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Tour de France (18e étape) - Le jour de gloire de Bardet est (enfin) arrivé

Romain Bardet remporte la 18e étape du Tour 2015

Romain Bardet remporte la 18e étape du Tour 2015 - AFP

Vainqueur en costaud à Saint-Jean-de-Maurienne, sa première victoire d’étape sur le Tour, Romain Bardet (AG2R La Mondiale) a réalisé la totale ce jeudi : victoire de prestige dans les Alpes, égalité en tête du classement de la montagne et désormais meilleur Français au général (10e).

Celle-là, il l’a bien méritée. Pas le genre à lâcher l’affaire, Romain Bardet n’en démordait pas. Si le sixième du Tour 2014 a depuis longtemps abandonné ses rêves de belle prestation au général, la faute à une première partie de course très moyenne et à la claque d’une première journée dans les Pyrénées en forme de cauchemar, le coureur de Brioude tenait à sauver sa Grande Boucle. A lui apporter un éclat inoubliable. Alors il tentait, encore et encore. Il continuait d’y croire malgré les déceptions. « En pleine traversée du désert. Sonné par la difficulté qui me fait mettre un genou à terre. Une seule option: se relever et persévérer », lâchait le garçon à la tête bien faite sur Twitter à l’issue de la 11e étape. La mission est désormais accomplie.

Pour la première fois de sa carrière, le grimpeur-puncheur de l’équipe AG2R La Mondiale – qui avait déjà gagné la 8e étape à Mûr-de-Bretagne avec Alexis Vuillermoz, les deux seuls succès français sur cette Grande Boucle – a levé les bras sur la ligne d’arrivée d’une étape du Tour. Un succès de prestige dans les Alpes, à Saint-Jean-de-Maurienne, qui rappelle celui dans le même massif (à Pra Loup) lors du dernier Dauphiné et lui permet de trôner au sommet du classement de la montagne à égalité avec l’Espagnol Joaquim Rodriguez (qui portera les pois à la faveur du nombre de cols passés en tête). Sans oublier de lui donner la place de meilleur Français au général (10e du général à 12’52’’ de Chris Froome).

« Je n’en reviens pas »

De quoi faire rentrer définitivement Bardet dans le cœur du grand public. D’autant qu’il y a mis la manière, le bougre. En costaud comme on dit. Présent dans la grande échappée à 29 coureurs, le Français se faisait la malle à la pédale dans le col du Glandon, principale difficulté d’une journée que le garçon avait reconnue avec soin il y a quelques semaines. Romain basculait en tête au sommet avec Winner Anacona (Movistar). Le Colombien ne pourra pas suivre dans la descente. Très bon dans l’exercice, Bardet se libérait vite de son compagnon. 25 kilomètres plus loin, l’addition en sa faveur avait grimpé : de 20 secondes au sommet, son avance sur le groupe de poursuivants en chasse derrière lui passait à 42 au pied des lacets de Montvernier. Restait à contrôler la fin de course, tâche plus que réalisable pour un tel talent.

Bardet ne perdra pas de temps malgré les efforts des Europcar Cyril Gautier-Pierre Rolland, gagnant même une seconde supplémentaire. Triomphe assuré. Immense bonheur, surtout. Après sa troisième place au plateau de Beille et son podium très frustrant à Mende, le toujours jeune (24 ans) espoir tricolore peut enfin laisser éclater son sourire. La roue a tourné. Mercredi, une terrible hypoglycémie lui faisait vivre l’enfer sur la route de Pra Loup, une étape « galère » terminée « au courage » au lendemain de la journée de repos. Le lendemain, Bardet rejoignait Saint-Jean-de-Maurienne (où Sandy Casar s’était imposé en 2010) en empereur cycliste, vainqueur d’étape, en tête à égalité au classement de la montagne, élu « combatif du jour » et désormais premier Français au général. La totale. « C’est une belle victoire à la pédale, s’extasiait à l’arrivée Julien Jurdie, le directeur sportif d’AG2R La Mondiale. Les mots me manquent ! » « Je n’en reviens pas. C’était mon objectif et c’est enfin la consécration. C’est formidable. » Sur le Tour, le destin bascule en une journée.

Alexandre Herbinet