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Piazza del Duomo, Salgado, la police en Lamborghini : comment Walid Tebane a conservé le titre mondial sur PES

Une finale en chasse parfois une autre. En marge du choc de Ligue des champions entre l’Atlético et le Real Madrid, s’est déroulée le week-end dernier la finale mondiale de PES 2016. Le champion du monde, le Français Walid Tebane a réussi la prouesse historique de conserver son titre. RMC Sport y était et vous raconte le film de cet exploit.

Il a bondi de sa chaise telle une furie. Frappé sa poitrine avec plus de force que ne l’a jamais fait King Kong. Couru dans tous les sens, tous, avant de tomber dans les bras de son ami et compatriote français. Surtout, il n’a cessé de hurler sa joie, sa rage, sa fierté et sa délivrance au public massé devant lui. Nous sommes le 28 mai, aux alentours de 16h. Zinedine Zidane n’a pas encore soulevé sa deuxième Ligue des champions, comme entraîneur cette fois. Le Real Madrid n’a pas encore ajouté une onzième C1 à son incroyable vitrine à trophées. Et Antoine Griezmann n’est pas encore prostré sur la pelouse de San Siro, les mains sur les hanches, inconsolable après avoir manqué le penalty qui aurait pu tout changer, qui sait, entre le Real et l’Atlético. Non, le 28 mai à 16h, sur la Piazza del Duomo, Walid Rachid Tebane vient d’entrer dans l’histoire du jeu Pro Evolution Soccer. SON histoire : il a conservé le titre de champion du monde acquis l’an passé à Berlin, déjà en marge de la finale de la Ligue des champions. Un back-to-back historique, le tout au prix d’un incroyable scénario.

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Le bus officiel des PES World Finals
Le bus officiel des PES World Finals © DR

Jour 1 : Waze, football et veillée nocturne

Le rendez-vous des PES World Finals est donné jeudi, à 9h30, à l’aéroport de Roissy. Le premier des joueurs français, Kamel El Morabet, arrive, bientôt suivi par Nicolas Choite, directeur de la PES League – le championnat de France de Pro Evolution Soccer – qui a troqué son costard de dirigeant pour celui de coach. Nous avons le champion de France en titre mais il nous manque encore le champion du monde sortant. Un coup de fil et le stress monte : dépourvu d’un smartphone dernier cri – promis, juré, il va remédier à ça – et donc d’un GPS, Walid Rachid Tebane est piégé dans les bouchons du périph’ parisien, crucifié par une manifestation. Du moins le pense-t-on. L’application Waze lui donne un motif d’espoir, lui qui a presque fait le tour de la boucle parisienne pour nous rejoindre. Et un argument à l’employé affecté devant les portes d’embarquement, pour jouer la montre jusqu’au bout. Pari finalement gagnant : à une minute de la fermeture des portes, Walid est là. Il a chaud. Il « est chaud », dit-il.

Le trophée tant convoité
Le trophée tant convoité © DR

Arrivée à Milan sous un beau soleil et 28 degrés. En attendant d’accéder à leur chambre, nos deux champions français décident d’aller taper le ballon. Une douche plus tard, on retrouve Walid et Kamel en mode compétition. Les deux hommes cherchent « du temps de jeu » et prennent d’assaut les bornes prévues pour l’échauffement des joueurs. Les autres champions arrivent au fur et à mesure. Walid va pouvoir trouver « ses sensations ». De son propre aveu, elles ne sont pas bonnes. Kamel n’est pas confiant non plus. Sans le savoir, il n’a déjà pas la bonne attitude pour le lendemain. La phase de poules le place dans le vif du sujet : il hérite d’un groupe compliqué là où Walid, lui, tire une poule « plus abordable ». Ce qui ne met pas plus en confiance notre joueur, qui n’arrive pas à décompresser et cherche ardemment la possibilité de jouer le soir dans sa chambre. Mission accomplie quelques heures plus tard, preuve, déjà, de l’acharnement du bonhomme, qui aura disputé plusieurs matches dans une chambre voisine. Il est 1h passé quand Walid rejoint son lit.

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Walid en mode mannequin aux côtés de son futur adversaire en finale, le Brésilien Guifera
Walid en mode mannequin aux côtés de son futur adversaire en finale, le Brésilien Guifera © DR

Jour 2 : Shooting photo, chichas et Michel Salgado

10h. Direction la Terrazza Martini, l’un des plus grands hôtels de la ville. La vue au dernier étage, celui consacré au déjeuner, aux rafraichissements et aux interviews, est superbe, majestueuse, juste en face de la piazza del Duomo di Milano, théâtre de l’UEFA Champions League Festival et de la finale des PES World Finals. Tous les joueurs ont déjà en tête ce match pour le titre, disputé devant des centaines de personnes, supporters du Real comme de l’Atlético, amoureux de PES comme simples curieux. Un plus que d’autres forcément. Walid a la mâchoire serrée, le visage fermé. Il s’illumine quand même au moment de la photo officielle, tout comme il s’était détendu la veille, au moment de découvrir son paquetage officiel : le ballon de la finale de C1, une casquette mais surtout son tee-shirt personnalisé et la combi short-chaussettes. Une tenue de guerre que le champion du monde français arbore fièrement avant d’entrer dans la compétition. Son premier match ? Un succès 5-2 contre le champion américain Rodrybmx20. Cinq autres victoires suivront (contre une défaite) pour une montée en régime impressionnante.

Premier match et première balade pour Walid, qui surclasse son rival américain 5-2
Premier match et première balade pour Walid, qui surclasse son rival américain 5-2 © DR

Un scénario qu’aurait adoré signé Kamel. Mais, malgré le soutien du camp français et des réajustements gagnants, notre champion de France ne passe pas le cut, plombé par ses trois défaites initiales. Walid, lui, est irrésistible. Les champions turcs et colombiens passent à la trappe. 5-1. Le score est moins imposant face au Mexicain Kopperspumas (3-1). Mais le résultat est là : le tenant du titre est en finale, face au champion brésilien Guifera, 16 ans. Les deux joueurs sont mitraillés par les journalistes présents et jouent même les mannequins, cheveux dans le vent, tout Milan dans leur dos et deux superbes demoiselles accrochées à leurs bras. Rendez-vous ensuite au Old Fashion, établissement mêlant restaurant (et restauration) ultra-raffiné et boite de nuit select. Derrière les fumées des chichas, un coup d’œil au carré VIP et c’est la finale de l’Euro 2000 qui revient, avec Robert Pires, 1998 avec Christian Karembeu ou encore le grand Real Madrid avec l’inoxydable Michel Salgado et l’élégant Steve McManaman. Un parterre de stars auquel ne prend pas part Walid. Le champion, un brin perturbé de devoir jouer sa finale mondiale le lendemain, ne veut pas se laisser distraire.

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Walid et le clan français en pleine scène de liesse : notre champion est de nouveau en finale
Walid et le clan français en pleine scène de liesse : notre champion est de nouveau en finale © DR

Jour 3 : Happy birthday, Mendieta et Lamborghini

Le jour J est arrivé. Dès 11h, nous avons entre les mains la prochaine mouture de PES, PES 2017. Les joueurs, eux, n’auront pas ce privilège. L’occasion pour Kamel de « checker » l’approche mentale de son ami Walid. Elle semble bonne. Mais aux alentours de 15h, sur la scène de l’UEFA Champions League Festival, en face du Duomo de Milano, elle manque de peu de voler en éclats. En moins de dix minutes, Walid est cueilli à froid. 2-0 pour le Brésilien Guifera, qui exulte et fait claquer son drapeau du Brésil aux yeux du public. Le back-to-back est loin. Mais il n’en faut pas plus pour remobiliser Walid, qui revient à 2-2. Puis à 3-3. Avant de prendre, enfin, l’avantage, juste après la pause. Pour ne rien plus lâcher malgré les nombreux changements tactiques du Brésilien et une infériorité numérique en fin de partie. Au coup de sifflet final, la joie est immense : voilà Walid sur le toit du monde, pour la deuxième fois, le jour de ses… 23 ans. Cadeau d’anniversaire : 15 000 euros (et la coupe). L’ancienne star de Valence, Gaizka Mendieta, le félicite.

Walid savoure son deuxième titre mondial consécutif aux côtés de l'ancienne star de Valence Gaizka Mendieta
Walid savoure son deuxième titre mondial consécutif aux côtés de l'ancienne star de Valence Gaizka Mendieta © DR

Puis c’est au tour de Konami et de l’UEFA de lui faire un autre cadeau, en lui offrant un match d’exhibition avec sa victime en finale sur la pelouse de San Siro. Walid voit la coupe aux grandes oreilles escortée par une escouade de choc, avec en figure de proue, une Lamborghini frappée du mot « Polizia ». A événement exceptionnel… Choc de C1 oblige, les deux joueurs simulent la finale Atlético-Real. Walid hérite des Merengue et surclasse son adversaire 4-1. Le score importe peu, les applaudissements nourris du public beaucoup plus. Le traditionnel bisou à la coupe se transforme en baiser. Walid exulte. L’année prochaine, il visera la passe de trois.

Alix Dulac