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Mauvaises fréquentations, quartier: pourquoi Benzema se complique la vie

Karim Benzema

Karim Benzema - AFP

Mis en examen et placé sous contrôle judiciaire dans l’affaire du chantage à la sextape, Karim Benzema subit le contrecoup de sa fidélité à un ami d’enfance avec qui il a grandi dans la cité de Bron. Une conséquence, aussi, de sa propension à cultiver les codes du quartier.

Doit-on s’étonner ? Si la présomption d’innocence offre à Karim Benzema un plus que logique droit à la protection (parce que le garçon n’est à cette heure encore jugé coupable de rien), la mise en examen de l’attaquant des Bleus dans « l’affaire du chantage à la sextape » (re)pose forcément la question de l’entourage des footballeurs.

Karim, comme beaucoup d’autres, vient d’un quartier réputé difficile. Une cité, comme on les appelle. Ceux qui connaissent la vie de « quartier » pourront vous le confirmer : elle obéit à des codes parfois irréels vus de l’extérieur, des lois du silence, des façons d’être et de faire uniques mais souvent géniales à vivre. Elle possède aussi ses expressions toutes faites.

Comme dans un clip de « west coast » des années 90

Parmi elles, il y en a une qu’on entend d’aussi loin que nos souvenirs remontent : les rappeurs rêvent d’être des footballeurs, les footballeurs rêvent d’être des rappeurs. Sans trop nous tromper, on peut affirmer que Benzema fait partie de cette seconde catégorie. Il suffit de regarder. L’attitude sur la plupart des clichés, la garde-robe, les photos de vacances en « crew », les relations avec Rohff ou Booba, la rumeur Rihanna, la relation supposée avec Analicia Chaves (Américaine aux formes généreuses apparue dans de nombreux clips de rap US).

A voir Karim raconter sa vie sur Instagram, on a parfois l’impression de retomber dans un clip de la « west coast » (côte ouest américaine) des années 90. Un esprit qu’on retrouve trop souvent dans le rap français, et notamment dans celui de ses potes-idoles Rohff ou Booba, et qui cultive le bling-bling, les belles voitures et les femmes-objets. Le cocktail préféré d’une génération biberonnée au mythe de Tony Montana et Scarface.

Le poisson idéal

Benzema aime les codes du rap et des quartiers. Et il y reste fidèle. Vient alors la question. Doit-on s’étonner de voir Karim servir d’intermédiaire (peu importe son rôle) dans cette affaire ? De sa part, quand on connait son statut, peut-être. Mais de celles des véritables suspects de l’affaire, non. Comme s’ils étaient conscients d’avoir ferré le poisson idéal.

Ces dernières heures, les médias ont tous évoqué le fait que Benzema soit intervenu à la demande d’un ami d’enfance qui servait d’intermédiaire à deux maîtres chanteurs originaires de Marseille. Selon les informations du Monde, il s’agirait de Karim Zenati, 32 ans, mis en examen pour « tentative de chantage et participation à une association de malfaiteurs » et placé en détention provisoire ce jeudi.

« On vient des quartiers. On n’a pas les mêmes repères »

Natif du quartier de Bron Terraillon, à l’est de Lyon, comme Benzema, et également lié au frère cadet de ce dernier (Gressy), Zenati n’est pas inconnu – c’est un euphémisme – de la police lyonnaise et possède « le profil de délinquant de cité » selon un enquêteur qui l’a arrêté par le passé cité par Le Monde. Braquages, « go-fast » (convoi remontant de la drogue d’Espagne à toute vitesse), ce trentenaire d’origine tunisienne surnommé « Karlouche » (un « black » dans les cités) arbore le CV de sa réputation.

Lors de son procès en mars 2006 pour des braquages commis en 2003, alors qu’il était tout juste majeur, Zenati avait lâché une phrase lourde de sens devant le président de la cour d’assises de Lyon : « On vient des quartiers. On n’a pas les mêmes repères. La violence, on est né dedans, dans les cités, à l’école. On n’a pas pris conscience qu’en faisant des braquages, c’était quelque chose de grave. »

La vie à risques comme fantasme du riche footballeur ?

On n’est pas dans la tête de Benzema. Mais vu la proximité des deux garçons – ils ont encore été aperçus ensemble dans les tribunes de Gerland à l’occasion du dernier OL-OM, Zenati avait accompagné Benzema lors d’une visite du footballeur dans une école primaire de son quartier d’enfance en avril dernier et Benzema avait rendu visite à son ami en prison il y a quelques années avant de lui trouver un travail pour une marque de vêtements de sport –, quelque chose nous dit que la star du Real Madrid partage certainement la plupart de ces « valeurs ».

La vie à risques comme fantasme du riche footballeur ? Peut-être bien. D’où le choix logique de Zenati de se tourner vers l’international tricolore pour jouer l’intermédiaire auprès de Valbuena, conscient que Benzema pourrait difficilement l’envoyer paître au nom de ce « respect » élevé au rang d’art. Les témoignages d’agents de joueurs publiés dans Le Monde vont dans le même sens. « Il peut y avoir des pressions du type : ‘‘tu te rappelles quand on était petit, tu ne vas pas changer’’. Benzema s’est fait avoir par des parasites. On défend tous nos origines mais on ne peut pas être lié à la vie, à la mort avec les amis du quartier », lance l’un d’eux. « Dans leur très grande majorité, les Bleus font confiance à leurs potes d’enfance. Ils se disent qu’ils ne peuvent pas se faire baiser par leurs potes. C’est un réflexe pseudo-sécurisant. »

« Une forme de fidélité qui correspond à l’état d’esprit du quartier »

Reste à la justice à déterminer ce que Benzema aura fait de ce rôle d’intermédiaire. Pour son avocat, il aurait conseillé à son coéquipier chez les Bleus de « ne pas se laisser faire et de ne pas payer ». Mais les enquêteurs évoquent des écoutes téléphoniques qui « montrent que Zenati sollicite Benzema pour faire pression sur Valbuena dans des termes assez orduriers ».

L’autre preuve de la fidélité de Benzema à ses amis se nomme Karim Djaziri, son agent depuis ses 17 ans. Un proche qu’il n’a jamais quitté malgré les clins d’œil appuyés de certains des plus grands agents du milieu et qui protège son client jusqu’à agresser des journalistes de L’Equipe au Brésil lors du Mondial 2014 pour un article consacré à son joueur qui lui avait déplu. Ce jour-là, Djaziri avait fait le coup de poing accompagné d’un ami correspondant au profil de Karim Zenati. « Karim n’a jamais voulu changer d’agent, explique un proche de Benzema dans Le Monde. C’est une forme de fidélité qui correspond à l’état d’esprit du quartier. »

Alexandre Herbinet