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PSG: un titre très précoce, ça donne quoi en C1 ?

Le Bayern de Ribéry, en 2012-2013

Le Bayern de Ribéry, en 2012-2013 - AFP

Le PSG est devenu, hier dimanche, champion de France à huit journées de la fin. Une performance inédite dans les grands championnats européens. La question est désormais de savoir si ce titre précoce peut servir les intérêts du PSG en Ligue des champions, en se basant sur trois exemples de clubs rapidement titrés et encore en lice sur en C1.

Manchester United (2000-2001) : éliminé dans la foulée en Ligue des champions

Lors du passage au nouveau millénaire, Manchester United est au sommet. Après avoir remporté la C1 en 1999, MU s’adjuge un troisième titre consécutif, en 2000-2001, et ce dès la 33e journée, avec une victoire contre Coventry (4-2), et la défaite d’Arsenal à domicile contre Middlesbrough (0-3).

Le record de précocité tombe, avec un sacre à cinq journées de la fin, le 14 avril. Mais les Red Devils, bien qu’euphoriques à l’instar d’un Roy Keane sûr de la force de son équipe au coup de sifflet final, doivent disputer leur quart de finale retour de Ligue des champions face au Bayern Munich, quatre jours plus tard.

Battu à domicile à l’aller (0-1), les hommes de Ferguson ne profiteront pas de leur titre précoce pour tout casser en C1. En effet, le Bayern s’impose également au retour (2-1), le 18 avril, et remportera finalement la Coupe. MU se contentera de vivre sa fin de saison sans grande émotion, pour fêter véritablement son titre à la dernière journée. Maigre consolation.

Bayern Munich (2012-2013) : l’exemple à suivre avec le sacre suprême à la clé

C’est le modèle que devra suivre le PSG. Lors de la saison 2012-2013, le Bayern de Jupp Heynckes va réaliser un superbe triplé Championnat-Coupe-C1. Après trois ans de disette, les Bavarois reprennent le titre de champion d’Allemagne, dès la 28e journée. Alors qu’il reste encore 6 journées par la suite, les Bavarois assurent le titre par une victoire sur le terrain de l’Eintracht Francfort (1-0) le 6 avril, grâce à un but de Schweinsteiger. Carré, comme le Bayern de cette époque.

Après ce record de précocité (qu’ils battront l’année suivante), les Bavarois se concentrent sur la C1, comme va le faire le PSG cette saison. Ils commencent par valider leur billet pour les demi-finales, en s’imposant sur le terrain de la Juventus Turin, quatre jours après leur titre, le 10 avril (2-0, 2-0). Alors qu’en championnat, ils continuent de dérouler, avec 5 victoires lors des 6 dernières journées (et un nul contre Dortmund), les coéquipiers de Müller héritent du FC Barcelone en demi-finales de la C1.

La mission, annoncée comme compliquée, va être incroyablement bien remplie. Le Munichois livre une performance magistrale à l’aller comme au retour (4-0 à Munich, 3-0 à Barcelone) et file retrouver en finale… le Borussia Dortmund, rival bien plus tôt vaincu sur le plan national. A Wembley, le Bayern historique d’Heynckes fait le travail avec le sérieux qu’on lui connaît alors (2-1) et réalise la saison parfaite.

Bayern Munich (2013-2014) : humilié en C1

La saison suivante, le Bayern Munich semble encore plus impressionnant. Les Bavarois battent leur propre record de précocité, en s’adjugeant le titre lors de la 27e journée, avec un succès sur la pelouse du Hertha Berlin le 25 mars (3-1), alors qu’il reste sept matches à disputer. La presse allemande vante alors les mérites de Pep Guardiola, qui a réussi à faire mieux que Jupp Heynckes, alors que la barre était pourtant très haute.

Mais l’euphorie et la décompression ne vont pas profiter aux Bavarois sur le plan européen. Ils s’offrent tout de même le scalp de Manchester United en quart de finale, en obtenant le nul à Old Trafford à l’aller (1-1), le 1er avril, avant de croquer les Anglais dans leur Allianz Arena (3-1, le 9 avril) avec des buts de Mandzukic, Müller et Robben. En championnat, ils se permettent de lâcher les matches, avec des défaites face à Augsbourg (0-1, le 5 avril) et contre le Bourssia Dortmund (0-3, le 12 avril). La C1 devient l’ultime objectif, et le tirage offre le Real Madrid aux Munichois en demies. A l’aller à Madrid, les Bavarois poussent très fort, mais finissent par s’incliner (1-0 but de Benzema), le 23 avril. Pas d’affolement en Allemagne, la vengeance est déjà prévue au match retour, le 29 avril, et la décontraction est toujours de mise.

Trois jours avant, les Munichois balayent le Werder (5-2) en guise d’entraînement, et ont les crocs aiguisés. Karl-Heinze Rummenigge, le président du conseil d’administration, prévoit l’enfer aux Madrilènes. Mais le champion d’Europe en titre va vivre l’une des plus cruelles désillusions de son histoire. Malgré 70 % de possession en première mi-temps, les troupes de Guardiola rentrent aux vestiaires… menés 0-3 ! Le Real, habile en contre, inscrira un nouveau but par la suite pour l’humiliation (4-0). Le Bayern, sacré très (trop ?) tôt sur le plan national, ne pourra pas défendre son titre.

2015-2016 : les leçons à tirer pour le PSG

Les trois cas sont intéressants à analyser. Comme Manchester de 2001, le PSG survole sur le plan national, mais ne doit pas miser sur l’euphorie pour espérer aller loin. Il ne faut pas non plus relâcher trop la pression en championnat, comme le Bayern de 2014. Mieux vaut continuer à écraser la concurrence, avec sérieux et une certaine froideur, pour garder le rythme, comme le Bayern de 2013.

Nathan Gourdol