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Championnats d'Europe d'athlétisme: aucun titre pour la France, une première depuis 40 ans

Avec neuf médailles à Munich mais surtout aucun titre européen, l’équipe de France d’athlétisme repart des championnats d’Europe à mi-chemin entre l’espoir d’une génération 2024 qui commence à émerger et la déception de voir un certain nombre de ses leaders flancher. Pour le directeur de la haute performance à la Fédération Française d’Athlétisme Romain Barras, le bilan est "plutôt correct". 

La France termine 22e au classement des médailles des championnats d’Europe derrière un trio composé de l’Albanie, de la Lituanie et de la Roumanie. Mais ce tableau ne reflète évidemment pas le niveau sportif de ces nations. Avec une seule médaille en or, ces pays sont placés devant la France. Sauf qu’au nombre de podium, les français sont sixièmes avec neuf médailles (quatre en argent et cinq en bronze). Loin des vingt médailles britanniques, des seize allemandes ou même les quatorze des Polonais.

Romain Barras, directeur des Bleus, n’avait donné aucun objectif chiffré à son équipe, mais reste sur sa faim. "On ne peut pas dire que c’est correct car il manque un titre européen. Malheureusement, l’athlé est un sport de millième ou de centimètre et sur le 110m haies, on passe à un millième de l’or." En effet, si Pascal Martinot-Lagarde, un clignement d’yeux derrière l’Espagnol Martinez, avait remporté le titre, la France serait déjà 12e au tableau des médailles. Et surtout, cela aurait évité aux Bleus de revenir sans champion d’Europe, une première depuis 40 ans et Athènes 1982. 

Les leaders sans jus après les mondiaux de Eugene 

Romain Barras regrette aussi le passage à vide d’un certain nombre de leaders. "Neuf médailles, c’est un peu juste aussi, car certains de nos cadors avec des médailles qui leur tendaient les bras, sont passés à côté. Kevin Mayer (abandon dès la première épreuve du décathlon), Renaud Lavillenie (7ème de la perche), Tual (demi-finaliste du 800m) ou Bigot (7ème du marteau à cause d’un mal de dos) étaient émoussés car ils avaient construit leur pic de forme pour les Mondiaux de Eugene."

Et ce ne sont pas les seules déceptions individuelles en Allemagne. Benjamin Robert était le meilleur européen du 800m en 2022, il échoue à la 5e place. Mickael Zeze visait deux médailles sur 100 et 200m. Il n’était même pas en finale. Sans oublier la pépite Sasha Zhoya, recordman du monde juniors du 110m haies, qui a beaucoup appris cet été. Qu’il était encore loin des tous meilleurs mondiaux et qu’il restait du travail. 

Kwaou-Mathey, Pommery, Happio, les nouvelles stars ? 

"Ce bilan n’est pas tout noir non plus car la génération 2024 se construit", se rassure le patron de l’équipe de France. En effet, quelques belles surprises sont venues apporter des médailles au clan tricolore. Dans le sillage du boss Martinot-Lagarde sur le 110m haies, le gamin d’Evreux Just Kwaou-Mathey arrache une médaille de bronze pour sa première finale chez les grands. A la longueur, Jules Pommery obtient aussi le bronze, sans oublier Wilfried Happio, vice-champion d’Europe du 400m haies derrière l’intouchable norvégien Karsten Warholm. Rénelle Lamote confirme aussi son statut avec une quatrième médaille d’argent sur le 800m.

Et sans monter sur les podiums, quelques jeunes pousses ont montré le bout de leur nez comme la très souriante Marie-Julie Bonnin à la perche, Solène Giquel à la hauteur, Shana Grebo sur 200m ou Thibaul Collet qui manque le bronze à la perche pour une tentative manquée supplémentaire par rapport au médaillé norvégien. Même sans gagner, Romain Barras croit en des jours meilleurs: "Ce sont des jeunes qui vont beaucoup apprendre de cet été. Tout l’hiver ils vont se laisser pousser les dents pour les mondiaux de Budapest en 2023."

Le sprint sauvé par les relais 

La grande fierté de la FFA, c’est la renaissance des relais. Sur les quatre équipes, trois relais étaient en finale (les deux 4x100m et le 4x400m masculin) et les deux équipes masculines ont remporté une médaille. L’argent pour le 4x100 de Jimmy Vicaut et le bronze pour le 4x400 de Thomas Jordier. "C’est le vrai reflet du niveau d’une équipe nationale. Et si avant on construisait des individualités pour monter le relais, on veut faire le contraire. Faire progresser l’équipe pour qu’en individuel, les Français puissent être présents." Il est clair que le sprint tricolore s’est complètement manqué en Allemagne avec le seul Mouhamadou Fall en finale du 100m (5ème) et la jeune Shana Grebo en finale du 200m (6ème).  

Les lancers en souffrance

Enfin, quand certains leaders passent à côté comme Quentin Bigot et Alexandra Tavernier, la relève n’est pas là. "Il y a tout de même les jeunes Chaussinand et Bruxelle derrière Quentin au marteau hommes, mais c’est vrai que, globalement, c’est compliqué dans les lancers", concède Romain Barras. Mélina Robert-Michon s’accroche mais à 43 ans, la lanceuse de disque semble s’éloigner des podiums. Quant au javelot et au disque masculin, aucun tricolore ne sort du lot. Il est de toute façon trop tard pour faire émerger une génération spontanée d’ici à Paris 2024, le vivier est déjà sous nos yeux, même si deux champions du monde juniors comme Erwan Konaté (longueur) ou Anthony Ammirati (perche) peuvent s’inviter dans les discussions. Avant de penser aux Jeux Olympiques, la FFA ira aux mondiaux de Budapest à l’été 2023 pour faire mieux qu’à Eugene, où seul l’or de Kevin Mayer avait sauvé la nation du ridicule zéro pointé. 

Aurélien Tiercin