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Fifa: les cinq candidats à la présidence passés au crible

Le congrès électif de la Fifa se prépare

Le congrès électif de la Fifa se prépare - AFP

Attendue depuis des mois, l’élection du nouveau président de la Fifa se déroule ce vendredi à Zurich (Suisse). RMC Sport vous dit tout sur les cinq candidats en lice (Gianni Infantino, le cheikh Salman, le Prince Ali, Jérôme Champagne et Tokyo Sexwale) et livre son pronostic.

Gianni Infantino

Âge : 45 ans

Nationalité : Italo-suisse (né à Brigue, en Suisse, à moins de 10 km du village natal de… Sepp Blatter)

Passé à la Fifa : siège à la commission des réformes de la Fifa depuis 2015

Points forts. Secrétaire général de l’UEFA depuis 2009 sous la présidence de Michel Platini, ce juriste n’avait pas vocation à être candidat. Les ennuis de son mentor en ont décidé autrement. Homme de réseaux, affable et chaleureux, celui qui présidait aux tirages au sort de l’instance européenne ces dernières années a depuis fait le tour de la planète pour plaider sa cause. Polyglotte (il parle le français, l’anglais, l’allemand, l’espagnol ou encore l’italien), ce gros travailleur à l’aise en public a les qualités pour gérer une instance forte de 209 pays membres.

Outre l’UEFA, ce supporter de l’Inter Milan, père de quatre filles, peut s’appuyer sur le soutien de la Conmebol (confédération sud-américaine) et d’une partie de la Concacaf (Amérique du nord, centrale et Caraïbes). Il prétend aussi avoir l’appui de plusieurs pays africains, ce qui pourrait faire basculer le scrutin en sa faveur. Sa volonté de passer la Coupe du monde à 40 participants (contre 32 actuellement) à l’horizon 2026 pourrait également convaincre certaines « petites » fédérations. Autre point positif ? Entré à l’UEFA en 2000 comme chargé de questions juridiques et commerciales, il n’a jamais eu de rôle exécutif à la Fifa. De quoi éviter d’être lié au scandale de corruption qui touche l’instance.

Points faibles. Candidat de substitution de l’UEFA, ce chauve peu connu du grand public a longtemps été vu comme un cheval de Troie censé se désister en faveur de Michel Platini si ce dernier réussissait à se défaire de sa suspension. Ça n’aide pas à la crédibilité. Surtout avec un « Platoche » proche de lui mais qui n’a jamais officiellement adoubé la candidature de l’ancien secrétaire général du Centre international d’études du sport (CIES) à l’université de Neuchâtel. Le profil de technocrate et d’administratif de celui qui a contribué à la mise en place du fairplay financier pourrait également freiner les votants. Son statut d’Européen n’aidera pas non plus avec des autres confédérations hésitantes à donner trop de pouvoir à un dirigeant venu de la puissante UEFA.

Sa « punchline » : « Je défends mon programme. Pas celui de Platini. »

Pourcentage de chances d’être élu : 52%

Cheikh Salman ben Ibrahim al Khalifa

Âge : 50 ans

Nationalité : Bahreïni

Passé à la Fifa : vice-président depuis 2015. Actuel membre du comité exécutif.

Points forts. Avec l’Afrique et l’Asie, ce fan de Manchester United, membre de la famille royale du Bahreïn, possède le soutien officiel de deux des trois confédérations les plus pourvoyeuses de voix. Et si les deux respectent majoritairement la consigne de vote (le vice-président de la Confédération africaine a affirmé qu’il s’attendait à ce que 53 des 54 associations membres du continent votent pour le cheikh Salman alors que Gianni Infantino pense pouvoir recueillir plus de la moitié de ces votes), cet ancien homme d’affaires né à Londres pourrait bien décrocher le jackpot.

Longtemps proche de Sepp Blatter et d’abord enclin à soutenir Michel Platini avant la suspension de ce dernier, celui qui préside la destinée de la confédération asiatique (AFC) depuis 2013 compte un autre atout dans sa manche : ses liens très forts avec le cheikh koweïtien Ahmad al-Fahad Al-Sabah, membre du CIO et du comité exécutif de la Fifa, considéré comme un faiseur de rois dans l’instance mondiale du football. Président de la Fédération du Bahreïn depuis 2002, secrétaire général du Conseil supérieur de la jeunesse de son pays et vice-président du Comité olympique local, le cheikh Salman sait manier la « politique » et le lobbying. Son ambition pour la Fifa ? « Je promets une refonte complète de l’organisation et l’introduction de mécanismes de contrôle rigoureux ».

Points faibles. Celui qui espère devenir le premier président de la Fifa venu du continent asiatique est le candidat qui traîne le plus de casseroles supposées. Au programme ? Répression et corruption. Accusé par des organisations de défense des droits de l’Homme d’être impliqué dans la répression du soulèvement chiite dans son pays en 2011, notamment dans les conséquences pour les sportifs qui avaient participé aux manifestations, l’homme aux cheveux gris et à la petite moustache a toujours nié avec véhémence : « Ce sont d’affreux mensonges ». Cela fait tout de même tâche sur le CV. Et ce n’est pas tout.

Ces derniers jours, un député britannique a accusé cet ancien étudiant en comptabilité, histoire et littérature anglaise d’avoir utilisé de l’argent de la Fifa destiné à des projets de développement pour financer sa campagne infructueuse pour devenir membre du comité exécutif de l’instance en 2009. Double dose de tâche. L’ONG Reporters sans frontières (RSF) en a même remis une couche ce jeudi en jugeant sa possible élection comme « inacceptable » : « Il incarne un régime qui a réprimé les journalistes pendant des années ». Son arrivée à la tête de la Fifa remettrait également en lumière l’attribution du Mondial 2022 au Qatar, dont il a été un fervent partisan. Une dernière anecdote raconte quel type de dirigeant peut être le cheikh Salman. En avril 2015, lors du congrès de l’AFC, il avait refusé d’accorder la parole au patron du foot sud-coréen qui souhaitait contester les votes. Drôle d’idée de la démocratie.

Sa « punchline » : « Avant une élection, il y a des promesses. Mais il faut seulement promettre ce qu’on peut accomplir. »

Pourcentage de chances d’être élu : 48%

Ali bin Al Hussain (Prince Ali)

Âge : 40 ans

Nationalité : Jordanienne

Passé à la Fifa : vice-président et membre du comité exécutif de janvier 2011 à mai 2015

Points forts. Il est le seul candidat… à avoir déjà été candidat. Opposé à Sepp Blatter en mai dernier, le demi-frère du roi de Jordanie Abdallah II avait obtenu 73 voix (grâce notamment au soutien de l’Europe) et poussé le président sortant au second tour avant de se retirer. De quoi développer sa notoriété dans les instances du ballon rond.

Président de la Fédération jordanienne depuis 1999, ce membre d’une famille très sportive – sa sœur a dirigé la Fédération équestre internationale et son demi-frère est membre du Comité international olympique – a beaucoup œuvré depuis 2012 pour le développement du football féminin. Il est notamment le grand artisan de la campagne qui a permis de lever l’interdiction faite aux femmes voilées de jouer. Très critique sur les autres candidats et sur le système électoral de la Fifa, il a basé sa campagne sur le thème de « la transparence » : « Quand d’autres candidats choisissent de faire pression sur les régions et de diviser le monde, c’est une mauvaise chose. »

Points faibles. Nombreux en mai 2015, ses soutiens ont disparu. L’Europe, qui s’était rangée derrière lui contre Sepp Blatter, va lui préférer Gianni Infantino. Et l’Asie va opter pour le cheikh Salman (qui l’avait remplacé comme représentant de cette Confédération au comité exécutif de la Fifa). Lancé dans une campagne qui faisait pschitt, ce père de famille marié (deux enfants) qui a fait ses études aux Etats-Unis puis à l’Académie militaire britannique de Sandhurst a préféré faire parler de lui sur le plan des procédures. Sans réussite puisque sa demande d’instaurer des isoloirs transparents pour l’élection a été rejetée par le Tribunal arbitral du sport (TAS). Dernier écueil : ce fumeur invétéré espère rompre avec un système… dont il a fait partie comme vice-président de la Fifa. Ça n’aide pas.

Sa « punchline » : « Je veux rompre avec les pratiques du passé et la culture des arrangements en coulisses »

Pourcentage de chances d’être élu : 0%

Jérôme Champagne

Âge : 57 ans

Nationalité : Française

Passé à la Fifa : recruté par Sepp Blatter en 1999 pour devenir son conseiller international, il devient ensuite secrétaire général adjoint (2002-2005) puis directeur des relations internationales avant de quitter l’instance en 2010.

Points forts. Au service de Sepp Blatter et de la Fifa pendant 11 années, cet ancien diplomate fils d’un professeur de voile maîtrise les arcanes du football international. « Pour mener les réformes, il faut connaître l’institution de l’intérieur », insiste-t-il souvent.

Véritable amoureux du ballon rond, au point de piger à France Football durant ses études, ce supporter des Verts présent lors de la finale de Glasgow en 1976 est également « socio » du FC Barcelone (tout comme son fils) depuis 2009 et peut se prévaloir d’un soutien symboliquement fort : celui du « roi » Pelé, qui lui avait décerné l’ordre national de la Croix du Sud lorsque Champagne était diplomate en poste au Brésil. Il a mis l’aide au développement et la réduction des inégalités au cœur de sa campagne en promettant de construire 400 pelouses à travers le monde et de doubler l’aide aux fédérations nationales les plus démunies.

Points faibles. A l’heure où la Fifa veut tourner la page Blatter, ce passionné d’histoire semble trop lié à l’ancien président de l’institution pour marquer la rupture. Un homme du sérail et du système dont on doute de la capacité à changer les choses. Avec une conséquence : un manque de soutiens. Même sa Fédération nationale, la FFF, a refusé de se ranger derrière celui qui avait été chef du protocole du Comité d’organisation de la Coupe du monde 1998.

Ses liens avec la Fédération palestinienne et celle du Kosovo, dont il est conseiller, ne vont pas plus l’aider à engranger des voix. La preuve de son déficit d’image ? Alors qu’il espérait se présenter à l’élection du président de la Fifa en mai 2015, Champagne avait dû renoncer faute d’avoir reçu les cinq parrainages d’associations nationales nécessaires. Difficile de l’imaginer bien plus populaire moins d’un an après.

Sa « punchline » : « Mikhaïl Gorbatchev a fait la perestroïka et la glasnost, et pourtant il était bien dans le système. Vous pouvez avoir été dans le système et ne pas avoir été tâché par le système. »

Pourcentage de chances d’être élu : 0%

Mosima Gabriel « Tokyo » Sexwale

Âge : 62 ans

Nationalité : Sud-africaine

Passé à la Fifa : n’a jamais occupé le moindre poste au comité exécutif. Il dirige depuis 2015 le comité de surveillance pour Israël et la Palestine. Actuel membre de la commission des médias et du comité anti-racisme et anti-discrimination.

Points forts. Beaucoup voient en lui l’homme du changement. Celui qu’on surnomme Tokyo depuis sa jeunesse à cause de sa passion pour le karaté représente du sang neuf pour une Fifa trop empêtrée dans les affaires. Ancien militant anti-apartheid formé à l’entraînement militaire en URSS, condamné pour terrorisme et complot en vue de renverser le gouvernement (il a passé 13 ans à Robben Island, où était également incarcéré son compagnon de combat Nelson Mandela et où il a participé à la gestion du club de foot des prisonniers politiques), ancien Premier ministre de la province du Gauteng, devenu richissime hommes d’affaires dans le secteur des mines et des communications et même animateur d’un jeu de téléréalité (The Apprentice, dont Donald Trump a un temps présenté la version américaine), Sexwale est un homme plutôt neuf dans le football. De quoi pousser Franz Beckenbauer, légendaire footballeur et ancien membre du comité exécutif de la Fifa, à soutenir sa candidature « venue de l’extérieur » : « Tokyo est quelqu’un de différent ».

Points faibles. Il a les défauts de ses qualités. Car être un homme plutôt neuf dans le football ne fait pas de vous le candidat le plus connu. Terne, discrète, sans saveur et presque transparente, sa campagne n’a pas permis de réduire ce déficit d’image. Résultat ? Celui qui espère devenir le premier président africain de la Fifa n’a pas reçu le soutien de la Confédération africaine (CAF), qui lui a préféré le cheikh Salman.

Selon les dernières indiscrétions, même la Fédération sud-africaine (Safa) pourrait opter pour un autre candidat ! Pas prophète en son pays, Sexwale n’a aucune chance de l’être plus auprès des autres votants. Ses pourfendeurs auront aussi plaisir à rappeler sa convocation devant un grand jury aux Etats-Unis en décembre dernier, pour évoquer les accusations de corruption passive de la part de la candidature sud-africaine à l’organisation du Mondial 2010 (il a fait partie du comité de candidature puis du comité d’organisation, ses premiers pas dans les instances du ballon rond). Sa « punchline » : « J’ai toujours lutté contre le racisme, ce monstre qui essaie de s’infiltrer sur les terrains de sport, et j’appelle à élire une personne de couleur à la tête de la Fifa » Pourcentage de chances d’être élu : 0%

Alexandre Herbinet avec A.A. à Zurich