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Saint-Etienne: la vente du club n'est pas pour demain

Malgré la volonté affichée par les dirigeants Bernard Caïazzo et Roland Romeyer de vendre le club de Saint-Etienne, rien n’est encore fait.

Depuis quelques semaines et une lettre ouverte publiée dans Le Progrès, Saint-Etienne se trouve très officiellement en vente. Le club le plus titré de France et probablement l’un des plus populaires fait rêver certains. Et les fantasmes sont donc nombreux autour de cette cession. Le point sur la situation avant la 35e journée de Ligue 1 et un déplacement important à Montpellier ce dimanche.

Les présidents veulent vendre, mais pas d’urgence

Bernard Caïazzo continue de travailler à distance avec les instances du football français et affirme être enclin à céder le club, à condition de trouver un accord autour de bonnes conditions de vente. À 67 ans, Caïazzo est disposé à passer la main même si sa fonction à la tête de l’ASSE lui permet pour le moment d’exister au niveau des instances et dans le paysage footballistique français. Roland Romeyer, de 8 ans son ainé, est lui passablement fatigué. Usé par des années de hauts et de bas avec les Verts. Le dirigeant a aussi été très marqué par les récentes critiques qui se sont abattues sur lui.

Les supporters, le landerneau stéphanois, et même le maire de Saint-Etienne y sont allés de leurs commentaires péjoratifs à l’endroit du boss de l’exécutif. Roland Romeyer va d’ailleurs passer la main de l’exécutif à Jean-François Soucasse, le nouveau directeur général de l’ASSE, qui fait l’unanimité en interne (pour le moment) et qui deviendra donc dans les prochaines semaines directeur exécutif.

Une situation financière "moins instable" que d’autres

Roland Romeyer et Bernard Caiazzo peuvent pourtant s’enorgueillir d’avoir pris l’ASSE très bas en Ligue 2 et de l’avoir ramené dans l’élite durablement. Le tout en offrant par ailleurs quelques épopées européennes notables à Saint-Etienne. Sur le plan financier, le club se veut stable et peut se targuer d’être le seul club de l’élite à avoir présenté dix bilans comptables consécutifs à l’équilibre ou excédentaire.

Une gestion en bon père de famille qui constituerait un argument de vente non-négligeable. Touché par la crise liée au coronavirus et au retrait de Mediapro concernant les droits TV de la Ligue 1, le club présentera cette année un bilan négatif. Mais le déficit serait compris entre cinq et dix millions d’euros, grâce notamment à certaines traites liées aux ventes de William Saliba et Wesley Fofana, qui entrent dans le bilan 2020-2021 et non dans le précédent.

Un déficit certes, mais relativement réduit au regard du contexte et probablement bien moindre que l’immense majorité des clubs français. Cet avenir "moins mauvais" que celui de ses concurrents place Saint-Etienne dans une situation "moins instable" que d’autres formations en Ligue 1. Une situation qui fait dire en interne que "oui le club est à vendre, mais non le club n’a pas besoin d’être sauvé".

Face à ce constat, la question de la véracité de l’intention de vendre pourrait se poser pour les esprits chagrins. D’abord, parce que des effets d’annonce de ce type ont déjà été faits à l’ASSE, ensuite parce que la lettre ouverte envoyé par la présidence bicéphale ressemble à une réponse politique à l’attaque - politique - du maire de Saint-Etienne sur la gestion du club.

Ce courrier vise peut-être aussi à calmer la fronde des groupes ultras. Elle permet enfin à la présidence d’exister après de long mois de silence médiatique, alors que la situation sportive était décevante. Reste que la vente du club a été confiée à la branche cession/acquisition du cabinet d’audit KPMG et qu’un mandat a été signé avec la compagne de Bernard Caiazzo, Nina Carneiro, dont on vante la connaissance pointue du marché nord-américain.

L'option du rachat par un investisseur local

Roland Romeyer l’a dit et répété, il souhaiterait vendre dans l’idéal à un candidat local. Après une tournée du paysage des fortunes ligérienne, l’idée semble mort-née. Certains ne sont pas intéressés, d’autres sont prudents au regard de la situation économique générale. Bref, l’idée du consortium d’investisseurs locaux a du plomb dans l’aile pour quiconque connait le territoire et a un minimum d’entregent à Saint-Etienne. Reste un nom: celui d’Olivier Markarian. Cet entrepreneur, à la tête du groupe Markal, est sponsor du club stéphanois depuis dix ans et se verrait volontiers devenir le nouveau patron des Verts.

Mais voilà, malgré une réussite indéniable dans ses affaires, Olivier Markarian n’a pas la surface financière pour racheter l’ASSE. Il pourrait fédérer quelques locaux derrière lui et assurément emprunter une partie de la somme visant à racheter le club. Mais pour racheter et assurer l’avenir du club, c’est une enveloppe de 100 millions d’euros qu’il faut prévoir approximativement (30 à 40 pour le rachat puis 60 à 70 pour insuffler une nouvelle dynamique). L’entrepreneur pourrait potentiellement compter sur des appuis qui lui sont propres au sein de la diaspora arménienne.

Olivier Markarian a d’ailleurs exprimé sa volonté de se positionner pour le rachat auprès des deux co-présidents, via une lettre d’intention pour le moins minimaliste par rapport aux standards habituels dans ce genre de transaction. Juridiquement, une lettre d’intention n’équivaut pas à une promesse d’achat. Lettre d’intention qui, pour l’heure, est restée sans réponse officielle.

La piste d’un fonds d’investissement

L’autre profil de reprise pour Saint-Etienne mènerait à un fonds d’investissement. L’idée plaît nettement moins à Roland Romeyer, mais elle est plus réaliste. Il y a quelques semaines, des spécialistes des acquisitions de club confiaient à RMC Sport que Saint-Etienne était devenu la cible prioritaire des fonds d’investissement. Et pour cause, les clubs des grandes villes françaises ont déjà tous leurs investisseurs étrangers (Paris, Lyon, Marseille, Lille) et les "villes-marques" comme Nice et Bordeaux aussi. La situation des Girondins a changé depuis et le club bordelais pourrait constituer une concurrence importante pour l’ASSE. Un fonds d’investissement canadien a été évoqué comme potentiel repreneur des Verts, avec en figure de proue Mathieu Bodmer, mais l’ancien Lillois a démenti pour le moment toute intention de ce genre.

Dernière option, que l’on ne peut exclure au regard des relations entre Romeyer et Caîazzo, l’un ou l’autre des deux présidents posséderait dans sa manche un investisseur minoritaire permettant de racheter les parts de l’autre et de prendre seul la tête du club. En bref, l’affaire est loin d’être conclue. D’une part car les profils de potentiels repreneurs ne sont pas pléthore. D’autre part parce que le club n’est pas dans une position d’urgence, mais dans une situation qui permettra à la direction des Verts de négocier plus tranquillement… ou de se contenter d’un statu quo ad vitam. Ou presque.

Timothée Maymon