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Mort de Kobe Bryant: la belle histoire du Français qui jouait avec le prodige de 13 ans

Joueur à Mulhouse en 1991, Jimmy Vérove a vécu au plus près de la famille Bryant et du fils prodige, Kobe, qu’il accompagnait sur les terrains de basket. Au lendemain de sa mort, l’assistant coach de l’Elan Béarnais a évoqué pour RMC Sport les souvenirs du jeune adulte qu’il était, loin de se douter à l’époque qu’il s’occupait d’un futur immense champion.

Jimmy Vérove, l’actuel assistant coach de l’Elan Béarnais, champion d’Europe avec le Limoges CSP en 1993, a une histoire particulière avec Kobe Bryant. Prêté par Limoges au club de Mulhouse en 1991, il a côtoyé Joe Bryant, le père de Kobe, venu terminer sa carrière en Europe à 37 ans dans l’Est de la France. Pendant six mois, à Mulhouse, Jimmy Vérove va vivre aux côtés de la famille Bryant, logée dans le même hôtel que lui, et prendre sous sa coupe le jeune Kobe, alors âgé de 13 ans, lequel passait son temps à la salle. Il se met à faire le taxi pour ramener Kobe à l’hôtel, après des séances de shoot interminables. Mais ce n’est que lorsque Kobe Bryant est drafté en NBA 1996, que Vérove prend conscience de cette histoire à nulle autre pareille. Il a accepté de la raconter à RMC Sport ce lundi.

La rencontre avec Kobe

"Si j’avais su, je l’aurais adopté. Kobe est venu avec son papa à Mulhouse, c’était en 1991-1992. J’étais prêté par le CSP Limoges, je voulais un peu plus de temps de jeu. Joe Bryant, 37 ans, arrive d’Italie. Je ne le connais pas mais on me dit que c’est le Magic Johnson du basket italien, un gros scoreur mais qui fait jouer aussi. Je vois le petit Kobe, 12-13 ans. J’ai beaucoup travaillé dans ma vie. Je restais à toutes les fins d’entraînement, je shootais. Tous les autres partaient. Je voyais toujours le petit qui était là. Son père m’a dit: 'Est-ce que tu peux shooter avec lui, est-ce qu’il peut shooter avec toi ?' Donc il restait avec moi et puis on shootait. Je suis resté dans le même hôtel qu’eux pendant trois mois, le Squash 3000, toute la famille y était, les soeurs, la maman, Joe aussi."

"Très rapidement, il m’a dit 'bon tu t’occupes du petit, tu me le ramènes'. Et donc je le ramenais chaque fois à l’entraînement. C’était le gamin qui était toujours en train de me harceler pour jouer. Mais je ne pouvais pas savoir que c’était Kobe. Je ne l’ai su que sept ans plus tard, en train de monter un panier de basket pour mon fils. D’un seul coup, j’ouvre le journal L’Equipe et je lis: 'Kobe Bryant drafté'. Et je me dis: 'Purée, c’est lui'. Derrière ça, je me souviens très bien avoir regardé le premier match télévisé contre les Chicago Bulls. Il met 33 points face à Jordan, qui est l’idole suprême. Il a ensuite tout écrasé, devenant le Michael Jordan bis. Un joueur incroyable."

La relation père-fils

"Ayant eu un père basketteur professionnel, disons que le regard est un peu le même, dans le sens où le papa regarde toujours le fiston. Il a peut-être eu le même oeil sur sa fille d’ailleurs, parce qu’elle était déjà dans le basket. Joe laissait son fils vivre, jouer. Pour preuve, il me faisait confiance. Je n’avais que 20 ans, et le permis. Et il me laissait ramener son fils à l’hôtel après les entraînements. C’est quelqu’un qui était cool, Joe était vraiment quelqu’un de très cool, de très aimant avec son fils et sa famille. Mais avec une vraie liberté. Le petit Kobe n’était pas bridé. Tant qu’il jouait au basket, tout allait bien."

L'incrédulité depuis sa mort

"J’entends toutes sortes de sons de cloche dans le sens où il y a, malheureusement, des gens qui meurent partout. Et c’est vrai, il y a des drames partout. Mais là, c’est quand même quelqu’un qui, pour nous en tout cas dans le basket, est une icône, une légende. C’est quelqu’un qui a fait des choses incroyables, qui nous a fait rêver, au même titre que Michael Jordan. Quand il arrive quelque chose à ces gens-là, ça touche tout le monde. C’est clair et net. Donc oui, effectivement, on ne veut pas y croire."

Jimmy Vérove n'a jamais revu Kobe Bryant, ratant deux occasions de lui reparler. En 2012, aux JO de Londres, le Français a aperçu l'icône américaine lors de la finale entre les Bleues et les Américaines. Mais il n'a pas osé l'approcher, de peur qu'il ne se souvienne pas de lui et du fait de son statut de méga star planétaire. En 2015, à la demande de Kobe Bryant, Jimmy Vérove a été contacté par l'attaché de presse du joueur américain pour une rencontre à Paris lors d'une tournée promotionnelle. Mais tout a été annulé au dernier moment en raison des attentats du 13 novembre. Le souvenir restera donc attaché à Mulhouse et à la saison 1991-1992.

QM avec Eddy Artigau