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Ces gestes observés à la loupe qui « trahissent » Bielsa

Marcelo Bielsa

Marcelo Bielsa - AFP

Grande attraction de la première partie de saison en Ligue 1, Marcelo Bielsa a vu sa méthode et ses tactiques analysées par tous les experts. Mais RMC Sport est allé plus loin en se plongeant dans l’esprit de l’entraîneur de l’OM, grâce à l’aide de Patrick Chanceaulme, ancien pro devenu aujourd’hui comportementaliste. Alors, vraiment « loco » ce Marcelo ?

En contrôle total, même quand Gignac vient le secouer

André-Pierre Gignac et Marcelo Bielsa
André-Pierre Gignac et Marcelo Bielsa © AFP

L’image a fait le tour des zappings sportifs. Après avoir inscrit le but vainqueur dans les arrêts de jeu à Caen (2-1, 9e journée), André-Pierre Gignac se précipite vers le banc de l’OM. Il se poste alors devant Marcelo Bielsa, le secoue et lui met même un petit « taquet ». Une célébration musclée qu’ « APG » avait déjà réalisée avec Elie Baup, mais qui a pris l’Argentin de court. « Bielsa marque une attitude de retrait parce qu’il ne comprend pas ce que veut Gignac, souligne Patrick Chanceaulme, ancien joueur professionnel à Bordeaux et désormais comportementaliste. Juste après, Gignac est tellement joyeux qu’il veut partager sa joie. Il revient vers Bielsa, lui fait un petit check, tend le poing mais Bielsa baisse les yeux, tend le poing de manière furtive et aussitôt met ses mains en opposition et le pousse pour qu’il reprenne vite le jeu. »

Pour ce consultant spécialisé dans les techniques de communication et de management, cette scène de joie trahit un aspect fort de la personnalité de Bielsa : « Il est obnubilé par la reprise du jeu et on voit aussi, avec les yeux baissés, qu’il ne veut pas partager ses émotions. Hors, si on veut créer du lien avec les joueurs, il faut les partager. Là, ça a duré un quart de seconde et aussitôt il a rejeté Gignac. Il aurait pu profiter davantage de ce moment-là pour créer du lien. »

Sa glacière comme moyen de s’isoler

Marcelo Bielsa sur sa glacière
Marcelo Bielsa sur sa glacière © AFP

Cette glacière, l’OM en a fait un argument marketing depuis le début de saison. Assis dessus, souvent un café à la main, Marcelo Bielsa observe les matches de son équipe. Parce qu’elle offre un meilleur point de vue sur le terrain ? Selon, Patrick Chanceaulme, l’explication se trouve ailleurs. « Il est à l’écart du banc de touche, ce qui est assez révélateur. Il marque sa différence et se distingue, explique-t-il. Quelle est sa motivation ? Peut-être encore une fois la peur de partager les choses avec les autres. Il y a peut-être la croyance que partager des choses est une preuve de faiblesse et que s’il crée trop de rapprochements, il ne pourra plus exercer son autorité après. Ça montre manifestement qu’il a une propension à se tenir à l’écart, peut-être pour réfléchir mais aussi pour marquer une distance. Pour la glacière, il y a peut-être un ancrage derrière. Peut-être que ça le rassure, qu’il allait à la pêche quand il était jeune et qu’il est plus en confiance dessus. »

Parfois emporté par l’émotion pendant le match

Marcelo Bielsa
Marcelo Bielsa © AFP

Lorsqu’il n’est pas en situation d’analyse sur sa glacière, l’entraîneur marseillais distille ses consignes à grands renforts de cris et de mouvements de bras. Et lorsqu’une action lui déplaît, comme sur cette image, il est impossible pour lui de le cacher. « Le langage du corps est le langage des émotions. Le corps reflète notre état émotionnel, indique Chanceaulme. Là, il est à nouveau les yeux baissés, dans sa réflexion, dans son monde. On voit sur son visage et avec les bras et les genoux fléchis qu’il y a une petite déception. Il a la tête sur le côté, il est déçu. Et tout son corps laisse paraître cette déception. » Pourtant, si Bielsa vit incontestablement la rencontre comme s’il était sur le terrain, son intention serait bien différente : « Avec les yeux baissés, il intériorise cette déception, il ne cherche pas à la partager avec les autres. »

C’est d’ailleurs dans cette recherche perpétuelle de distance entre lui et les autres que se situent peut-être les limites de la méthode Bielsa sur le long terme. Car à force de vouloir se mettre en retrait du collectif, le coach de l’OM finirait par s’isoler. « Je pense que c’est un être, comme tout le monde, plein d’émotions, mais lui particulièrement, poursuit notre comportementaliste. Il aime ses joueurs, qui le sentent humain, et c’est pour ça qu’il a des résultats. Mais sur la durée, s’il se prive de partager ses émotions avec les gens, petit à petit il va s’éloigner d’eux. Et lors des premiers moments difficiles, avec deux ou trois défaites d’affilée, c’est là qu’on verra si le groupe se délite ou reste soudé. Est-ce qu’il sera suffisamment proche d’eux pour que cette motivation perdure ? »

Tête baissée et volonté de fuir devant la presse

Marcelo Bielsa
Marcelo Bielsa © AFP

Au-delà de son aura et de sa méthode particulière qui a fait ses preuves, Bielsa est arrivé en France avec la réputation d’être un « bon client » en conférence de presse. Une réputation qu’il n’a pas galvaudée à l’OM, même si contrairement à ses précédentes expériences, l’homme qui pèse savamment chaque mot ne regarde pas ses interlocuteurs. Si elle a choqué au début, cette attitude, expliquée en partie par sa non-maîtrise du français, a fini par devenir une habitude. Mais celle-ci traduit, là encore, une volonté d’établir une distance entre lui et les journalistes.

« On voit deux choses : le regard en bas et les mains bien posées et croisées, analyse Chanceaulme. Quand on regarde en haut ou en bas, on cherche une image. On est en pleine réflexion. Sauf que c’est furtif, puisqu’aussitôt on regarde son interlocuteur, c’est la moindre des marques de respect. Lui conserve ce regard bas. Ce n’est donc pas qu’il cherche une image mais qu’il fuit quelque chose, la relation. Derrière cette fuite et tous les comportements excessifs, il y a une peur, une crainte. Il faudrait en discuter avec lui, mais je pense que c’est la peur d’être trop proche des gens, car pour lui c’est une faiblesse, et de partager des émotions. »