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Equipe de France: Camavinga, le futur grand du football français

Eduardo Camavinga est devenu, mardi, le plus jeune joueur à porter le maillot de l'équipe de France depuis 1914. En trente minutes de jeu, il a marqué les esprits par son talent et son aisance semblable à celle qu'il trimballe hors des terrain. Des atouts qui lui ouvrent un avenir doré.

Il est entré en jeu à la 63e minute sans crainte apparente et son premier ballon a confirmé l'impression: Eduardo Camavinga n'a aucun complexe. Mardi face à la Croatie (4-2), le milieu de terrain est devenu le plus jeune joueur à porter le maillot de l'équipe de France depuis 1914 à 17 ans, 9 mois et 29 jours. Le troisième plus jeune de l'histoire, devant un autre prodige de l'ère moderne Kylian Mbappé (18 ans et 95 jours).

Il faudra s'habituer à ce regard aussi déterminé sur le terrain que son sourire est facile en dehors. L'aplomb avec lequel il a croqué ses trente premières minutes en Bleus le projette sous les projecteurs du grand public même s'il est habitué franchir les étapes quatre à quatre depuis l'enfance. Rien ne semble l'effrayer. Pour sa première, il n'a perdu aucun ballon, réussi toutes ses passes, signé des interceptions autoritaires, des gestes techniques utiles et tenté sa chance sur une frappe arrêtée par le gardien. Il a 17 ans donc et 45 matchs seulement (comme Mbappé à ses débuts en mars 2017) avec les professionnels du Stade Rennais. Mais il est déjà l'avenir doré du football français.

Une pluie de record de précocité

Avant de profiter des lumières de la sélection, Eduardo Camavinga est considéré comme un futur crack depuis de longs mois par les suiveurs du football français. Et depuis plusieurs années par les formateurs du Stade Rennais, le club qu'il a rejoint à l'âge de 10 ans en provenance de Fougères, situé à 50 kilomètres de la capitale bretonne. Surclassé dans toutes les catégories de jeunes, Camavinga a enchaîné les records de précocité avec l'équipe première dont il est devenu le plus jeune joueur de l'histoire à disputer un match officiel. C'était à Angers en avril 2019 à l'âge de 16 ans, 4 mois et 27 jours. Ce jour-là, il est aussi devenu le premier joueur né en 2002 à évoluer dans l'un des grands championnats européens. Il détient aussi la palme du plus jeune buteur de l'histoire du club en marquant à 17 ans et 35 jours. 

Une aisance frappante

La talent ne résiste pas aux sollicitations. Et le Stade Rennais l'a vite compris en préservant sa pépite d'une exposition médiatique trop rapide. Julien Stéphan, entraîneur de Rennes qui l'a lancé chez les pros, l'avait accompagné pour sa première prise de parole sur Canal+ après une prestation remarquable face au PSG en août 2019. Déjà, il ne s'était pas laissé impressionné. Appelé chez les Bleus pour pallier le forfait de Paul Pogba, il a marqué les esprits des tauliers par sa facilité d'intégration sans complexe mais avec la dose de respect due à un vestiaire abritant de nombreux champions du monde.

"Ce qui est très surprenant, c’est que dans le bus ou à table, il attend que tout le monde se place pour pouvoir prendre une chaise vide, s'est amusé le capitaine, Hugo Lloris. Ça témoigne de son respect et de son humilité." Sa réaction à l'issue du match illustre encore son état d'esprit entre insouciance et maturité. "Il fallait jouer comme je sais faire, sans pression et apporter une plus-value à l'équipe, poursuit-il. Je me suis senti très bien, on m'a mis à l'aise directement, on m'a donné des ballons. Je me suis mis en confiance au fur et à mesure et ça s'est très bien passé. Il y a de très bons joueurs mais il ne faut pas trop faire attention à tout ça et jouer son jeu." 

Un parcours hors du commun

Eduardo Camavinga est né dans un camp de réfugiés à Miconje (Angola) le 10 novembre 2002. Ses parents avaient fui le Congo-Brazzaville, dont il a aussi la nationalité. Il a finalement quitté l'Angola à deux ans pour rejoindre Fougères avec sa famille. Très vite, ses capacités balle au pied ont marqué les esprits des éducateurs du club de la ville, l'AGL-Drapeau. Très vite aussi, il est devenu "l'espoir de famille" dont il est le troisième d'une fratrie de cinq. Quand la maison de ses parents a disparu dans un incendie, son père lui a alors confié: "c'est toi qui relèveras la famille". "C’est vrai que mon père m’avait dit ça, a-t-il confié à Ouest-France en mai dernier. Mais moi, quand j’étais petit, j’étais insouciant. Sur le coup, ça m’a fait rigoler. J’avais 10 ans. Avec le temps et à force d’entendre ma mère m’en reparler, j’ai compris que c’était vraiment sérieux, très sérieux." 

L'incendie avait aussi fait disparaître tous les papiers d'identité de la famille, compliquant les démarches de naturalisation. Celle-ci est finalement intervenue en novembre 2019 pour Camavinga et ses proches à la Préfecture de Rennes. Le club, mais surtout la Fédération française de football, avaient agi en coulisses pour accélérer le processus.

Une meute de prétendants

Ses performances remarquables, son état d'esprit et son élégance ballon au pied agitent évidemment les plus grosses écuries européennes. Au premier rang: le Real Madrid. Zinedine Zidane adore son profil et les médias espagnols se sont rapidement saisis du dossier en affirmant que l'affaire serait réglée dès cet été. Ils ont rétropédalé depuis, mais un départ l'été prochain semble aujourd'hui inévitable. Leonardo, directeur sportif du PSG, a confié évidemment s'intéresser au joueur dont la valeur a encore grimpé avec ce statut d'international. Elle n'est pas encore fixée mais elle est déjà énorme. En attendant, les dirigeants rennais et l'entraîneur, Julien Stéphan, semblent l'avoir convaincu de rester cette saison pour participer à la première campagne de Ligue des champions de l'histoire du club. 

L'Euro 2021 à portée de mains

S'il a lancé beaucoup de jeunes depuis sa prise de fonction en 2012, Didier Deschamps a toujours pris le soin de ne pas les "griller". Mais, comme pour Mbappé, le talent n'attend pas. Avant d'appeler Camavinga, "DD" a pu collecter de précieux conseils de son adjoint Guy Stéphan, père de Julien, l'entraîneur du milieu de terrain au Stade Rennais. Le technicien a observé de près son éclosion quand il s'occupait de la formation du club avant d'être nommé n°1 en décembre 2018.

C'est lui qui l'a progressivement intégré au groupe avant de lui donner sa chance en pros. D'abord désireux de s'y prendre progressivement avec sa pépite, il en a finalement fait son maître à jouer. Il pourrait connaître une ascension similaire en équipe de France puisque Didier Deschamps, séduit par son apport technique et son état d'esprit, a confié qu'il avait "le potentiel pour revenir". Sa participation à l'Euro, reporté d'un an à cause du coronavirus, n'est plus un fantasme.

Nicolas Couet