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Tour de France 2024: un contre-la-montre pour finir, le douloureux souvenir de Fignon en 1989

Le Tour de France 2024 se terminera à Nice, par un contre-la-montre pour la première fois depuis 1989. Un traumatisme dans l’histoire du sport français avec l’échec de Laurent Fignon pour huit petites secondes contre Greg LeMond.

Pour huit petites secondes, le dernier vainqueur français du Tour de France ne se nommerait pas Bernard Hinault. Et la longue disette serait rabotée de quatre ans. Oui, mais voilà, ce 23 juillet 1989, Laurent Fignon n’a finalement pas triomphé sur les Champs Elysées pour succéder au "Blaireau". Le natif de Paris, décédé en 2010 d’un cancer à 50 ans, avait cédé lors de la dernière étape, un contre-la-montre de 24,5 kilomètres reliant Versailles à Paris.

Après avoir délaissé ce scénario dramatique depuis cette année, les organisateurs du Tour de France ont décidé de le remettre au goût du jour pour l’édition 2024. Ce "chrono" se conclura exceptionnellement à Nice, le 21 juillet 2024, avec la promenade des Anglais comme juge de paix, en raison de la tenue des Jeux olympiques quelques jours plus tard (du 26 juillet au 11 août). Les Champs-Elysées, qui seront occupés pour les derniers préparatifs olympiques, ne seront pas le théâtre de cet exercice aussi excitant que stressant à ce moment de la course.

Laurent Fignon à son arrivée sur les Champs Elysées en 1989
Laurent Fignon à son arrivée sur les Champs Elysées en 1989 © AFP

Depuis 1989, le dernier contre-la-montre (quand il n’était pas déprogrammé) était régulièrement placé à la veille de l’arrivée à Paris. Et cela a donné lieu à quelques retournements de situation, comme celui - spectaculaire - signé Tadej Pogacar en 2020 qui avait survolé l’exercice et détrôné le maillot jaune, Primoz Roglic (finalement relégué à 59 secondes).

Greg LeMond après sa victoire sur le Tour de France 1989 pour huit secondes
Greg LeMond après sa victoire sur le Tour de France 1989 pour huit secondes © AFP

Huit petites secondes

Mais rien ne remplacera la dramaturgie de 1989. Leader du Tour de France à la veille de cette édition avec 50 secondes d’avance sur Greg LeMond, Laurent Fignon se savait en danger. Moins à l’aise sur l’exercice et gêné par une douleur à l’entrejambe, le Français n’avait rien pu faire face à la fusée américaine et son vélo profilé. Fignon, finalement troisième de l’étape, avait coupé la ligne d’arrivée avec 58 secondes de retard sur LeMond. Huit de trop pour conserver son avance. Et même neuf puisque LeMond aurait été déclaré vainqueur en cas d’égalité au bénéficie de sa victoire d’étape sur les Champs-Elysées.

Il s’agit toujours du plus faible écart dans l’histoire du Tour de France après 3.257 kilomètres. Ramenées en distance, ces huit secondes représentent 87 mètres de retard de Fignon par rapport à LeMond. Ce jour-là, Fignon s’était effondré sur la ligne arrivée, se parant du l’habit de perdant magnifique si cher à la France. "Incroyable, incroyable, je suis choqué", lançait, en français, l’Américain à quelques mètres de Fignon assis, abattu, au bord des larmes.

"J’ai pédalé tout le temps de travers, je ne pouvais pas forcer également des deux jambes, je ne pouvais pas emmener le braquet comme il faut", avait-il expliqué ce dernier dans la cohue générale de ce qui est toujours présenté comme l’un des plus Tours depuis sa création. Les organisateurs signeraient volontiers pour un tel scénario 45 ans plus tard, en 2024. Avec, de préférence, un dénouement moins cruel pour le cyclisme français.

NC