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Platini à la Fifa : un profil qui n’emballe pas la planète entière

Michel Platini

Michel Platini - AFP

Adoubé par les dirigeants du football européen pour prendre la succession de Sepp Blatter à la tête de la Fifa, Michel Platini ne jouit pas de la même cote dans le reste du globe. S’il se présente, le président de l’UEFA devra se livrer à une longue campagne de séduction. Et ce n’est pas gagné.

Un front commun s’est dessiné derrière Michel Platini depuis mardi et l’annonce de la démission de Sepp Blatter de la présidence de la Fifa. Pour l’Europe et particulièrement la France, le président de l’UEFA est l’homme de la situation pour redresser l’institution mondiale et la laver de ce scandale de corruption. A l’international pourtant, l’ancien meneur de la Juventus Turin et de l’équipe de France ne jouit pas du même crédit. Sa prise de pouvoir ne coule pas de source pour les autres continents habitués à l’ère Blatter depuis 17 ans. Sur les 209 présidents de Fédérations qui votent pour le président de la Fifa, Platini peut compter sur le soutien de 53 d’entre eux. Ceux de l’Europe.

Le chemin est donc encore long. Et le travail ne fait que commencer pour le triple Ballon d’Or (1983, 1984, 1985) qui devra, s’il se présente, entreprendre un long travail de séduction auprès des Fédérations qui lui sont loin d’être acquises. Notamment en Afrique où Sepp Blatter dispose d’une aura énorme après avoir notamment offert la première Coupe du monde au continent en 2010 en Afrique du Sud. Et où le franc-parler de Platini a parfois dérangé. « Si Michel Platini décide de viser la présidence, il aura le soutien total de l’UEFA, explique Noël Le Graët, président de la FFF et l’un de ses fervents partisans. Mais il aura aussi besoin d’avoir le soutien de l’Afrique, il y a beaucoup de pays à travailler, à visiter, à rencontrer. »

Une étiquette de « riche » à décoller

C’est surtout de réseaux qu’aura besoin Platini dont l’étiquette de président d’un football riche, celui des puissants clubs et Fédérations européens, ne joue pas en sa faveur. L’Afrique et ses 54 voix, derrière Issa Hayatou (président de la CAF), ne sont donc pas pro-Platini, les Asiatiques non plus. Et sa cote est encore moins élevée en Amérique du Sud et du Nord. Car Blatter s’est attaché au développement du football durable dans certains « petits » pays par des pratiques proches du clientélisme (de gros investissements récompensés par une voix) qui lui ont apporté une belle cote d’amour et de beaux succès électoraux. L’avènement de Platini, dirigeant de la fédération la plus riche du football mondial, inspire donc de la crainte à ces votants, moins sûrs de bénéficier d’aides importantes. Les quatre mois de campagne entre décembre 2015 et mars 2016 laissent peu de temps à Platini pour convaincre tout ce monde.

« Platoche » devra aussi lutter avec une concurrence aiguisée. Avec un cas délicat à gérer : celui du Prince Ali. Après l’avoir soutenu lors du dernier congrès de la Fifa avec l’arrière-pensée de lui succéder après un éventuel premier mandat de ce dernier, il devra le convaincre de ne pas repartir en campagne. Il devra vraisemblablement aussi faire face à l’influent Koweïtien, le Cheick Ahmad Al-Fahad Al-Sabah, qui pourrait rallier de nombreux suffrages en Asie. Il l’avait déjà prouvé en participant à l’élection de Thomas Bach à la tête du CIO en 2013. Le chemin vers le sommet s’annonce plus périlleux qu’il en a l’air.

NC avec JS et AA à Zurich