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Équipe de France: sa convocation, ses performances, son état d'esprit... Thuram se confie

Entretien RMC Sport - À Clairefontaine, Marcus Thuram s'est confié sur les premiers jours de la préparation avec le groupe de l'équipe de France pour l'Euro. Le jeune attaquant de 23 ans, titulaire au Borussia Mönchengladbach, qui a connu trois sélections avec les Bleus depuis l'automne dernier, a vécu sa convocation comme un "soulagement".

Marcus, quand on regarde vos statistiques cette saison (40 matchs, 11 buts, 12 passes décisives), peut-on dire qu'il s'agit d'une saison réussie?

Sur le plan personnel, c'est vrai que je suis content de mes statistiques. Sur le plan collectif, je pense qu'on aurait pu accrocher au moins une place européenne (le Borussia Mönchengladbach a fini 8e de Bundesliga, ndlr). Et quand je pense à mes stats, je pense à des actions loupées qui auraient pu augmenter le nombre de buts. Mais chaque année je progresse et j'améliore mes stats. Donc oui, je suis satisfait.

Combien de buts auriez-vous dû mettre?

On aurait pu atteindre une quinzaine de buts. Dépasser la barre des 15, ce serait pas pas mal.

Malgré ces statistiques, y a-t-il eu un moment où vous avez craint de ne pas être dans la liste?

On a toujours des doutes. Vu qu'on n'est pas dans la peau du sélectionneur, on n'est jamais sûr de la liste finale, mais on garde toujours espoir.

Quand vous regardiez la liste, c'était avec de l'appréhension ou de la confiance?

Il y a de très grands noms dans le football français actuel, donc je regardais la liste avec un peu d'appréhension. Ça a été un soulagement de voir mon nom.

Vous n'étiez pas avec les Bleus en mars dernier. Avez-vous eu peur que l'épisode du crachat vous prive de l'Euro?

Non, je savais que le football parlerait et que mes prestations m'aideraient à revenir. C'est ce qu'il s'est passé.

Vous avez un profil un peu différent parmi les Bleus: vous pouvez jouer en pointe et sur les côtés. C'est un avantage pour vous?

Je ne sais pas si c'est un avantage. Le coach décidera. Il y a Kylian qui peut jouer en pointe aussi, d'autres joueurs ailiers peuvent le faire, ou des pointes qui peuvent jouer sur le côté... On a une attaque assze polyvalente. Je ne sais pas si ça a joué.

Vous êtes arrivé en équipe de France en novembre dernier. Que retenez-vous de ce premier passage?

C'est un groupe qui vit super bien, avec une superbe ambiance, des cadres qui mettent à l'aise tout de suite, un style de jeu qui convient, un jeu offensif... C'est assez facile de rentrer dans cette équipe. Mais le plus dur est d'y rester.

Qu'avez-vous pensé de vos premières prestations?

J'avais été satisfait. J'avais eu beaucoup de temps de jeu sur les trois matchs, avec une passe dé pour Olivier [Giroud]. Ça s'était bien fini pour moi.

Le sélectionneur disait que vous aimez bien les matchs de haut niveau, et que plus le niveau est élevé, plus vous êtes bon sur le terrain...

Oui, c'est vrai. Mais c'est un aspect que tous les compétiteurs ont. S'il y a de l'adrénaline, il y a de l'enjeu, et c'est ce qui excite un peu tous les compétiteurs.

À l'inverse, est-ce que vous devez travailler la régularité pour être aussi bon quand il y a moins d'enjeu et face à des adversaires moins forts?

Depuis petit, je travaille pour ne jouer que des matchs à enjeu. Donc j'espère que je n'aurai que des matchs à enjeu à jouer!

Comment ce début de préparation se passe-t-il?

On vit et on se prépare très sereinement dans un beau cadre. On travaille, on peaufine les détails. On espère être prêt pour le jour J.

On a beaucoup parlé de physique. La préparation est-elle dificile sur ce point?

Non ce n'est pas difficile, parce qu'on sait pourquoi on travaille, ce qu'on va chercher, ce qui nous attend. Ce n'est pas difficile quand on a un vrai objectif en ligne de mire.

La bulle sanitaire sera-t-elle dure à supporter pendant l'Euro? Vous ne pourrez pas sortir du groupe, ni voir vos proches pendant la compétition.

Pas spécialement, parce qu'on est là avant tout pour jouer au foot et pour l'Euro. Les sorties et les jours libres, on les aura, j'espère, le plus tard possible. Et puis on s'aime bien, donc ça va.

L'équipe de France, c'est vraiment une bande de potes?

Oui. En plus, on a de la chance parce qu'on a des gens un peu de tous âges et beaucoup autour du mien. C'est franchement un bon groupe.

Avez-vous la sansation, sans être champion du monde, d'avoir besoin d'apporter un petit peu d'air frais pour ces joueurs qui ont tout connu?

Non. Les 14 champions du monde, on sait que c'était des grands compétiteurs, et je pense pas qu'ils aient besoin d'air frais ou d'autre chose. Je viens ici pour apporter ce que je sais faire et pour aider le groupe à contineur à garder le niveau qui était le sien avant que j'arrive.

Par rapport à ce que vous avez fait dans le début de votre carrière, est-ce que vous arrivez à vous retourner et à vous dire que vous êtes maintenant en équipe de France et que vous allez jouer une grande compétition?

J'évite de trop me retourner, parce qu'il faut regarder vers l'avant. Je sais ce que j'ai fait et j'espère faire encore beaucoup. Mais je suis très heureux et très fier de ce que j'ai fait.

La photo de profil de votre père (Lilian Thuram) sur WhatsApp, c'est vous avec lui et vos frères. Cette dynastie Thuram, vous y pensez?

On n'y pense pas trop. C'est plutôt les gens qui y pretent attention. De l'extérieur, on voit cette photo autrement. Nous, on voit le père, le petit frère, le grand frère.

Pour en revenir au terrain, l'Europe entière dit que l'équipe de France est la meilleure du monde. Partagez-vous cet avis?

Je ne sais pas si on a la meilleure équipe du monde. Mais on a de très grands joueurs dans notre équipe. Ce sera à nous dedémontrer ce qu'on sait faire à chaque match. Sur le papier, on a de très grands joueurs à chaque poste. Mais beaucoup de nations ont beaucoup de potentiel aussi. Après, c'est l'alchimie sur le terrain qui va se mettre en place.

Le groupe est très relevé, avec l'Allemagne comme premier match. En avez-vous parlé entre vous?

On est plutôt basés sur nous-même et sur la préparation. Plus les jours vont passer, plus on va se tourner vers l'Allemagne, alors on en discutera.

Il n'y a pas eu de chambrage avec vos coéquipiers de Mönchengladbach?

Avant de partir, un joueur m'a dit: "On se revoit le 15!" J'ai dit "oui avec plaisir". C'est vrai que beaucoup de joueurs allemands évoluent avec des joueurs français. Ça fera plaisir de les retrouver.

Qu'en est-il de votre avenir? Tout est déjà réglé?

Pour l'instant, je me concentre sur l'équipe de France et l'Euro. Quand je sortirai de l'Euro, on verra ce qu'il se passera.

Comment est Karim Benzema dans le groupe?

Karim, c'est Karim. C'est un grand professionnel, très talenteux, très aimable, qui parle avec tout le monde, qui fait l'effort de rentrer dans ce groupe. Même si on pourrait croire que le groupe tourne autour de lui, c'est quelqu'un de fantastique. Je suis très content qu'il soit avec nous.

Et à l'entraînement, c'est comment?

C'est Karim! C'est magnifique, c'est fantastique.

Un dernier mot pour les supporters?

J'espère qu'ils seront tous derrière nous, qu'ils nous pousseront et on fera le maximum pour eux.

Loïc Tanzi