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PSG: comment le vestiaire et le staff ont réagi à l’affaire Aurier

Document RMC Sport. Nasser Al-Khelaïfi, Laurent Blanc, Zlatan Ibrahimovic et tous les membres du PSG sont tombés des nues en découvrant dimanche la vidéo de Serge Aurier. Retour en détails sur cette journée pesante qui fera date dans la saison du PSG.

Les joueurs informés dès le réveil

Son téléphone n’arrête pas de sonner dans la nuit de samedi à dimanche. Mais ce n’est que vers 7h du matin que Nasser Al-Khelaïfi est informé de l’affaire Serge Aurier. A l’heure où le président du PSG prend conscience de l’ampleur du scandale, plusieurs joueurs sont déjà au courant du dérapage de leur coéquipier. « J’ai reçu un sms vers 4h du matin, c’est incroyable, confie un proche du club. Sur le moment, je n’ai pas cru à cette affaire ». Le bouche à oreille répand rapidement l’information. A leur réveil, tous les membres du PSG sont au courant de l’existence de cette vidéo.

« Serge, pas la peine de venir au Camp des Loges »

Vers 8h, Nasser Al-Khelaïfi contacte son entourage. Le président est en colère, furieux. Il ne comprend pas le "craquage" de son joueur. Une cellule de crise se met alors en place au club. Le dirigeant qatari commence à donner ses directives à son entourage, la cellule de communication du PSG et son directeur sportif, Olivier Létang. Ce dernier prend son téléphone pour appeler Aurier. La demande ressemble plus à un ordre : « Serge, pas la peine de venir au Camp des Loges (le centre d’entraînement). » Aurier comprend alors la portée de ses propos. Son entourage essaie de le joindre. La stratégie de communication du joueur se met en place. L’international ivoirien sait qu’il devra s’excuser et assumer.

Zlatan découvre la vidéo

Les joueurs arrivent au centre Ooredoo en milieu de matinée. Plusieurs ont déjà vu le Periscope d’Aurier. Tous les Parisiens sont réunis. Zlatan Ibrahimovic découvre la vidéo. Il la regarde et tombe des nues, mais ne le montre pas. La star suédoise confie à Maxwell, son ami : « Serge n’a pas pu dire ça en public, qu’est-ce qu’il lui a pris ?». Lorsqu’il découvre les propos tenus à son encontre, Zlatan ne réagit pas. Son visage est fermé, son regard est noir. Thiago Motta, autre cadre du vestiaire, est aussi en colère. Salvatore Sirigu, qu’Aurier qualifie de « guez » (mauvais), a la mine des mauvais jours. L’Italien confie à un de ses proches qu’il demandera des explications franches à Aurier. Di Maria, qualifié de « guignol », ne réagit pas.

Blanc : « Il me fait ça alors que je l’ai recruté ! »

Joint par RMC Sport, un joueur confie : « On était choqué. L’ambiance dans le vestiaire était terrible. Ça ne parlait pas comme d’habitude. On se regardait pour se demander comment un de nos coéquipiers, qu’on croise tous les jours, pouvait tenir des propos comme ça. Et surtout, comment il pouvait avoir craqué comme ça. C’est un sentiment d’incompréhension, de gêne terrible pour un mec qui était en plus apprécié dans le vestiaire. » Laurent Blanc discute avec son staff. L’entraineur parisien est déçu, agacé et en colère. Il est sous le choc et confie à certains de ses adjoints : « Il me fait ça alors que je l’ai recruté. Tu imagines ! C’est un gamin que j’ai ramené et il parle comme ça. »

Létang : « Serge a dépassé les bornes »

Le décrassage du match de Lille (0-0 samedi lors de la 26e journée de Ligue 1) se passe dans une ambiance très calme. Les joueurs semblent loin, secoués. Après la séance, Olivier Létang prend la parole. Il déclare en substance : « Serge a dépassé les bornes. C’est inadmissible et inexcusable. Personne n’a le droit de mettre en danger la vie du groupe. Personne ne doit remettre en cause l’institution, le club, le staff technique, l’entraîneur et ses coéquipiers. Sachez que des mesures seront prises contre Serge mais je vous demande une seule chose : vous concentrer sur le match de Chelsea qui est notre objectif commun. Cet événement ne doit pas vous détourner d’un choc que vous attendez tous. » Le ton de Létang est ferme. Les joueurs comprennent que la situation est grave.

L’explication musclée d’Al-Khelaïfi

Des discussions démarrent entre groupes de joueurs. Certains cadres veulent une sanction exemplaire pour celui qui est désormais considéré comme un traître, pendant que d’autres essaient de lui chercher des excuses. Thiago Silva est stupéfait et partagé. Le Brésilien est proche de Serge Aurier, il l’apprécie beaucoup. Mais en tant que capitaine, il ne peut pas accepter les propos de son partenaire. De son côté, Nasser Al-Khelaïfi demande à recevoir officiellement Serge Aurier dans l’après-midi. Durant cette rencontre, qui va durer plusieurs heures, le dirigeant qatari se montre furieux. Il répète plusieurs fois à Aurier « qu’il ne peut pas trahir comme ça le club et que ce n’est plus une faute de jeunesse quand c’est la deuxième fois (Aurier avait été suspendu trois matches la saison passée pour avoir insulté un arbitre sur Snapchat) ». Le président parisien fait la leçon de morale, il parle franchement à son joueur, de manière très ferme.

Le vestiaire divisé sur le sort d’Aurier

Le PSG organise alors la stratégie de communication d’Aurier, qui est officiellement mis à pied à titre conservatoire. Des excuses sont enregistrées sur le site du club et sur PSG TV. Dans la soirée, Aurier s’excusera devant les médias. Un mea culpa qui, pour plusieurs joueurs, ne suffit pas. L’un d’eux confie à RMC Sport : « Ça ne passe toujours pas, il ne s’est pas comporté en professionnel. Il devra assumer face à nous. Il va devoir être honnête et sincère et je ne suis même pas sûr que ça passe. » Encore très tard dimanche soir, plusieurs joueurs ne voulaient pas entendre parler d’un retour rapide de l’Ivoirien dans le vestiaire. Mais selon nos informations, une poignée voulait tout de même arrondir les angles et défendre Aurier.

Blanc exprime sa colère en conférence de presse

Laurent Blanc reste pour l’instant en colère contre Aurier : « Comment je l'ai pris? Très mal, lâche-t-il ce lundi en conférence de presse. Ce garçon, il y a deux ans, je me suis vraiment engagé auprès de ma direction pour le faire venir à Paris, et le remerciement que j'ai, c'est ça. Je trouve ça pitoyable. Je pense qu'il s'est pénalisé lui-même. C'est pénalisant pour lui, et ce que je n'admets pas, c'est que c'est pénalisant pour le club. J'ai côtoyé cette nouvelle génération, il y a beaucoup de personnes dans cette génération qui passent leur temps à s'excuser... »

Le cas Aurier en suspens en attendant Chelsea

Laurent Blanc, qui a discuté avec certains cadres, compte le refaire après le 8e de finale aller de Ligue des champions contre Chelsea (ce mardi à 20h45). En attendant, il a demandé à ses joueurs d’oublier cette affaire pour se concentrer sur le match contre les Blues. Un proche du vestiaire conclut : « Pour Aurier, la pire des nouvelles, ça serait un mauvais résultat contre Chelsea. Tout lui retomberait dessus. Il faudra laisser passer du temps pour oublier. Il faudra qu’il soit aussi fort pour faire face au groupe. Des joueurs lui feront comprendre qu’ils n’oublieront pas. » Malgré la fracture avec son entraîneur et une partie du vestiaire, les dirigeants parisiens n'envisagent cependant pas d'aller jusqu'au licenciement d'un joueur qui vaut au désormais plus de 20 millions d'euros.

M.Bo.