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Turquie-Italie, coup d'envoi de l'Euro: les secrets du renouveau de la Nazionale

En novembre 2017, au sortir de la défaite en barrage d’accession à la Coupe du monde 2018, la Fédération italienne a traversé une crise sportive majeure. L’absence de l’Italie pour la plus grande compétition de football a été vécue comme une humiliation. Il a fallu tout reconstruire, dire adieu à des joueurs importants et entamer un nouveau cycle en vue de l'Euro.

L’enthousiasme. C’est le mot-clé récité depuis des mois chez le sélectionneur italien, les joueurs et les observateurs. "Depuis que Roberto Mancini est là, on a un état d’esprit et un enthousiasme différents qui peuvent nous emmener loin", expliquait Leonardo Bonucci après le match contre l’Irlande du Nord en mars. "Ce qui me plait le plus dans cette équipe, c’est son enthousiasme, sa fraîcheur", jugeait la légende Gigi Riva, vainqueur de l’Euro 1968, le 25 mai dernier. "On doit amener de l’enthousiasme", se justifiait Roberto Mancini après le match de préparation contre Saint-Marin il y a quelques jours. Voilà l’un de secrets du renouveau de la Nazionale: l’enthousiasme.

Effacer les traumatismes pour repartir

Les deux années entre le dernier Euro et la dernière Coupe du monde ont été pénibles. Après le quart de finale de l’Euro en France - une sorte de miracle réalisé par Antonio Conte avec un groupe moyen -, l’échec de la qualification au Mondial 2018 a mis l’Italie un genou à terre. Les deux années de Gian Piero Ventura ont été pauvres dans le jeu, dans l’état d’esprit et dans le renouvellement.

Tout le monde a encore en mémoire cette Italie d’une moyenne d’âge de 31 ans, un mois et 16 jours lors du barrage aller en Suède. Buffon, Chiellini, Candreva, Parolo, De Rossi… des trentenaires bien tassés! L’Italie était l’une des sélections les plus âgées d’Europe. Cette équipe peinait face à l’intensité adverse, peinait à en mettre dans son jeu, et se retrouvait impuissante, avec des victoires étriquées face à l’Albanie et Israël, un nul contre la Macédoine et une lourde défaite face à l’Espagne. Même l’état d’esprit faisait défaut à une sélection qui a bâti tant de succès grâce à sa personnalité sur le terrain. L’inexorable sentiment que l’Italie allait droit dans le mur hantait les esprits de tous les supporters, jusqu’à se le prendre en pleine face.

Roberto Mancini est arrivé sur des ruines sportives et a voulu très rapidement tourner la page. D’abord d’une génération, mais aussi du sentiment d’écoeurement, de colère ou pire, d’indifférence qui habitait de nombreux tifosi.

Du sang frais pour rajeunir

Entre 2017 et 2021, l’âge moyen de la sélection a perdu entre trois et cinq ans selon les matchs, les joueurs présents et les absents sur blessure. Andrea Barzagli, Gianluigi Buffon et Daniele De Rossi ont pris leur retraite internationale après tant de bons services rendus. Les divers Candreva, Parolo et Eder n’ont plus été rappelés par Roberto Mancini qui a entrepris un changement générationnel important.

Le sélectionneur italien a ensuite pris le temps de faire des groupes très élargis pour tester de nombreux joueurs. Là où de nombreuses sélections comptaient classiquement autour de 23 convoqués pour chaque session internationale, Mancini dépassait allègrement les 30 de manière systématique. C’est ainsi que 35 nouveaux joueurs ont reçu leur première convocation en Nazionale entre mai 2018 et mai 2021. Certains ont disparu (Tonelli, Benassi, Mirante), d’autres ont joué leurs premières minutes (Pellegri, Lazzari, Kean, Orsolini…) et huit d’entre eux seront même de la partie à l’Euro, comme Nicolo Barella, Manuel Locatelli, Rafael Toloi, Giovanni Di Lorenzo, Alessandro Bastoni, Giacomo Raspadori, Matteo Pessina et Alex Meret.

Dans les sept milieux de terrain convoqués pour l’Euro, le plus âgé est Jorginho, 29 ans. Barella, Locatelli et Pellegrini ont même moins de 25 ans. Sur les 26 joueurs appelés, seuls sept dépassent atteignent ou dépassent la trentaine: Sirigu, Chiellini, Acerbi, Bonucci, Florenzi, Toloi et Immobile.

Le symbole fort de cette politique de rajeunissement est à chercher en septembre 2018. Quatre mois après son arrivée à la tête de la sélection italienne, Roberto Mancini convoque Nicolo Zaniolo. Le jeune milieu offensif de la Roma n’a pas encore joué le moindre match professionnel mais le sélectionneur le connait et veut évaluer son potentiel de plus près. Le technicien se fait attaquer par une partie de la presse, certains arguant même que "la Nazionale mérite un peu plus de respect." L’explosion quelques mois plus tard du jeune joueur donne raison au sélectionneur.

Du jeu pour séduire

Roberto Mancini l’avait annoncé et il a tenu parole. L’Italie devait vivre sa propre révolution. Tout en menant à bien sa politique de rajeunissement, le sélectionneur italien a travaillé sur son système de jeu. Autour d’un 4-3-3 devenu immuable, l’Italie s’est réorganisée, a mis de côté son système à trois défenseurs (même s’il lui arrive de construire le jeu à trois depuis la défense sur certaines phases et dans certaines configurations de match) et a trouvé un élan offensif. Pour rabibocher les tifosi avec leur Nazionale, rien de tel qu’un esprit conquérant avec courage et enthousiasme. Redonner le goût et l’envie de suivre cette sélection, voilà ce qu’a réussi Mancini.

Le sélectionneur a insisté sur la nécessité d’avoir une équipe de possession, n’ayant pas peur de prendre des risques et jouant avec deux playmakers (Jorginho et Verratti, ou Locatelli quand l’un des deux est indisponible) chargés d’imposer le rythme, de confisquer le ballon, d’orienter le jeu et de trouver des lignes de passe pour faire progresser le ballon. Parmi les autres préceptes de l’ancien entraîneur de l’Inter et de Manchester City, la nécessité de construire en partant du gardien et la volonté d’avoir des joueurs de projections sur les phases offensives avec des latéraux offensifs, souvent représentés par Florenzi et Spinazzola.

L’équipe a obtenu d’excellents résultats avec cette philosophie de jeu et a même cartonné des équipes du plus bas niveau européen avec des 6-0, 7-0 ou encore un 9-1 passé à l’Arménie. Cela peut prêter à sourire ou peut paraître évident lorsque l’on affronte les Arméniens, les Moldaves ou encore les Saint-Marinais, mais l’histoire de la Nazionale nous a appris que ces scores fleuves n’étaient pas habituels, encore moins quand quatre victoires par au moins six buts d’écart sont obtenues en l’espace d’un peu plus de deux ans.

Des victoires pour bondir

Juste après l’arrivée de Roberto Mancini à la tête de la Nazionale et la fin de la Coupe du Monde 2018, l’Italie était au 21e rang du classement FIFA. La place la plus basse de son histoire. Trois ans plus tard, à la faveur du travail du sélectionneur et des bons résultats, l’Italie a fait un bon et a retrouvé le Top 10. Elle est actuellement classée septième.

La sélection italienne n’a pas seulement provoqué un rajeunissement et une mue de son style de jeu, elle a accompagné ces changements par des bons résultats qui sont venus valider cette stratégie. L’Italie reste sur 27 rencontres consécutives sans défaite. Le derniers revers remonte au match au Portugal en Ligue des Nations, en septembre 2018. Depuis, les Azzurri n’ont plus connu la défaite.

Ils ont bouclé leur groupe de qualification à l’Euro 2020 à trois journées de la fin et ont affiché un remarquable 10/10 avec 10 victoires en autant de rencontres. Les Italiens se sont aussi qualifiés pour la phase finale de la Ligue des Nations 2020-2021 qui se disputera en octobre prochain. Ils affronteront l’Espagne à San Siro.

Du jeu, de l’enthousiasme, un large rajeunissement et des résultats, voilà la recette de Roberto Mancini pour redonner confiance à un groupe marqué par l’échec de novembre 2017. En travaillant en profondeur sur cette Nazionale, il a non seulement redonné le sourire à ses joueurs, mais il a aussi déclenché une nouvelle vague de sympathie chez les tifosi. Cela ne fait pas encore gagner de titre, mais cela permet de voyager le coeur léger.

Johann Crochet