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L.Bourgnon : « La Route du Rhum, c’est nos Jeux Olympiques »

Laurent Bourgnon

Laurent Bourgnon - AFP

Double vainqueur de la Route du Rhum (1994, 1998), Laurent Bourgnon était l’invité du Super Moscato Show ce vendredi sur RMC. Le navigateur suisse reste un grand passionné de la course transatlantique.

Laurent Bourgnon, pourquoi la Route du Rhum est-elle une course mythique ?

Déjà, parce c’est la première course française, créée par (Michel) Etevenon. Et puis, il y a eu le premier duel Malinovsky-Birch qui a révélé les multicoques en 1978. Derrière, il y a eu toute une génération de marins qui ont développé des bateaux, avec des histoires incroyables. C’est devenu un peu nos Jeux Olympiques. Chaque coureur au large a envie d’inscrire cette course à son palmarès. Il y a une âme particulière, aussi, à Saint-Malo. Et puis, l’arrivée à Pointe-à-Pitre, c’est fantastique. La chaleur, la fiesta… C’est vraiment une course à vivre.

C’est un grand changement en quelques jours…

Les premiers jours de course, en général, il y a des dépressions, des vents de face. Il faut tirer des bords. C’est rude. Il y a le risque des cargos, le courant. Et puis sur la deuxième partie, on commence à dérouler les gennakers. Ce sont les hautes vitesses, la glisse, le plaisir à l’état pur. La météo s’améliore.

N’est-ce pas aussi l’aventure de Florence Arthaud en 1990 qui a attiré le grand public ?

Bien sûr. Florence a contribué, c’était merveilleux. Une belle arrivée, une belle histoire. Ça a fait rêver énormément de gens, nous les premiers. De l’intérieur, quand on vit ces courses, on s’implique à 300% et on a envie de naviguer au mieux, de s’appliquer pour couper la ligne d’arrivée en tête.

Pourquoi les navigateurs sont-ils aussi attirés par la course en solitaire ?

Ce serait tellement mieux en double mixte ! (Rires) Je ne connais pas d’autres sports où on peut avoir autant de sensations. Il y a des gens qui pensent que la nuit, des fois, on roule les voiles, on jette l’encre, on va dormir et on repart le matin. Mais sur ces multicoques, on est lancé à plus de 25 nœuds. C’est plus rapide que le ski nautique, par exemple. Et donc il faut se reposer, gérer tout le temps. C’est incroyable comme on est capable d’aller chercher des forces qu’on n’utilise pas dans la vie courante. C’est d’une intensité vraiment étonnante. C’est ce que je connais de plus fort.

Le danger est également très présent…

En deux secondes, on peut se retrouver à l’envers. Ça m’est arrivé plusieurs fois dans ma carrière. La collision, il ne faut pas y penser. Sinon, tu ne peux pas dormir. Et si tu ne dors pas, en deux ou trois jours, tu n’es plus rien.