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Recrutement raté, tensions et échec des coachs… les raisons du fiasco des Girondins, en route vers la L2

Quasiment assurés de descendre en Ligue 2 samedi soir au soir de la 37eme journée de Ligue 1 après un nul à Lorient (0-0), les Girondins ont vécu la pire saison sportive de leur histoire sur le terrain. Une année marquée par des rebondissements et des décisions qui devrait envoyer le club en L2 pour la première fois depuis 30 ans. RMC Sport vous détaille les raisons de la catastrophe sportive bordelaise.

Le fiasco des mercatos

Sur le terrain à Angers lors du dernier match décisif pour espérer pouvoir se maintenir en Ligue 1, seul Benoit Costil faisait office de rescapé des saisons précédentes. Arrivés en juillet, le directeur sportif Admar Lopes et son président Gérard Lopez ont fait le choix de reconstruire un effectif qui était en plein doute. Et Bordeaux s’est donné les moyens d’aller chercher des joueurs malgré un contexte financier difficile.

L’été dernier, Bordeaux a été le 11e club de France le plus dépensier sur le marché des transferts (8,5 millions). La seule vraie satisfaction est sans aucun doute Alberth Elis. L’attaquant du Honduras (9 buts en 20 matchs de L1) s’est blessé et a manqué toute la fin de saison. Une absence ressentie et sans doute pas étrangère à la piteuse deuxième partie de saison du club. La suite du recrutement est un gros échec. Alors que Junior Onana avait fait de bons débuts et qu’en interne on espérait faire une grosse plus-value sur lui en fin de saison en le revendant entre 15 et 20 millions d’euros, il n’a quasiment jamais été en capacité de faire un match plein.

Les latéraux sont le gros flop de cette saison. A droite, Timothée Pembélé était encore trop jeune pour tenir le poste à lui tout seul. A gauche, Ricardo Mangas et Gidéon Mensah ont enchainé les performances médiocres. L’un des pires achats de l’année en Ligue 1 se nomme Fransergio pourtant recruté comme le futur patron du milieu de terrain bordelais. L’ancien capitaine bordelais ne s’est jamais adapté. Il a même disparu lors de la deuxième moitié de saison avec David Guion avant de ressortir du chapeau contre Angers avec une nouvelle performance très décevante à la clé. Les Girondins ont investi 6,5 millions sur le Brésilien. Un fiasco. Le pari Mbaye Niang, bien que performant au mois d’avril, n’a pas été convaincant. Malgré son talent, Javairo Dilrosun l’international hollandais n’aura jamais vraiment pesé pour son nouveau club.

Cet hiver, Admar Lopes n’aura pas réussi à changer la donne. Les arrivées de Josuha Guilavogui et Marcelo en sont les principaux symboles. L’ancien Lyonnais n’a jamais su compenser le départ de Koscielny et a enchainé les mauvais matchs. Son manque de vitesse et ses difficultés à la relance ont pénalisé le club. Malgré sa volonté indéniable d’apporter, le capitaine Guilavogui, installé par David Guion, a déçu au milieu de terrain comme en défense centrale. Même l’impeccable Anel Ahmedhodzic a fini par perdre pied. Preuve d’une équipe à la dérive. Plus que les performances sur le terrain, les attitudes de plusieurs joueurs recrutés cette saison ces derniers jours ont interpellé.

Des cadres écartés qui ont cruellement manqué

C’était le gros chantier de la nouvelle direction: alléger la masse salariale. L’été dernier de nombreux joueurs sont partis libres. Cet hiver, Admar Lopes a souhaité se séparer de deux joueurs capitaux dans l’équilibre du vestiaire. Salaires trop importants, attitudes qui ne plaisaient plus en interne. Le patron du sportif a rapidement signalé à Laurent Koscielny qu’il ne comptait plus sur lui. Le coup est rude à encaisser pour le capitaine des Girondins qui a une clause de reconversion avec le club. Un accord est trouvé courant janvier, Koscielny devient ambasseur de Bordeaux. Au sein du vestiaire, la soudaineté de cette décision et la manière de faire ont choqué plusieurs joueurs, surtout les anciens. Même si le relationnel entre l’international français et les membres de l’effectif (notamment les plus jeunes) n’a pas toujours été limpide, il incarnait le professionnalisme et la rigueur au sein du groupe pro.

Un autre départ, moins médiatisé mais capital pour l’ambiance du groupe, a pesé. Celui d’Otavio. Le milieu de terrain brésilien était devenu un amoureux de la ville. Il a joué 127 matchs avec les Girondins en quatre saisons et demi. "C’était un joueur solaire même quand les défaites s’enchainaient, raconte un témoin du vestiaire. Il était toujours souriant pour mettre l’ambiance, s’entendait avec tout le monde. Un vrai pilier aussi pour les Sud-Américains. Son départ a fait très mal." Le club l’a prêté avec option d’achat à l’Atletico Mineiro cet hiver. Un départ jamais compensé.

Autre cadre du vestiaire évincé, le défenseur central Paul Baysse. En janvier le club lui annonce qu’il est mis à l’écart du groupe pro et doit s’entrainer avec la réserve. Il lui est reproché d’être la "taupe" du vestiaire que recherche l’équipe dirigeante. Le comportement de Baysse avec la réserve reste irréprochable. Suite à un élan collectif des joueurs du groupe, l'ancien Niçois est réintégré au groupe professionnel deux mois plus tard. Son attitude est louée par tous. Malgré tout il n’a pas eu sa chance sur le terrain.

Les bilans catastrophiques des coachs qui n’avaient pas toutes les cartes en main

L’immense échec de la nouvelle direction aura été de confier l’équipe à Vladimir Petkovic, l’ancien sélectionneur de la Suisse, cet été. Réputé pour son calme et son relationnel dans toutes ses expériences professionnelles, Petkovic n’a jamais réussi à s’adapter à l’environnement bordelais sans jamais bouleverser ses méthodes d’entrainement et avoir tenté de bousculer son groupe jusqu’à son départ début février. "Il n’intervenait jamais lors des séances, confie une source proche du groupe pro. C’était son style mais à aucun moment, quand on a commencé à sombrer, il n’a été dans la réaction et on a continué à s’enliser."

Petkovic n’est malgré tout pas l’unique responsable de l’échec sportif du début de saison. Le préparateur physique Antonio Calado est un choix d’Admar Lopes. Il n’est pas un inconnu en Ligue 1 puisqu’il a épaulé Miguel Cardozo à Nantes en 2019 pendant trois mois. Le nouveau responsable de la performance des joueurs mise sur l’intensité lors des séances mais beaucoup ne le jugent "pas au niveau". Sa gestion des nombreux retours du Covid avant la défaite historique contre Marseille (7 janvier) a été pointée du doigt. Alors que les joueurs restaient sur une longue période d’isolement, aucun travail spécifique n’a été effectué avant de réintégrer les joueurs aux entrainements. Un manque de "caisse" et dans les volumes de course qui se ressent depuis le début de saison. D’après plusieurs sources, la situation a d’ailleurs été plusieurs fois tendue entre Calado et Petkovic.

Autre cas qui a fait jaser en interne, l’entraineur des gardiens qui épaulait Benoit Costil et Gaëtan Poussin. L’ancienne direction du club souhaitait pourtant se séparer de Vitor Pereira pour "inaptitude au travail". Une procédure de licenciement avait même été engagée. Le coach portugais souffre d’une blessure à un genou qui "lui empêchait de toucher la barre transversale depuis les 16m50", nous confie-t-on. La direction sportive actuelle a fait le choix de le maintenir auprès des pros. Les relations avec le gardien numéro un Benoit Costil sont restées très fraîches jusqu’à la fin de leur collaboration. C’est d’ailleurs Costil qui a milité pour faire venir Grégory Coupet aux Girondins cet hiver alors qu’il s’entrainait à part avec un coach individuel pour augmenter les doses de travail, trop faibles avec Pereira.

David Guion est lui arrivé le 17 février, sans adjoint, pour prendre le relais de Vladimir Petkovic. L’ancien technicien de Reims a voulu mettre sa patte rapidement sur cette équipe et s’est appuyé sur André Monteiro et Jaroslav Plasil pour prendre le pouls de son groupe. Avec 61,54% de défaites depuis son arrivée sur le banc bordelais (1 seule victoire en 13 matchs, 8 points pris seulement), il fait encore pire que Petkovic. "Les joueurs sont épuisés, confie une source à RMC Sport. Adli, Oudin, Kwateng, Costil sont usés. Guion a essayé de mettre ses principes en place mais les joueurs sont centrés sur leurs cas personnels et ne sont pas très réceptifs à ce qu’il propose."

Plasil qui a essayé de changer les choses en activant différents leviers n’a pas été entendu tout au long de la saison. Les deux entraineurs se sont heurtés à la présence constante du directeur sportif Admar Lopes dans le choix des joueurs alignés le week-end. Selon nos informations, Lopes intervient régulièrement depuis le début de saison dans les compositions d’équipe des Girondins. Paul Baysse qui a réintégré le groupe pro depuis plusieurs semaines, n’a jamais eu sa chance car la direction ne souhaite pas le voir sur le terrain.

Une sortie nocturne, point de départ de l’épidémie de Covid

Cet épisode a marqué le début de la descente aux enfers du club. Le 12 décembre dernier, les Girondins s’imposent à Troyes dans un match important pour la suite de la saison. Les Bordelais s’étaient retrouvés quelques jours à Clairefontaine en stage pour préparer cette rencontre. Dans les jours qui précèdent le match, les joueurs font une sortie en boite de nuit. Point de départ du cluster. Une dizaine de jours plus tard, 21 joueurs sont testés positifs. Les dirigeants tentent alors de reporter le match de Coupe de France prévu à Brest. Sans succès.

Bordeaux se raccroche à l’espoir de voir sa rencontre contre Marseille au Matmut Atlantique décalée. Un match capital pour le club qui n’avait plus perdu depuis 42 ans contre l’OM à domicile. Finalement, le match se joue. On est le 7 janvier, les Girondins s’inclinent 1-0 à domicile dans un stade à huis clos, décision de l’équipe dirigeante de n’accueillir aucun supporter pour cette rencontre. Depuis, Bordeaux n’a remporté que deux de ses 16 matchs de Ligue 1 disputés.

L’affaire du racisme a laissé des séquelles dans le groupe

Certainement la période qui révèle le mieux la saison catastrophique des Girondins. Les Ultramarines, principal groupe de supporters girondins, ont accusé Benoit Costil et Laurent Koscielny d’être les auteurs d’actes racistes au sein du club. Le tête-à-tête entre le gardien international et le porte-parole des Ultras Florian Brunet à la mi-temps du match contre Montpellier le 20 mars dernier a laissé des traces. Depuis, les preuves n’ont jamais été dévoilées par les supporters. L’enquête interne ouverte par le club n’a, pour le moment, pas donné de suite. La direction ne s’est toujours pas exprimée sur cet évènement, exceptée par voie de communiqué.

Les conséquences ont été sévères sur le groupe professionnel. Benoit Costil le premier. L’ancien Rennais est "traumatisé" depuis cet épisode et ne s’en est jamais remis mentalement. Après avoir été mis sur le banc de touche car la direction avait annoncé aux Ultramarines qu’il ne porterait plus le maillot bordelais, Costil a fait son retour dans le but à Nantes le 24 avril (défaite 5-3). Son remplaçant Gaëtan Poussin a été fortement critiqué pour ses performances et depuis son retour, Benoit Costil n’a pas été décisif.

Dans le groupe aussi, l’affaire du racisme a laissé des traces. Certains joueurs ne sont pas vraiment montés au créneau pour défendre Costil et Koscielny. Bien qu’il n’y ait pas de fracture majeure dans l’effectif ni de clans entre les joueurs, quelques tensions ont pu se faire ressentir. Le groupe est meurtri depuis de nombreuses semaines et l’absence de réaction après la défaite contre Angers dimanche dernier dans un match capital le prouve. D’après nos informations, aucun discours, aucune prise de parole n’a été faite. Les joueurs sont rentrés à Bordeaux dans un silence de plomb, épuisés par une saison plus qu’éprouvante.

Nicolas Paolorsi à Bordeaux