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Ligue 1: pourquoi le PSG commence à inquiéter

Solide leader de Ligue 1 et qualifié pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions, Paris peine pourtant à convaincre cette saison. Son nul contre Lens samedi (1-1) est venu confirmer ses lacunes dans le jeu.

Même Mauricio Pochettino, d’ordinaire adepte de la langue de bois et du robinet d’eau tiède, a fini par le reconnaître : "Ce n'était pas notre meilleure soirée. Lens est l'une des équipes qui nous a mis le plus en difficulté." Un euphémisme, clairement. Pris à la gorge par des Sang et Or toujours aussi décomplexés, Paris a sauvé un point in extremis (1-1) samedi soir lors de la 17e journée de Ligue 1, au bout d’une prestation pour le moins insuffisante, frôlant par séquences avec la médiocrité. Ses lacunes dans le jeu ont été criantes. Et elles ne sont pas nouvelles. Près d’un an après l’arrivée de Mauricio Pochettino sur le banc à la place de Thomas Tuchel, l’identité de ce PSG reste floue. Il y a bien des principes généraux, axés en partie sur les transitions rapides, mais leur application reste aléatoire. Malgré un effectif cinq étoiles, encore plus cette saison, cette équipe donne l’impression de ne pas progresser, en misant le plus souvent sur le talent de ses artistes pour s’en sortir.

"Ils sont sans cesse dans l'improvisation, ils n'ont pas de cadre, pas de circuits de passes préférentiels, juge notre consultant Lionel Charbonnier. C'est un flou artistique incroyable, ce n’est pas possible de continuer comme ça. Il faut changer quelque chose." Même constat pour Jérôme Rothen : "Quand tu gagnes, c’est très bien pour la confiance et l’épanouissement du groupe. Le souci, c’est que le jour où tu n’as plus cette réussite, tu ne peux pas te sauver grâce à ton niveau de jeu, qui n’est pas bon par moments. Et ça, ce n’est pas possible. Quand tu t’appelles le PSG, tu dois avoir un standing. Tu ne dois pas aller en-dessous d’une certaine limite. Là, par moments, ils sont à la dérive. C’est la vérité." Comme souvent dans ces cas-là, l’entraîneur se retrouve en première ligne sur le banc des accusés. Et Pochettino ne rassure plus grand-monde. Son PSG est trop rarement agréable à voir jouer. A lui de trouver la clé pour créer des automatismes, gagner en cohérence et avoir (enfin) un fond de jeu.

Des résultats un peu moins bons

Il serait évidemment malvenu de dire que les résultats des Parisiens sont décevants. Toutes compétitions confondues, ils ne comptent que deux défaites (2-0 à Rennes en Ligue 1 et 2-1 à Manchester City en C1), voire trois si on retient le Trophée des champions perdu contre Lille (1-0) début août. Qualifiés pour les huitièmes de la Ligue des champions, ils ont empoché 42 points (sur 51 possibles) sur la scène nationale, soit sept de plus qu’à la même époque la saison dernière. Paris a déjà fait beaucoup mieux dans un passé récent (47 points en 2018-2019), mais ce total est largement suffisant pour être champion d’automne et repousser ses plus proches poursuivants (Marseille, Rennes, Nice…) à plus de dix longueurs. Ce constat n’empêche pas de noter que la dynamique actuelle est loin d’être idéale. Avec deux nuls et un revers sur les quatre derniers matchs. Même certaines victoires sont poussives, ric-rac. A Bordeaux, le PSG s’est d’abord montré sérieux avant de jouer à se faire peur (3-2). Comme face à Nantes (3-1) au Parc des Princes.

Réagir plutôt qu’agir est devenu une habitude pour cette équipe, qui n’a au passage battu aucun membre du top 5 actuel de Ligue 1. Cette saison, elle a glané 16 points après avoir été menée au score en Ligue 1. Personne ne fait aussi bien dans les cinq grands championnats européens. Certains diront que cette statistique montre que ce PSG a le mérite de ne rien lâcher. Mais il faudra éviter ce genre de scénario à l’avenir en Ligue des champions. "Les gens parlent, la presse aussi, ce n’est pas facile, expliquait Angel Di Maria fin novembre dans une longue interview pour "Rothen s'enflamme". Mais le plus important c’est de continuer sur le chemin de la victoire, essayer de faire le mieux possible pour gagner des titres. (...) On doit toujours s’améliorer. Chaque match il y a des erreurs de faites, des choses qui ne fonctionnent pas comme on le voudrait. Il y a des nouveaux joueurs, un entraîneur qui essaie de montrer sa façon de jouer. A nous aussi de nous adapter et tout ne fonctionne pas immédiatement mais petit à petit ça va aller."

Messi, des difficultés inattendues

Emettre des critiques à l’encontre d’un septuple Ballon d’or a quelque chose d’assez surréaliste. Il faut pourtant reconnaître que les débuts de Lionel Messi à Paris ne sont pas à la hauteur des attentes des supporters, légitimement en droit d’espérer beaucoup mieux de la part d’un tel génie. Messi, c’est pour l’instant un seul but en huit matchs de Ligue 1 et trois passes décisives (toutes contre Saint-Etienne). Au-delà de ce maigre bilan chiffré, c’est son déchet inhabituel dans le dernier geste qui interroge, autant que sa difficulté à s’adapter à l’intensité physique d’un championnat qui le voit souffrir dans l’impact. Même dans l’axe, où il a été replacé après avoir un temps évolué dans une position très excentrée, il peine à peser dans la construction du jeu. Et son coup de rein si spécial n’est pas encore revenu.

"Je ne suis personne pour le critiquer. Mais quand tu prends Messi, tu t’attends à plein de choses, à des exploits individuels qu’on a du mal à voir depuis le début de la saison, appuie Jérôme Rothen. Tu t’attends à ce qu’il bonifie ses coéquipiers. Il faut arrêter de dire qu’il est encore en rodage. On est obligé de constater qu’il n’y a pas autour les joueurs pour permettre à Messi d’avoir une emprise sur l’équipe. Il installe un faux-rythme qui ne correspond pas aux joueurs qui sont autour. Les dirigeants parisiens ne se sont pas rendus compte qu’il faut avoir des joueurs qui vont dans son sens, dans son tempo, qui lui permettent de briller."

Sur RMC, Di Maria réclamait un peu d'indulgence pour son coéquipier : "Il arrive dans une équipe qui avait ses marques. Dans une équipe à l’aise en contre, lui aime toucher le ballon, c’est un équilibre à trouver, pas toujours facile. Il y a du temps, du travail… Vous savez dans le foot on n’a pas le temps, les critiques arrivent vite, les problèmes aussi. Mais le plus important c’est qu’on est tranquille ensemble. L’équipe se sent bien avec lui et petit à petit il va être de mieux en mieux, marquer et ça va bien se passer."

Des recrues pas encore au top

Messi n’est pas le seul à chercher encore ses repères parmi les recrues parisiennes. S’il a permis aux siens d’arracher un point à Lens en reprenant de la tête un service parfait de Kylian Mbappé, Georginio Wijnaldum n’a pas encore trouvé sa place dans le système de Pochettino, qui l’a utilisé à peu près à tous les postes au milieu. Son doublé à Leipzig (2-2) aurait pu être un déclic, mais le Néerlandais a récemment été freiné par un pépin physique. "Je ne peux pas dire que je suis complètement heureux parce que ce n’est pas la situation que je voulais", confiait-il en octobre, surpris d’être aussi souvent remplaçant. Comme l’ancien milieu de Liverpool, Nuno Mendes sait qu’il peut faire beaucoup mieux. Bien sûr, il faut se montrer patient avec le jeune latéral gauche portugais (19 ans), passé de son cocon au Sporting à un cador qui vise la victoire finale en C1. Son apport offensif et une certaine autorité dans les duels lui ont permis de signer des prestations plus qu’encourageantes, mais ses dernières sorties ont rappelé qu’il était encore au stade (logique) de l’apprentissage.

A droite, Achraf Hakimi a signé des débuts canons, avant d’apparaître bien moins à l’aise. Avec notamment ce rouge reçu à Marseille (0-0), mais surtout une contribution offensive trop neutre depuis quelques matchs pour un élément justement réputé pour sa faculté à enchaîner les allers-retours dans son couloir. Difficile en revanche de juger Sergio Ramos, aligné une seule fois jusqu’à présent. La faute à sa forme physique. Gianluigi Donnarumma, lui, est la grande satisfaction du mercato parisien. Visiblement pas perturbé par la concurrence de Keylor Navas, le champion d’Europe n’a connu aucun souci d’intégration. Sa sérénité est bluffante. Contrairement à son équipe.

https://twitter.com/rodolpheryo Rodolphe Ryo Journaliste RMC Sport