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OM: "Sampaoli peut faire mal à la Ligue 1", estime Rami

L'entraîneur argentin Jorge Sampaoli (60 ans), qui vient d'annoncer son départ de l'Atlético Mineiro, devrait débarquer dans les prochains jours sur le banc de l'OM. Le défenseur français Adil Rami, qui a évolué sous les ordres du technicien à Séville en 2016-2017, dresse pour RMC Sport le portrait d'un coach passionné, exigeant, mais dont le style ne sera efficace qu'avec les bons joueurs à disposition.

Que pensez-vous de la prochaine arrivée de Jorge Sampaoli à Marseille ?

Adil Rami: Je le connais, le mec c’est un gros bosseur, et je sais que certains coachs, lorsqu’ils finissent une saison, aiment bien prendre un peu de temps avant de replonger. Lui, je vois qu’il va enchaîner direct. Ça peut être bien pour l’OM, mais c’est un tout autre style. Ce n’est même pas le fait que ce soit Marseille: Sampaoli, il a le sang chaud, du caractère, il connaît les grandes ambiances comme à Marseille, en Argentine ou ailleurs. C’est plus sur le style de jeu que ça me paraît un peu bizarre, d’autant qu’on ne sait pas trop ce qu’il va se passer avec le club, s’il va être vendu ou pas… Quoi qu’il arrive il va y avoir des changements à faire dans l’effectif pour un mec comme lui.

Les dirigeants ont peut-être anticipé une refonte de l’effectif avec des joueurs capables de répondre à ses attentes…

Sampaoli, c’est quelqu’un qui aime vraiment le ballon. Pour l’OM ça peut être bien mais il faut aussi prendre en compte le style de la Ligue 1: il n’y a pas beaucoup d’équipes ouvertes, alors que lui c’est vraiment droit au but. (…) Sampaoli pourrait faire du bien – malheureusement – à des mecs comme Florian Thauvin. Je dis malheureusement parce que Florian est en fin de contrat et je ne sais pas s’il va prolonger. Mais c’est ce style de joueurs qu’il apprécie: des mecs qui tentent en un contre un, qui tirent au but, qui veulent jouer au ballon… Payet, ça peut être bien aussi s’il fait plus d’efforts défensifs, il peut être un pilier avec ce coach. Ce qu’il va lui demander à Dimitri, c’est de l’agressivité après la perte de balle. Je crois qu’à Séville on avait entre 5 et 7 secondes pour récupérer le ballon dans le camp adverse.

Avec lui on travaillait sur deux ou trois systèmes différents pour pouvoir déranger les équipes adverses. A tout moment on pouvait passer à cinq derrière, ou à quatre, et on devait connaître ça par cœur en tant que joueurs pour pouvoir changer en plein match. Après, quand il fera face à des équipes à deux attaquants, je pense qu’il jouera à trois derrière, et quand il n’y aura qu’une pointe il mettra plutôt deux centraux, avec deux latéraux super offensifs. C’est dommage que Bouna Sarr soit parti, il se serait régalé avec lui. Avec trois ou quatre bonnes recrues, Sampaoli peut faire mal à la Ligue 1. Mais il faut aussi un temps d’adaptation. Alors je ne suis sûr de rien…

Dimitri Payet, qui lui va rester, peut-il être son leader offensif, et bénéficier de plus de libertés au cœur du jeu ?

Je le connais bien Payet, je le connais quand il n’est pas bien physiquement, et je le connais aussi quand il est bien physiquement. S’il est bien physiquement, il est incroyable. Je pense que là il a pris conscience que son problème – comme moi – c’est qu’il prend un peu de poids s’il ne fait pas attention, et qu’ensuite ça devient compliqué sur le terrain. Mais je pense qu’avec Sampaoli il va retrouver de la motivation. Je pense aussi que la période compliquée qu’il vient de vivre, même si pour moi on a été trop sévère à son égard, va le booster. Il peut vraiment faire l’affaire. C’était ça avec Nasri: il faisait des efforts défensifs, et offensivement c’était le maestro de l’équipe. Il y avait une très bonne connexion entre les deux.

Est-ce que Sampaoli vous a fait grandir en tant que joueur ?

Tout à fait, il m’a fait grandir, il m’a fait prendre confiance en moi. Après cette saison je suis parti à l’Olympique de Marseille. Des matchs où l’on jouait contre les meilleurs joueurs du monde, le mec n’hésitait pas à nous mettre en un contre un sur Messi, Neymar ou Suarez… Il m’a forcé à prendre confiance en moi, il me disait des trucs du genre 'Suarez ne te prendra jamais te vitesse, tu es plus fort que lui, il est vicieux mais tu es plus intelligent…' Pareil contre le Real, quand on les avait battus à domicile: ils avaient aligné Ronaldo et Benzema devant, et Sampaoli nous avait dit 'les deux centraux, vous en prenez un chacun'. Il se sert énormément des latéraux aussi parce qu’il estime que les milieux offensifs (adverses) n’aiment pas défendre. C’est pour cela qu’aujourd’hui les latéraux de l’OM, selon moi, ne font pas l’affaire. Il a besoin de mecs qui montent, qui éliminent. Attention hein, un mec comme Sakai est un vrai soldat, j’ai adoré jouer avec lui. Mais je parle d’un point de vue style.

A quels postes exactement Sampaoli devrait-il recruter ?

Comme je le disais, je pense qu’il lui faut des latéraux. Un Amavi ça le ferait, mais je ne sais pas s’il va prolonger. A part lui, personne ne fait vraiment de différences. En milieu je ne sais pas trop, je pense juste qu’il va mettre Payet en 10. Je pense qu’il va prendre un attaquant aussi, parce qu’il lui manque de la vitesse, de la vivacité. Après j’aime beaucoup Milik. Mais je crois également en sa capacité à relancer des joueurs, je pense à Benedetto par exemple. Henrique est pas mal sur les derniers matchs, mais là il joue sans pression, donc je n’arrive pas encore à le juger. Je pense qu’il appréciera un joueur comme Rongier aussi, qui joue au ballon. Il a une base, mais il va chercher à ramener du monde dans chaque secteur.

Sur quels principes est-il très à cheval au quotidien ?

Souvent, même à l’entraînement, il gueule. Enfin ce n’est pas le bon mot, mais il pousse, il encourage tout le temps à avoir cette grinta, ce côté où il ne faut jamais baisser les bras. Et après chaque perte de balle, il veut que personne ne tourne le dos au jeu. Il n’y a pas de replacement: pendant les 5 à 8 secondes suivantes, il veut des pitbulls. Il détestait quand on levait les bras en perdant un ballon. Et même à l’entraînement.

Son côté volcanique, radical, ne risque-t-il pas de lui mettre le vestiaire à dos ?

A un moment donné, il va falloir que les joueurs s’adaptent. La force d’un joueur professionnel, c’est de s’adapter aux différents entraîneurs, de comprendre que le plus important c’est l’écusson et que le joueur n’est pas grand-chose s’il ne respecte pas les consignes du coach. C’est aussi à la direction de faire respecter ce genre de choses. Dans la vie de tous les jours, Sampaoli est tellement passionné, qu’il a une idée en tête et ne la changera pas: c’est ‘on va presser, on va les harceler, je veux qu’on leur fasse mal’. Il est tout le temps à 100%, mais les joueurs l’apprécient parce qu’en dehors il est beaucoup plus reposé, il est très attachant d’un point de vue humain. Il vit sa passion. Ça, ça va plaire aux Marseillais. Et il s’en fout de ce qu’on peut dire à droite ou à gauche. Ce qui compte, c’est son match, et la manière dont l’équipe joue. Encore une fois, ce qui me fait bizarre c’est le contraste entre un mec autant passionné et cette direction…

On le compare beaucoup à Marcelo Bielsa. Mais n’est-il pas plus pragmatique ?

Il a du Bielsa en lui, dans sa manière de prendre des risques avec des un contre un derrière, avec beaucoup de travail athlétique sur le terrain, mais il y a aussi du Guardiola. Quand je vois jouer Manchester City, je me dis que c’est ce qu’on faisait avec Séville. Ça joue haut, ça harcèle. Le hic, c’est qu’il va falloir bosser les transitions rapides, parce qu’ils vont se manger des contres, c’est certain.

Propos recueillis par Quentin Migliarini