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Les Spurs, le retour de James et la déchéance des Lakers : Jacques Monclar fait le point

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Dans un coin du studio, nous nous sommes posés avec Jacques Monclar, membre de la Dream Team RMC Sport, pour évoquer avec lui la saison NBA qui commence cette semaine. Entre le retour de LeBron James et l’arrivée de David Blatt à Cleveland, l’attaque en triangle des Knicks, l’enfer promis aux Lakers et la saison de Noah aux Bulls, il y avait de quoi faire. Et de quoi discuter. Florilège.

Les curiosités de la saison sont…

« Déjà, le retour de Lebron à Cleveland, qui joue directement le titre avec un coach européen, qui n’a jamais participé à un seul match de NBA (David Blatt, ancien entraîneur, entre autres, du Maccabi Tel-Aviv, du Dynamo Saint-Pétersbourg et de la sélection russe, championne d’Europe en 2007 ndlr). Et puis James avec Irving, James avec Love, ça va être intéressant à suivre. Ensuite il y a le back-to-back possible des Spurs. Mais ils ne seront pas opérationnels tout de suite. Jusqu’à janvier dernier, ils n’avaient quasiment pas battu de top 5 de leur conférence avant d’être irrésistibles. Le challenge va être excitant, d’autant que Phil Jackson avait dit que sans doublé, on ne pouvait pas être une vraie dynastie. Ça va les motiver. » 

Comment Bosh va peut-être gagner un titre de MVP en perdant LeBron :

« Tout le monde parle de LeBron James mais je ne pense pas. Il a beau être le meilleur joueur du monde, il va devoir partager à Cleveland. Je vois bien Chris Bosh (Miami), qui va faire des chiffres en première option offensive, Carmelo Anthony (Knicks) mais il faut qu’il fasse les play-offs ou Anthony Davies (New Orleans), qui peut aussi briller dans une Conférence Ouest survitaminée. »

Quel sera le plus grand défi de David Blatt, nouveau coach de Cleveland :

« David Blatt est plus attendu sur la gestion des hommes que sur l’aspect tactique. Ce qui est très intéressant, c’est que cette saison va être la première de LeBron avec un meneur All Star. Même si Mo Williams (aux Cavs ndlr) avait été All Star avec lui, mais c’est un shooter. Je parle là d’un vrai meneur All Star. Du coup, est-ce que c’est James qui va monter la balle comme à Miami ? Non, non, non. C’est Irving qui montera la balle. Et ça, c’est à David de l’organiser. » 

Pourquoi il n’y aura pas d’équipe affreuse cette saison (sauf peut-être Philadelphia) :

« J’en vois moins que l’année dernière, où Philadelphie et Milwaukee étaient des punitions à voir. L’Est s’est bien renforcé. Je ne vois pas d’équipe "tanker" pour avoir un meilleur tirage à la draft. Je me demande un peu ce que va devenir Minnesota. Ça peut être douloureux pour Philadelphie et il faut voir comment ça va tourner à Orlando mais il n’y aura pas de purge a priori. »

Pourquoi Noah va être imperturbable, malgré le retour de Rose et l’arrivée de Gasol :

« Il ne faut pas oublier que cette équipe des Bulls, c’est celle de « D-Rose ». Joakim aura peut-être moins la balle en attaque mais il n’est pas là pour faire des stats. Il est là pour gagner des matches. Les Bulls sont clairement candidats pour remporter la Conférence Est. Joakim veut combattre. Il aura Pau Gasol à ses côtés, avec lequel il est hyper complémentaire, et Taj Gibson en back-up. Ça fait une raquette infernale. Il faut qu’il soit encore All Star, en continuant à marquer ses 10 points et à prendre ses 10 rebonds par match. Et ça ira bien. Il a un statut maintenant. Il a été élu meilleur défenseur de la Ligue et c’est le premier Français à avoir intégré le premier cinq. Même si je reste persuadé que Tony Parker l’aurait mérité. Mais ils mettent systématiquement Chris Paul, ce grand vainqueur de trophées individuels. »

Qui sera le rookie le plus emballant à suivre :

« Même si Andrew Wiggins (n°1 de la draft) va faire du bien à Minnesota, je pense que Jabari Parker (n°2), à Milwaukee, va être un phénomène de foire. »

En progression, Rudy Gobert va peut-être s’imposer :

« La Coupe du monde lui a fait beaucoup de bien et a fait une très grosse pré-saison. S’il a dix minutes par match avec Utah, Rudy peut être une excellente surprise et une des plus grosses progressions de la Ligue. »

En panne, les Knicks vont sortir le triangle :

« Les Knicks sortent d’une saison au cours de laquelle ils ont touché, frôlé, effleuré, le ridicule. Départ de Felton, départ de Chandler, arrivée de Calderon… C’est faible dans la raquette… Mais là, il y aura une méthode de jeu, le triangle offense de Phil Jackson avec Derek Fisher. Melo a fait une remise en cause, il a perdu du poids, on verra… S’ils vont en play-offs, c’est bien. »

Qu’est-ce que l’attaque en triangle ?

« C’est facile à expliquer. Moi je l’ai pratiquée. J’ai été un des seuls en France et même au niveau européen, on ne devait pas être beaucoup. On met trois joueurs d’un côté de la raquette, avec des mouvements automatiques qui se déclenchent. Un côté fort à trois joueurs, qui forment un triangle avec l’un d’entre eux en position basse. En fonction du positionnement du ballon, des enchaînements se créent avec le côté faible, où tu peux mettre ton meilleur joueur. Bref, c’est un basket très simple, très pur, très épuré, très automatisé, mais en laissant toujours place à la lecture de jeu. Ce que certains intelligents du rugby appellent l’intelligence situationnelle, qui est donc… la lecture de jeu (rire). C’est à la fois simple et très compliqué parce qu’il ne faut pas croquer ou alors accepter qu’il n’y en ait qu’un qui croque. Un Jordan, un Kobe. Aux Knicks, ce sera Melo. Le basket est un sport simple, un sport de détails. On a un petit terrain, on se sert de ses mains, on a un gros ballon, on est cinq… Si tu ne vas pas vers le détail tu as perdu. »

En panne aussi, les Lakers pourront remercier leurs gilets jaunes :

« Je la sens apocalyptique la saison des Lakers. Je ne les vois absolument pas en play-offs et plutôt vers le bas du classement. Ils vont mettre des paniers, mais alors qu’est-ce qu’ils vont en prendre… ce que je souhaite, c’est que Kobe fasse une vraie bonne saison. Parce que là, Steve Nash est out, il ne choisit pas sa sortie, ça ne ressemble à rien. Un immense joueur qui s’en va comme ça, c’est n’importe quoi. Non, j’espère que Kobe ne va pas se blesser et faire une saison digne de ce qu’il a toujours proposé aux Lakers. Mais ça reste une des équipes à l’Ouest que je ne vois pas candidate aux playoffs et il y en a pourtant une bonne douzaine que je vois candidates… Mais je n’y mets pas les Lakers. Mais je me trompe peut-être… »

Est-ce l’une des pires équipes de l’histoire des Lakers ?

« L’année dernière, ça n’était déjà pas terrible. Mais c’est à la tête des Lakers qu’il y a un problème. Donner 24,5 millions par an à Kobe, alors qu’aux Spurs, Duncan, Ginobili et Parker, ça coûte 29 millions... Malgré l’immense respect que j’ai pour Kobe, 24.5 millions ? Non, non, non. Si tu veux gagner des matches, il te faut des bons joueurs autour et c’est ce qu’ont compris les Spurs. Le recrutement de Boozer ? Oui, il va mettre des paniers… Le plus beau des Lakers cette année, je crois que ça sera encore leur maillot. »

Pourquoi les Spurs se racontent encore au présent :

« Non, ils ne préparent pas la sortie. Ce sont des joueurs en fin de contrat. Des joueurs âgés. 37 pour Manu, 38 pour le grand TD. C’est leur corps qui décidera. »

Donc il n’est pas sûr que ce soit leur dernière saison ?

« Je pense que s’ils sont champions, Duncan arrêtera, comme Robinson avait arrêté après le titre. Cette année, il a dû hésiter mais il y a cette histoire de back-to-back. Ginobili, c’est plus compliqué. C’est un joueur extérieur, il faut de la vitesse. Il faut voir comment sera son corps. Il a eu un été contrasté, il a été blessé et les Spurs l’ont empêché d’aller en sélection, ce qui l’a contrarié. Là il est en retard à la préparation. Il me semble plus vieux que Duncan curieusement. Même s’il est encore capable… Quand on repense aux finales de la saison dernière, l’action des finales, c’est son dunk sur la tronche de Bosh. C’est le fou génial permanent.

Mais non, les Spurs ne se posent pas ces questions. Ils ne préparent pas la sortie, ils jouent. »

Les Spurs peuvent-ils fabriquer un nouveau Big Three autour de Leonard ?

« Non parce que ça ne se fabrique pas. Tu ne peux pas anticiper. Leonard est un joueur fondamental des Spurs, mais il n’a pas le charisme de Duncan, Manu ou Tony. Il faudra l’équipier différemment. »

Propos recueillis par Sylvain Coullon et Raphaël Cosimano