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De l’Euro à la Ligue des nations, comment les Bleus ont relevé la tête

En remportant la Ligue des nations, les Bleus ont regoûté à l'ivresse d'un titre que les plus grandes nations du continent européen lui disputaient. Une performance rendue possible par un état d'esprit retrouvé autour du sélectionneur Didier Deschamps, et à un schéma de jeu que ce dernier pourrait installer jusqu'à la Coupe du monde au Qatar.

Sur la route du Mondial au Qatar, les Bleus ont franchi une étape qui compte double dans leur processus de reconstruction entamé au sortir d’un Euro raté. Dimanche, l’équipe de France a raflé la Ligue des nations au nez et à la barbe de la Belgique, l’Espagne et de l'Italie, trois des équipes les plus enthousiasmantes et les plus performantes du moment, les plus dangereuses du continent européen aussi, c’est certain. Le tout en retrouvant des valeurs de combat et de solidarité qui avaient fait son succès lors du sacre en Russie, en 2018.

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Force de caractère

"L'équipe a prouvé sa force mentale, ça veut dire qu'au-delà des qualités il y a un état d'esprit qui est fort", se félicitait le sélectionneur Didier Deschamps avant la finale. Après la renversante victoire 3-2 jeudi contre les Belges de Romelu Lukaku, l’équipe de France a encore affiché une force de caractère à toute épreuve pour mettre à mal les certitudes des Espagnols, à défaut d’en afficher elle-même, dans un système de jeu à trois défenseurs qui reste à parfaire.

"Je pense qu'on a montré une très grosse force de caractère parce qu'on a beaucoup souffert mais on a réussi à faire les efforts ensemble, à défendre ensemble et au final à marquer ces deux buts. On a réussi contre la Belgique à remonter donc on sait que rien n'est jamais fini", s’est félicité Jules Koundé, l’un des symboles de cette force mentale qui a permis aux Bleus de renverser des montagnes.

Les jeunes poussent à la porte

Fautif après un dégagement raté contre la Belgique en début de match, le Sévillan s’est repris depuis avec une agressivité canalisée dont il a encore fait l’étalage hier, pour museler ses adversaires. Jules Koundé, à l’instar d’Aurélien Tchouaméni, propulsé titulaire pour la finale, a vite pris la mesure de son poste et de ses responsabilités, s’affirmant comme une alternative crédible aux côtés de Pogba en l’absence de Kanté.

Les perspectives sont d’autant plus enthousiasmantes que Didier Deschamps a su rajeunir son groupe après l’Euro en y incorporant des éléments d’avenir qui ont trouvé toute leur place dans un système de jeu en 3-4-1-2 correspondant à leur profil spécifique, à l’image de Théo Hernandez. Le Milanais, parfois fébrile défensivement, s’est mué en héros par deux fois avec une activité offensive impressionnante. Passeur décisif pour Mbappé, qui a délivré les Bleus dimanche soir, le frère cadet de Lucas Hernandez avait inscrit le but de la victoire contre la Belgique.

Benzema montre la voie

Tout cela n’aurait pas été envisageable sans l’intervention divine de San Karim Benzema, le phare dans la nuit. Le sauveur des Bleus encore une fois. La seconde période du Madrilène a été un modèle sur le plan technique et de l’intelligence de jeu. Contre l’Espagne, il a relancé les Bleus d’une frappe sublime. Face à la Belgique, son mouvement au cœur de la surface, pour une frappe en pivot, alors qu’il est entouré de toutes parts, est celui d’un attaquant de très haut niveau.

"Je suis revenu en équipe de France pour gagner des titres avec les Bleus", avait-il promis. Promesse tenue. "Revenir avec cette équipe et gagner me rend très heureux. C'est la récompense de beaucoup de travail et aujourd'hui, je peux savourer ce trophée avec mes coéquipiers en sélection. Cela me donne beaucoup d'ambition avec cette équipe", a-t-il réagi après son premier titre gagné avec les Bleus.

Rappelé à la surprise générale avant l’Euro, Karim Benzema a réalisé des prestations très inégales pendant la Ligue des nations, à l’image de l’équipe, mais il tire ses coéquipiers vers le haut, incontestablement, en donnant de la voix pour les encourager ou les replacer sur le terrain. Une attitude dont peut se prévaloir Paul Pogba, un leader technique qui ne s’est jamais caché sur le terrain, n’hésitant pas à houspiller Benjamin Pavard quand celui-ci est trop effacé à son goût, pas assez concerné par les tâches défensives.

Des mots qui fusent dans le vestiaire

Métamorphosés à la pause contre la Belgique, les Bleus ont une nouvelle fois changé d’attitude contre l’Espagne après un premier acte raté dans l’engagement et les intentions. Un changement de physionomie qui s’explique par la conversation qui s’est tenue dans le vestiaire à la pause, face aux Diables Rouges. Alors que le courant semblait ne plus passer avec ses joueurs lors du dernier Euro, Deschamps a su trouver les bons mots pour relancer son équipe à chaque fois qu’elle était en difficulté dans ce Final Four de la Ligue des nations.

"Dans le vestiaire, évidemment qu’ils sont abattus de rentrer à 2-0, expliquait le sélectionneur jeudi dernier. Mais il y a une question d’orgueil, de fierté. Quand on n’est pas au niveau auquel on doit être, cela peut arriver d’être mené. Là on était en-dessous de ce qu’on est capable de faire. Cela passe par des paroles. Je suis là pour ça. Quand ça va moins bien, je le dis aussi. Après, c’est leur mérite. Chacun individuellement. La réduction de l’écart vient récompenser une mainmise sur le jeu, avec plus d’agressivité. Peut-être que l’équipe de Belgique a baissé physiquement aussi."

Le 3-4-1-2, un schéma d’avenir ?

La victoire de Didier Deschamps est aussi celle de la constance, le sélectionneur n’ayant jamais renoncé à son schéma de jeu qu’il semble avoir adopté. Son schéma à trois défen

seurs centraux et deux latéraux en mode "pistons" lui permet certes de recentrer son trio offensif Griezmann-Benzema-Mbappé, mais sa défense a parfois trop reculé, s'exposant à la puissance de Romelu Lukaku jeudi ou à la vitesse de Mikel Oyarzabal dimanche.

Le système est encore perfectible, Deschamps et Pogba l’ont reconnu, notamment pour permettre au triangle d’or en attaque de donner la pleine mesure de son talent, et ne plus fonctionner seulement par intermittence. Les automatismes viendront sans doute avec le temps, les Français ont encore 13 mois d'ici la Coupe du monde au Qatar pour les parfaire. En attendant des améliorations, "la meilleure vitamine, c'est de gagner des titres", a souligné Deschamps.

QM