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F1: pourquoi le Grand Prix d'Allemagne risque de disparaître

Le Grand Prix d'Allemagne, qui va se disputer ce week-end sur le circuit de Hockenheim, risque de vivre sa dernière édition. Souffrant de problèmes de rentabilité, il pourrait être délaissé au profit d'un nouveau circuit.

Va-t-on suivre le dernier Grand Prix d'Allemagne ce week-end? Le risque est bien présent. Aucune manche du championnat du monde de Formule 1 n'est programmée dans le pays l'année prochaine, et rien n'est pour le moment prévu pour les années suivantes.

Un Grand Prix à Miami privilégié?

Pourtant, l’Allemagne est une place forte du sport automobile et de la Formule 1. Et pour cause: Schumacher a remporté sept titres de champion du monde, Vettel en compte quatre, et Rosberg un. Depuis 2000, les Allemands ont même décroché dix titres de champion du monde, soit plus de 50% des couronnes mondiales. Mais les bonnes performances ne sont pas suffisantes pour assurer la pérennité du Grand Prix national.

Car dans un même temps, Liberty Media, le promoteur de la Formule 1, ne cache pas ses désirs floridiens. Un Grand Prix à Miami devrait avoir lieu prochainement, même si cela prend plus de temps que prévu. Mais on parle également du Vietnam, peut-être même d’un retour en Argentine. Bref, les destinations ne manquent pas. Et un circuit historique comme Hockenheim souffre face à ces nouveaux prétendants. Faute à la loi de l’offre et de la demande.

L'argent au centre de la tourmente

Hockenheim est un circuit privé qui ne tire ses revenus que de la billetterie. Le modèle économique est donc difficile à trouver, puisque pour figurer au calendrier de la Formule 1, il est nécessaire de payer un important droit d’entrée à la FOM (Formula One Management), qui peut augmenter au fil des années. Aussi, l’argent généré par la nourriture ou les produits dérivés via les boutiques à l’intérieur du circuit revient aux revendeurs qui ont payé une licence à la FOM pour avoir le droit d’être présents sur le circuit. Une source de revenus qui échappe donc totalement au promoteur du Grand Prix.

Autre problème, les tribunes du Grand Prix n'étaient pas pleines ces dernières années. La solution de créer une alternance entre le circuit de Hockenheim et celui de Nürburgring une année sur deux n’a pas permis d’être viable. Il n'y a pas même eu de Grand Prix d’Allemagne en 2015, ni en 2017.

La solution la plus plausible reste de renégocier le prix d’entrée du plateau, mais les promoteurs du Grand Prix d’Allemagne ne sont pas en position de force. Car Abu Dhabi, l'Azerbaïdjan, le Mexique, la Russie et d’autres sont prêts à payer le prix fort pour faire connaître leur pays, pour le présenter comme une destination touristique notamment. Et dans ce milieu, c'est l'argent qui fait la loi.

Des pilotes déçus

Les pilotes de F1 ne cachent pas leur déception face à la possible disparition du Grand Prix. Avec en première ligne, les pilotes allemands, comme Nico Hülkenberg:

"Ce serait vraiment dommage que Hockenheim disparaisse pour de bon. L’Allemagne est une place forte de l’automobile et ne pas avoir de Grand Prix serait vraiment décevant et triste", a-t-il déclaré au micro de RMC. "Je pense que tout cela est lié à des questions économiques, c’est aussi simple que cela. L’Allemagne a une grande histoire avec la course automobile et la Formule 1 en particulier. (...) Les Allemands sont un peu lassés parce que nous avons toujours été compétitifs, mais je pense que la raison principale est économique."

Même son de cloche du côté de Sebastian Vettel, qui tente de trouver une explication.

"C’est vrai qu’en général, les Allemands ont un peu de mal à être excités, enthousiastes. Pour les autres pays, c’est un petit peu plus facile de l’être. J’espère que le fait d’avoir été éliminés prématurément lors de la Coupe du monde cette année a permis aux gens d’économiser un peu l’argent qu'ils auraient utilisé pour faire des barbecues, et qu'ils pourront ainsi venir nous voir ce week-end."

La solution de Grosjean

Le Français Esteban Ocon regrette lui aussi le possible retrait du circuit.

"C’est sûr que quand on se rapproche des villes, il y a plus de monde et ça fait un sacré spectacle. Après, c’est dommage de voir des vieux circuits comme ça, avec du caractère, disparaître", a-t-il admis sur notre antenne.

Romain Grosjean, qui a de "très bons souvenirs" sur le circuit de Hockenheim, a émis au micro de RMC une petit idée pour pouvoir le conserver.

"C’est super de se dire qu’on va rouler à Miami, au Vietnam, en Argentine et à Buenos Aires. Ce sont tous des endroits où j’ai envie d’aller rouler. Alors pourquoi ne pas faire une année sur des circuits traditionnels, et l’année suivante sur des circuits lointains pour pouvoir garder un nombre de Grands Prix pas démentiels et garder les fans heureux?", a-t-il proposé.

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Lucas Vinois avec C. P.