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NBA: Golden State Warriors, comment rebondir après une rupture

Après avoir ultra-dominé la NBA pendant cinq ans, les Golden State Warriors doivent se reconstruire, suite à la rupture avec Kevin Durant, parti à Brooklyn, et celle des ligaments du genou gauche de Klay Thompson, qui ne devrait pas revenir avant les playoffs, au mieux. Et les premiers matches n'ont pas envoyé des signaux très rassurants...

Ils étaient les "supers vilains" de la NBA, une équipe que tous les fans adoraient ou détestaient, mais qu’il était impossible d’ignorer. Depuis la saison 2014-2015, les Golden State Warriors roulaient littéralement sur l’Amérique, emmenés par les incroyables "Splash Brothers" Stephen Curry et Klay Thompson et renforcés par l’arrivée du monstre Kevin Durant à partir de 2016. Cinq saisons de suite, cinq finales NBA (dont trois victoires en 2015, 2017 et 2018), et des récompenses individuelles confisquées: Curry MVP (meilleur joueur) de la saison en 2015 puis 2016, Iguodala MVP des finales 2015, Durant des éditions 2017 et 2018. Bref, pendant une demi-décennie, il y a eu les Warriors et les autres.

Mais comme dans tout bon blockbuster, il fallait une fin spectaculaire à l’histoire. Et on ne peut pas dire que la dynastie Golden State se soit éteinte sobrement. Au printemps dernier, les Californiens se sont offerts une chute grandiose, en pleine finale contre Toronto. Il y a d’abord eu la rupture du tendon d’Achille de Durant au match 5, sur le parquet des Raptors, puis ce match 6 épique: alors que les Warriors poussent chez eux pour égaliser à 3-3, avec un Klay Thompson des grands soirs (30 points), l’arrière voit son genou gauche le lâcher. Rupture du ligament croisé antérieur, Toronto s’impose 114-110 et décroche son premier titre à Oakland, pour la toute dernière soirée des Warriors dans leur vieille Oracle Arena. The End.

Adieu Durant, Iguodala, Livingston, bonjour... les (quasi) inconnus

Un peu plus de quatre mois sont passés depuis cette tragédie moderne. Et le tableau n’est pas plus reluisant. Après trois matches dans la nouvelle saison, Golden State affiche un bilan de deux défaites pour une victoire, fessé par les Clippers (141-122) chez lui puis par le Thunder (120-92) avant de décrocher un premier succès contre des Pelicans orphelins du phénomène Zion Williamson (134-123). Pour comprendre ces difficultés, pas besoin d’être un génie. Il y a d’abord les conséquences directes des finales: opéré du genou, l’irremplaçable Klay Thompson est toujours sur le carreau. Un retour en février, après le All-Star Game, a d’abord été évoqué. Finalement, le Splash Brother pourrait ne pas jouer avant les playoffs, voire pas de toute la saison 2019-2020.

Et puis il y a eu ce marché estival, sorte de liquidation totale. Comme pressenti, Kevin Durant (qui était de toute façon indisponible pour de longs mois lui aussi) a pris la poudre d’escampette pour aller former un nouveau super duo avec Kyrie Irving à Brooklyn. Shaun Livingston, le meneur remplaçant des Warriors, vétéran expérimenté et respecté, a pris sa retraite à trente-quatre ans, tandis qu’Andre Iguodala (trente-cinq ans), un autre leader de vestiaire, très apprécié des fans, a été envoyé contre son gré à Memphis, essentiellement pour des raisons de "salary cap". Trois pertes majeures, donc, auxquelles on peut ajouter celles de DeMarcus Cousins et Quinn Cook (Lakers), et de Jordan Bell (Wolves).

Dans un monde idéal, ces départs auraient dû être compensés. Cela n’a pas été le cas. Golden State a certes verrouillé Draymond Green et Thompson (malgré sa blessure), il a réussi à négocier l’arrivée de l’arrière All-Star D’Angelo Russell (Brooklyn) dans le cadre de l’opération Durant, mais le reste n’est pas franchement sexy: le pivot Willie Cauley-Stein est arrivé après quatre saisons décevantes à Sacramento, ainsi que les jeunes Jordan Poole (vingt ans), Eric Paschall (vingt-deux ans), Omari Spellman (vingt-deux ans), ou l’inégal Glenn Robinson III (vingt-cinq ans), qui se retrouve sans trop savoir comment titulaire à l’aile en ce début de saison.

Curry et Russell
Curry et Russell © AFP

Des playoffs qui n'ont jamais semblé aussi loin

Cette saison, justement, personne n’est capable de dire ce qu’elle réservera aux Warriors. Habituellement présenté en dernier dans les "previews" des médias américains, qui s’intéressent aux favoris juste avant la reprise, Golden State s’est vu reléguer au milieu du peloton, tel un vulgaire Washington. Quant aux managers généraux des trente franchises de NBA, ces derniers n’imaginent absolument pas les Warriors comme des prétendants au titre, si l’on en croit leur grand sondage annuel.

Dur, mais pas surprenant. La vraie question est même ailleurs: pour sa première année au Chase Center de San Francisco, Golden State va-t-il seulement parvenir à accrocher les playoffs dans une conférence Ouest qui a vu cet été les Lakers et les Clippers bâtir des effectifs effrayants? Interrogé en août sur le sujet, Draymond Green ne voulait même pas imaginer un tel échec. "J’ai entendu dire que nous n’irions pas en playoffs cette saison, s’amusait-il dans une interview à ESPN. C’est totalement insensé. C’est un manque de respect total, et ça ne m’étonne même pas vu comment nous avons été considérés ces dernières années. Mais vous savez quoi? J’aime être l’outsider, ça fait longtemps que ça ne m’est pas arrivé. Ça me redonne cette petite sensation qui me manquait."

La première semaine de compétition n’a pourtant fait que renforcer l’idée d’une année galère… Avec un gros point noir: la défense. En présaison, le coach Steve Kerr avait déjà tiré la sonnette d’alarme, évoquant les difficultés sur les rebonds, ultra-importants. "Nous devons être meilleurs dans ce domaine, grinçait-il. Jusqu’à présent, trente-sept équipes ont participé à la présaison NBA, à savoir les trente équipes de notre ligue, et sept équipes internationales. Nous sommes à la trente-sixième position en matière de rebonds…" Et d’envoyer un gros tacle à ses hommes: "J’ai dit aux gars que si on était meilleurs, on finirait peut-être par dépasser Haïfa ou les Sharks de Shanghai."

Une manière de faire réagir les troupes? De faire comprendre que cette saison, il allait falloir se serrer les coudes? Sans doute. Mais cela n’a pas eu l’effet escompté. Avec 128 points de moyenne encaissés sur les trois premiers matches (oui, oui), Golden State vient de débuter l’exercice 2019-2020 avec le deuxième plus mauvais bilan défensif (les Pelicans sont à 128,3). Cauley-Stein étant pour le moment blessé, Green se retrouve bien seul à tenter de stopper l’hémorragie… "La réalité, c’est qu’on est nuls actuellement, lançait ce dernier après le revers à Oklahoma City. On n’est juste pas bons. Je ne sais pas comment le dire plus clairement. Je peux essayer en espagnol, mais je ne suis pas bon en espagnol…"

Ce n’est pas pour cela qu’il faut imaginer les Warriors laisser filer la saison et se comporter en touristes. Déjà parce que le "tanking" n’est plus efficace avec le nouveau système de loterie, ensuite parce que les leaders ont toujours la gagne dans le sang. Il fallait voir la joie de Curry et Russell ce lundi après la victoire contre New Orleans pour comprendre que ces champions-là n’ont pas dit leur dernier mot.

Steph Curry doit prendre feu, et jouer au guide

Si les Dubs doivent prendre plus de 115 points par match cette année, il leur faudra en mettre 120 pour engranger les victoires. Et pour cela, un homme devra se transcender: Stephen Curry. L’an passé, le patron avait encore livré un championnat plein avec 27,3 points, 5,4 rebonds et 5,2 passes de moyenne. Mais pour que son équipe s’en sorte, "Baby Face" devra prendre feu et sortir une onzième saison NBA digne de son chef d’œuvre 2015-2016, à 30 points, 5,4 rebonds, 6,7 passes, 2,1 interceptions et… 50,4% de réussite au tir.

Un doux rêve? Pas forcément. Privé de Durant et Thompson, Curry va être avec Russell le principal danger offensif des Warriors. Il aura donc beaucoup plus de systèmes étudiés pour lui, beaucoup plus de ballons, et d’occasions de mettre des shoots de trente mètres, son péché mignon. Le pendant négatif, c’est que les défenses adverses vont davantage se concentrer sur lui, et lui pourrir la vie. Le double MVP va déguster des prises à deux jusqu’au printemps et va devoir s’en accommoder. Son entraîneur l’en croit tout à fait capable. "Je ne cherche rien de différent de ce qu’il a fait pendant cinq ans. Il a fait un camp d'entraînement incroyable, disait Kerr avant la reprise. Pour moi, il est à son apogée physiquement et mentalement. Il connait toutes les défenses que les adversaires lui ont proposé, et il est prêt à passer une saison de folie." L’intéressé se veut lucide. "Je vais avoir beaucoup plus le ballon dans les mains. Je dois juste faire les bons choix, être confiant, agressif sur chaque possession. Ensuite c’est l’effet domino. Si vous attirez l’attention et que vous n’avez pas de tir, continuez de bouger. Ça pourrait revenir, d’autres joueurs seront impliqués, et nous commencerons à créer de cette façon."

Les premiers matches ont montré que Curry devra composer avec un autre facteur: la rancœur de (certains de) ses adversaires. Lassés de s’être fait humilier pendant cinq ans par le mangeur de protège-dents, certaines grandes gueules de la NBA ne vont pas se gêner pour titiller et bousculer le meneur. Patrick Beverley (Clippers) a ouvert les hostilités lors de la défaite inaugurale, lançant à Curry en plein match: "Tu as eu les cinq dernières années. Les cinq prochaines sont pour moi." Mais un Curry agacé est-il un bonne nouvelle pour les adversaires? Pas sûr… "Tout le monde aime vous étiqueter quand vous êtes sur le déclin ou que vous perdez, a-t-il répondu lundi à ESPN, en visant surtout les consultants. C’est facile. C’est facile de passer à la télévision et de dire ce que vous voulez. C’est facile de lancer des fléchettes sur une équipe qui essaie de réagir après avoir connu le succès. Mais j’espère que les gens vont commencer à voir plus loin et à comprendre ce que nous sommes en tant qu’équipe et ce que nous allons faire."

Attendu au tableau des scores, le chef Steph’ devra aussi vêtir cette saison un nouveau costume: celui de mentor. Avec six joueurs dans leur première ou deuxième année NBA à ses côtés, le shooteur de trente-et-un ans devra impérativement transmettre de son savoir et de son expérience pour homogénéiser le niveau du groupe et faire en sorte que l’équipe ne sombre pas quand il sera sur le banc. "Je ne dois pas seulement performer chaque soir, je dois enseigner, reconnait-il. Il y a plein de jeunes gars qui ont faim d’apprendre, faim de briller, de saisir les opportunités, mais il y a tout un processus pour y parvenir. Nous le savons. Et c’est une mission que nous acceptons." Reste à l’accomplir.

Clément Chaillou