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Transat Jacques Vabre: le grand retour de François Gabart

Le départ de la Transat Jacques Vabre sera donné dimanche depuis le Havre à 13h27 direction la Martinique. Avec chez les Ultimes le retour très attendu de François Gabart à la barre d'un nouveau bateau à l'architecture révolutionnaire.

Il n'a plus navigué en compétition depuis quasiment trois ans. Lors de la dernière Route du Rhum en 2018, François Gabart terminait deuxième à la barre de son trimaran Macif coiffé sur la ligne par le vétéran Francis Joyon (7 minutes d'écart à l'arrivée). Une déception pour le marin qui aurait aimé accrocher à son palmarès une nouvelle course, la dernière, il le savait avec ce bateau.

Un bateau déjà couronné de succès. En 2017, avec ce maxi-trimaran, François Gabart avait explosé le record du tour du monde en solitaire. Une performance exceptionnelle. Un Tour du monde bouclé en 42 jours et 16 heures battant de 7 jours le précédent record de Thomas Coville.

A 34 ans à l'époque, François Gabart continuait de marquer de son empreinte le monde de la voile et "Le Petit Prince des Océans" - surnom acquis après son succès sur le Vendée Globe 2012 - ne comptait pas s'arrêter là. Son nouveau projet: construire un nouveau bateau volant dernière génération. Avec une obsession: aller toujours plus vite.

Le retrait de la Macif le gros coup dur et les doutes

Le projet est lancé. François Gabart l'ingénieur et le chef d'entreprise développe son écurie de course au large Mer Concept. Basé à Concarneau, l'entreprise emploie aujourd'hui 80 salariés et s'est notamment occupée du Vendée Globe de Charlie Dalin sur Apivia.

Tout avance parfaitement. La construction du bateau débute mais le 12 mai 2020, c'est le coup dur. François Gabart apprend au téléphone que son sponsor historique Macif stoppe son partenariat après 10 ans de collaboration et de succès continus.

"Quand j'ai raccroché, j'étais sonné bien sûr", se souvient-il. Le nouveau bateau prend forme mais Gabart doit se concentrer sur la recherche d'un sponsor, multiplier les appels, les rendez-vous et malgré le CV XXL du marin, la mission est plus difficile qu'attendue. Il faut dire que l'on parle d'un sponsoring à gros budget. Le bateau neuf est estimé à 10 millions d'euros, plus 5 millions de frais de fonctionnement annuel.

Il lui faudra un an pour trouver. Le groupe de cosmétique Kresk SVR Lazartigue le rejoint et le bateau mis à l'eau fin juillet dernier peut finalement être habillé de ses nouvelles couleurs.

"C'est un soulagement oui. On est heureux et fier d'avoir ce beau bateau bleu, souffle François Gabart. Le timing était serré pour être au départ de la Jacques Vabre. On y sera. C'est une grande joie et une grande impatience. Ce bateau en plus est assez extraordinaire."

Un bateau-avion sans cockpit pour des pointes proches des 100km/h

Une chose est sûre. Son nouveau bateau détonne dans le paysage des Ultimes. Dès le premier regard, une chose saute aux yeux. Le bateau n'a plus de cockpit. La zone de vie n'est plus posée sur le pont mais directement insérée dans la coque centrale. Seules deux bulles dépassent du pont pour pouvoir barrer le bateau. Tel un aviateur. Un choix architectural radical. Les autres skippers ne cachent d'ailleurs pas leurs réserves.

Il faut s'imaginer vivre plusieurs semaines enfermé dans la coque, le marin passant sur un tour du monde 95% du temps à l'intérieur. Mais François Gabart défend sa vision. "C'est vrai qu'on sera peut-être à l'arrivée plus blanc, moins bronzé qu'au départ" sourit-il. "On voulait un bateau très épuré, très aérodynamique, le but étant de diminuer au maximum les prises au vent, les frottements. C'est pour nous la meilleure solution pour aller chercher la performance maximale" décrypte t-il.

Et à l'entendre, les premières navigations lui donnent raison. "On est un peu au-delà de nos espérances. On arrive à des vitesses de 50 noeuds en pointe un peu moins de 100km/h. Pour un bateau c'est extraordinaire avec des vagues en face de plusieurs mètres dans certaines conditions" s'enthouiasme t-il. "On peut rêver maintenant d'aller vite loin et longtemps avec des heures à 40 noeuds de moyenne et par la suite pourquoi pas des semaines. J'en rêve".

François Gabart va pouvoir vivre son premier test à partir de demain sur cette Transat Jacques Vabre. Son bateau étant tout juste né, le skipper s'attend à devoir gérer quelques soucis. L'objectif premier est donc d'abord d'être à l'arrivée à Fort de France. Et plus si affinités.

Xavier Grimault