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Equipe de France: Tournon raconte la discussion du divorce entre Jacquet et Cantona

Philippe Tournon livre sa version des faits sur la fin de la carrière internationale d’Eric Cantona dans un ouvrage sur sa longue expérience d’attaché de presse des Bleus. Le JDD en a publié quelques extraits ce dimanche dont la discussion entre l’ancien buteur et Aimé Jacquet.

Mentor de Didier Deschamps, Aimé Jacquet lui a transmis l’importance de la notion de groupe au sein de l’équipe de France. La non-sélection d’Eric Cantona (45 capes entre 1987 et 1995) pour l’Euro 1996 puis pour la Coupe du monde 1998 a même souvent été présentée comme la parfaite illustration. Une légende urbaine fausse, à en croire Philippe Tournon, l’attaché de presse de la sélection tricolore entre 1983 et 2004 puis entre 2010 et 2018.

"Je le répète, Aimé n’a rien contre Eric. Au contraire, il ne manque jamais de souligner tout ce que l’équipe de France doit au talent du King, a notamment expliqué l’ancien membre du staff tricolore dans un extrait de son livre (La vie en bleu, Albin Michel), dévoilé dans le Journal du dimanche. Il rappelle volontiers qu’après le traumatisme de l’automne 1993 [non-qualification pour la Coupe du monde 1994] et alors que certains quittaient déjà le navire, Eric a été le premier à relever la tête et le défi de la qualification à l’Euro 96. Au point de se voir confier le brassard de capitaine."

Un Cantona "assez inconstant" avant l’Euro

Véritable vedette à Manchester United et en Premier League, Eric Cantona a toutefois connu un énorme coup d’arrêt en janvier 1995 à la suite de son célèbre Kung-fu sur un supporter de Crystal Palace. Suspendu huit mois et remplacé chez les Bleus par le duo Zidane-Djorkaeff, l’ancien de l’OM et Leeds n’a pas réussi à regagner sa place en équipe de France malgré plusieurs coups d’éclat avec les Red Devils.

"Les rapports des observateurs qui parvenaient à Jacquet étaient plus nuancés, a encore rappelé Philippe Tournon. Ils présentaient un joueur assez inconstant sur quatre-vingt-dix minutes, parfois comme absent du match, mais toujours capable de ces gestes et de ces fulgurances imprévisibles qui faisaient sa réputation."

Cantona a refusé de jouer en pointe

Toujours sélectionnable en équipe de France, Eric Cantona aurait pu figurer dans la liste d’Aimé Jacquet pour l’Euro 96 et par la suite rester chez les Bleus jusqu’à la Coupe du monde 1998. Mais le King en a décidé autrement selon l’ancien homme de l’ombre de la sélection qui raconte l’échange entre le buteur et le sélectionneur à Manchester.

"Pour l’animation du jeu, avec Youri et Zizou, je pense avoir trouvé la bonne formule mais devant, en l’absence de Papin, blessé, je suis encore à la recherche d’un numéro 9. Veux-tu être ce numéro 9?", a alors demandé Aimé Jacquet selon Philippe Tournon. Préférant avoir plus de liberté sur le terrain Eric Cantona lui a répondu: "Coach, je ne suis pas un 9. J’ai besoin de bouger, de dézoner. Je ne me vois pas rester planté en pointe en attendant les ballons…"

Des supporters réclamant le retour de Cantona chez les Bleus en 96
Des supporters réclamant le retour de Cantona chez les Bleus en 96 © Icon Sport

Après plusieurs tentatives pour faire comprendre les besoins de l’équipe de France et ses choix tactiques Aimé Jacquet a alors lancé, presque comme un ultimatum: " Tu veux ou tu veux pas? Alors, Éric, c’est oui, c’est non ?" Après le refus d’Eric Cantona d’être le fer de lance de l’attaque tricolore, Aimé Jacquet fera confiance à Christophe Dugarry et Patrice Loko jusqu’en demi-finale de l’Euro 96. 

Tournon: "Cantona s’est autoexclu de la sélection"

"Voilà comment Éric Cantona, pour un choix qui lui appartient et qui est tout à fait respectable, s’est autoexclu de la sélection pour l’Euro 96, a conclu Philippe Tournon. Bien loin de la version alambiquée selon laquelle Jacquet n’aurait pas voulu dans son groupe d’un joueur difficile à gérer."

En livrant cette anecdote sur la vie de l’équipe de Franc, l’ex-attaché de presse des Bleus aura eu le mérite de tordre le coup aux rumeurs persistantes. Un peu plus de deux ans après l’Euro 96, la France remportera la Coupe du monde avec Stéphane Guivarc'h (aucun but en phase finale) en attaque.

JGL