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Comment Bielsa fait revivre Leeds

Arrivé à Leeds en début de saison, Marcelo Bielsa a guidé son équipe en tête du championnat et enthousiasme les supporters et suiveurs par la philosophie qu'il prône. Voici comment l'Argentin a réussi à faire revivre un club légendaire tombé dans l'oubli.

Des résultats probants

Un coup d'œil au classement suffit pour voir que la patte Bielsa a pris à Leeds. Après 24 journées, soit à deux de la mi-championnat (le Championship compte 24 équipes), son équipe trône en tête du classement, avec 51 points (15 victoires, 6 nuls et 3 défaites), soit trois de plus que Norwich, et six de plus que West Bromwich Albion, premier barragiste. Une place inespérée il y a quelques mois, puisque le club du Yorkshire était plutôt habitué à jouer le maintien depuis sa remontée dans la division en 2009-2010 et n'avait terminé que 13e la saison dernière.

Une philosophie de jeu inchangée

Si deux de ses plus grands disciples (Guardiola et Pochettino) réussissent en Angleterre, l'adaptation du style Bielsa au physique et vertical Championship n'avait rien d'évidente. Au contraire. Mais les principes de jeu de l'Argentin, qui ne les a pas variés, collent parfaitement avec son effectif jeune et discipliné. Certaines phases collectives de son équipe, disposée en 4-4-1-1 ou en 3-3-1-3, ont enthousiasmé les habitués d'Elland Road et les suiveurs britanniques, faisant le tour des réseaux sociaux. Son jeu offensif, basé sur la possession et un pressing intense et haut dès la perte du ballon, se traduit en chiffres, puisque Leeds possède la deuxième meilleure attaque, avec 42 buts en 24 matchs.

Un effectif jeune et peu coté

Pour appliquer ses préceptes, le "gourou" Bielsa a besoin de joueurs au top physiquement et "malléables" tactiquement et techniquement. Bref, de jeunes joueurs. C'est exactement ce qu'il a sous la main à Leeds, puisque son effectif ne compte que deux trentenaires: le Suisse Gaetano Berardi (30 ans) et l'Espagnol Pablo Hernandez (33). Avec un "squad" assez peu remanié à l'échelle du Championship, renforcé par quelques prêts de Chelsea et Manchester City (Baker, Blackman, Harrison et Brown), l'ancien coach de l'OM et Lille a misé sur la continuité.

Ses "stars" s'appellent Kemar Roofe et Pablo Hernandez. Le premier, un attaquant de 25 ans qui a trimballé ses valises dans les divisions inférieures anglaises, explose cette saison avec 13 buts. Soit de deux moins que le meilleur buteur du championnat, un certain Neal Maupay, formé à Nice puis passé par Saint-Etienne et Brest. L'autre pièce-maîtresse de l'équipe est Pablo Hernandez (7 buts et 10 passes décisives). Ancien grand espoir de Valence, international espagnol à quatre reprises entre 2009 et 2010, le milieu offensif régale par sa qualité technique et colle parfaitement aux exigences "bielsesques".

La "Bielsamania" a déjà frappé

Au purgatoire du Championship voire de la League One depuis 2004, les supporters de Leeds comptaient sur les doigts d'une main les moments où ils ont pu vibrer. Mais ça, c'était avant l'arrivée de Marcelo Bielsa sur le banc. Depuis sa prise de fonctions, l'Argentin a ramené un peu de sa folie dans le jeu de son équipe et donc dans les travées d'Elland Road. Les deux derniers matchs en sont le symbole ultime, avec deux victoires 3-2 décrochées dans les arrêts de jeu après avoir été mené. Une capacité à arracher des victoires impressionnantes, puisqu'en ne comptant que les secondes périodes, Leeds aurait 15 points d'avance sur le troisième.

Si les glacières à l'effigie de Bielsa n'ont pas encore été mises en vente, les fans anglais, à la culture foot très développée, raffolent aussi de ses conférences de presse aux allures de cours de philosophie et de son flegme qu'on pourrait croire issu tout droit du Yorkshire. Signe qu'il a déjà été adopté, "El Loco" a eu droit à son chant: la Bielsa Rhapsody, sur l'air du tube "Bohemian Rhapsody" de Queen. Une ode à l'Argentin, avec un refrain qui va vous rester dans la tête: "Marcelooooo, hou hou hou".

Un projet qui peut durer?

C'est toujours la grande question avec Bielsa: combien de temps arrivera-t-il à faire durer cet état de grâce? Depuis ses débuts d'entraîneurs, jamais il n'est resté plus de deux saisons dans le même club. La faute à ses principes et convictions si rigides qu'il n'accepte pas qu'ils soient remis en cause, ou à ses méthodes trop exigeantes pour ses joueurs sur la durée.

Déjà vérifiables à l'Athletic Bilbao ou à l'OM, où ses entraînements intenses et sa tactique très énergivore avaient fini par faire craquer ses joueurs, les limites du système Bielsa pourraient être encore plus visibles en Championship. Véritable marathon sans trêve, ce championnat très physique se dispute sur 46 journées, plus d'éventuels play-offs pour les équipes classées entre la 3e et la 6e place. Bielsa s'adaptera-t-il à ces spécificités? A 63 ans, difficile de l'assurer.

Alexandre Alain Rédacteur