul quart en Chelem), allant jusqu’à la deuxième place mondiale. Il joue son premier match en Grand Chelem en début d’année à l’Open d’Australie, à 19 ans, là où certains avaient déjà gagné de grands titres. Sa première victoire en majeur est à Roland-Garros, sa première victoire en cinq sets aussi, face à Stan Wawrinka. A son rythme, Hugo Gaston se fait une place. Il était 239e mondial en début de quinzaine, il sera au pire 157e après Roland-Garros.

Ilias Grandjean