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Messi à Paris, ça coûte cher mais ça va rapporter gros

Après avoir officialisé son départ du Barça dans une conférence de presse où ses larmes ont coulé, Lionel Messi devrait devenir un joueur du PSG dans les heures/jours à venir. Un gros coup qui va obliger le club parisien à sortir le chéquier. Mais qui va aussi rapporter. Et pas qu'à lui.

Des supporters qui guettent la moindre bribe d’information sur les réseaux sociaux. D’autres qui vont jusqu’à se rendre au Bourget pour attendre l’atterrissage de son avion. Dire que l’arrivée de Lionel Messi à Paris excite les fans du PSG est un euphémisme. Avec l’Argentin, le club de la capitale va accueillir un des meilleurs joueurs de l’histoire et une nouvelle icône du football mondial après les arrivées de Neymar et Kylian Mbappé à l’été 2017. Il va aussi devoir sortir le chéquier.

Même libre et donc sans indemnité de transfert à payer, attirer Messi a un coût. Enorme. La presse évalue son futur salaire parisien à environ 40 millions d’euros net par an, plus que le record français du genre détenu jusque-là par Neymar et ses 36 millions annuels. Un investissement massif même pour la puissant PSG, qui doit faire face comme tout le monde aux conséquences de la crise du Covid (125 millions d’euros de pertes rien que sur la saison 2019-20), mais rendu possible par l’aménagement des règles du fair-play financier, mécanisme économique qui interdisait aux clubs européens de dépenser plus qu’ils ne gagnaient. Et par… les perspectives d’avenir.

Deuxième sportif le mieux payé de la planète en 2020 derrière la superstar du MMA Conor McGregor avec 110 millions d’euros, dont une bonne partie via ses sponsors comme Pepsi ou Adidas, Messi coûte bonbon. Mais il va aussi rapporter gros. Plus? "C’est tout le pari que fait le PSG, répond Grégoire Kopp, créateur de GRK Impact&Com. Lionel Messi rapportait directement et indirectement 30% des revenus du Barça. C’est très conséquent. Ça ouvre de nouveaux marchés." "Messi, c’est du sûr, complète Virgile Caillet, délégué général de l’Union Sport et Cycle, première organisation professionnelle de la filière sport et loisirs. Dès que vous le recrutez, vous avez un nombre de revenus additionnels presque mécanique: produits dérivés, billetterie, partenaires. C’est une occasion immanquable."

"200 à 300.000 maillots supplémentaires"

L’aura mondiale de l’Argentin assure des revenus qui peuvent amortir son coût. "On va faire grossir le gâteau", lance Grégoire Kopp dans une métaphore culinaire parlante. Depuis l’arrivée des Qataris en 2011, le PSG a toujours joué sur cette stratégie de superstars payées à prix d’or pour faire briller le club sur les terrains comme en dehors (Ibrahimovic, Beckham, Neymar, Mbappé, etc). Devenu une des cinquante marques sportives professionnelles les mieux valorisées au monde selon Forbes, qui le place tout de même encore derrière le Barça, le Real, le Bayern, Manchester United, Liverpool, Manchester City, Chelsea et Arsenal rayon football, le club de la capitale va encore passer un palier avec "la Pulga", même avec un joueur de trente-quatre ans.

"Il entre parfaitement dans la stratégie du PSG pour développer de nouvelles approches marketing", résume Christophe Lepetit, responsable des études économiques du Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges. "Il fallait un deuxième étage à la fusée PSG et Messi apporterait une accélération, confirme Virgile Caillet. Ça peut être paradoxal vu son âge mais Messi incarne l’avenir du PSG, à la fois économique et sportif. Son arrivée associerait trois marques iconiques: Paris, Jordan (équipementier du club, ndlr) et Messi." Selon ses estimations, l’Argentin peut faire vendre "200 à 300.000 maillots supplémentaires".

Après des mois de tempête entre crise du Covid, stades à huis clos et droits télé renégociés à la baisse, l’arrivée de Messi à Paris apporterait aussi un coup d’air frais global (et économique) sur le football français et sa Ligue. Les droits télé internationaux, domaine où la L1 est à la traîne par rapport aux plus grands championnats européens avec environ 80 millions d’euros par an, auraient ainsi un argument de poids en plus pour être réévalués à la hausse, ce qui rapporterait aussi au PSG.

"5 à 10% des touristes qui se rendaient à Barcelone y allaient pour Messi"

"Il est le deuxième joueur le plus suivi sur les réseaux derrière Cristiano Ronaldo mais devant Neymar et Mbappe alors qu’il n’est même pas sur Twitter, rappelle Grégoire Kopp. Messi va ouvrir un champ d’audience extrêmement large pour le PSG mais aussi pour la France et la L1. Ça va aussi permettre d’attirer de nouveaux sponsors. On imagine que les sponsors actuels doivent se frotter les mains parce qu’ils n’avaient pas forcément prévu d’avoir Messi. L’autre grand gagnant, c’est Amazon, car ils ont récupéré la quasi-totalité des droits de la L1 pour 250 millions d’euros et qui se retrouve aujourd’hui à voir débarquer l’un des plus grands joueurs de tous les temps. Pour ce diffuseur américain, c’est une vraie cerise sur le gâteau et ils vont essayer de faire briller ce championnat à l’international grâce à cette arrivée."

Même le… tourisme pourrait y gagner. "C’est vraiment une personnalité mondiale, poursuit Grégoire Kopp, et son arrivée va être un facteur d’attractivité énorme au niveau footballistique mais aussi en dehors. Il semblerait que 5 à 10% des touristes qui se rendaient à Barcelone y allaient pour Messi. Paris est déjà une ville très touristique et ça ne va faire que renforcer le phénomène. On n’a pas les détails du contrat mais il est probable que ce soit rentable. Ce n’est pas un pari fou, c’est une star planétaire qui inspire beaucoup de monde." Au-delà de son salaire de joueur du PSG, le principal intéressé a aussi fait un choix qui va lui rapporter à long terme.

"On voit qu’il commence à diversifier son image, pointe Grégoire Kopp. Il a créé en 2019 sa propre marque de vêtements avec la sœur de Tommy Hilfiger. On arrive à un moment de sa carrière où le joueur va devoir privilégier des revenus extras sportifs car il sait que les années où il va pouvoir jouer à très haut niveau lui sont désormais comptées. Aujourd’hui, 75% de ses revenus viennent encore du sportif et 25 de l’extra sportif. Peu à peu, il va essayer d’inverser cette courbe. Et dans sa logique de recherche de nouveaux sponsors, d’une aura supplémentaire pour pouvoir avoir de plus en plus de revenus extra-sportifs, Paris est un choix très intelligent car c’est une ville qui a un impact beaucoup plus grand que Barcelone." Les supporters sont impatients. Les futurs adversaires aussi. Le foot français va bien rentrer dans une nouvelle dimension en un transfert.

AH avec Colin Abgrall et AFP