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France-Suisse: Séville 82, 2002... où placer cette élimination au panthéon de la lose bleue?

Champions du monde en titre et favoris de l’Euro 2021, les Bleus ont été sortis de la compétition lundi soir par la Suisse (3-3, 5-4 tab), dès les huitièmes de finale. La désillusion est grande, forcément, mais à quel niveau se situe-t-elle dans l’échelle des échecs tricolores?

La dramaturgie du match: des airs de Séville 1982

Une équipe de France qui prend le premier but, puis qui mène 3-1, une barre transversale à la dernière seconde, un score de 3-3 à l’issue de la prolongation, des joueurs lessivés, des adversaires germanophones, une séance de tirs au but qui s’achève sur un 5-4… Ça vous rappelle quelque chose? Séville 1982, forcément, et la demi-finale de Coupe du monde perdue par Michel Platini et les siens face à la redoutable RFA.

Bien sûr, l’enjeu de la rencontre n’était pas le même, puisque les Bleus ne se battaient pas lundi pour jouer une toute première finale de Mondial de leur histoire, la qualité de l’adversaire non plus, et aucun Harald Schumacher helvète n’est venu démolir un joueur tricolore. Mais la similitude dans le scénario des deux rencontres, dans ce sentiment d’avoir tenu la qualification au creux de la main, avant de la laisser s’échapper, est immense.

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RFA-France 1982
RFA-France 1982 © Icon Sport

L’écart entre les attentes et le résultat: presque à la hauteur du Mondial 2002

Oui, les hommes de Didier Deschamps ont gagné un match cette fois-ci (un seul, sur quatre), oui, les Bleus sont sortis de leur groupe, mais l’aventure s’est tout de même arrêtée très tôt. Trop tôt pour des champions du monde en titre, trop tôt pour l’équipe favorite du tournoi, comme l’était l’équipe de France en 2002.

A l’époque, les Bleus de Roger Lemerre restaient sur un doublé Mondial 1998-Euro 2000. Cette fois, c’était "seulement" une finale d’Euro 2016, et un titre au Mondial 2018. Mais la confiance en soi de la sélection – ou plutôt l’excès de confiance – était équivalente. En 2002, la France avait Thierry Henry, David Trezeguet et Djibril Cissé en attaque, trois des buteurs les plus en forme d’Europe. En 2021, elle avait Antoine Griezmann, Kylian Mbappé et Karim Benzema, sans doute le trio offensif le plus effrayant sur le papier. Dans les deux cas, cela n’a pas suffi.

Outre ses prestations très moyennes, l’équipe de France de 2021, comme son ancêtre de 2002, a surtout donné l’impression d’avoir perdu son âme, cette solidarité sur le terrain et cette légèreté en dehors, qui faisait sa force. Comme si, pour reprendre un vieux poncif, le groupe ne vivait plus aussi bien. Le revers brûlant de la médaille?

La France au Mondial 2002
La France au Mondial 2002 © Icon Sport

Le rapport de force avec l’adversaire: le souvenir de France-Grèce 2004

Il y a les performances de l’équipe de France, son attitude sur le terrain, et puis il y a l’identité de l’adversaire qui la met à la porte. Perdre en 1982 contre la RFA de Rummenigge, perdre en 2006 contre l’Italie, en 2012 contre l’Espagne ou en 2014 contre l’Allemagne, deux futurs vainqueurs, ce n’est pas honteux. Perdre contre la Suisse, c’est un peu plus gênant.

Sans faire offense à nos amis helvètes, qui ont fait lundi un excellent match, l’effectif tricolore était bien plus riche et talentueux. Et l’écart théorique entre les deux formations comparable au match France-Grèce de l’Euro 2004. Une équipe de stars installées dans de grands clubs européens, face à une équipe de bons joueurs de clubs "secondaires", ou remplaçants dans des grosses écuries. Reste à voir si la Nati sera capable de surprendre tout le monde, et de refaire un exploit tour après tour.

Grèce-France 2004
Grèce-France 2004 © Icon Sport
C.C.