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Le fair-play financier est-il mort après la décision sur Manchester City?

La décision du Tribunal arbitral du sport autorisant finalement Manchester City à disputer la Ligue des champions a produit un petit tremblement de terre dans le monde vertueux du fair-play financier.

Parlera-t-on encore du fair-play financier dans quelques mois, quelques années? La décision du Tribunal arbitral du sport (TAS) ce lundi, qui a levé l’exclusion des Anglais de Manchester de City des coupes d’Europe pour les deux prochaines saisons, préfigure-t-elle du monde d’après? Comment ne pas déduire que cette décision, attendue depuis de longs mois, pourrait faire jurisprudence, ou au moins boule de neige, pour des clubs également emberlificotés dans le fair-play financier comme le PSG ou l’OM ?

Dans les faits, les contours sont beaucoup moins simples qu’il n’y paraît. Au-delà de l'autorisation pour City d'évoluer sur la scène européenne la saison prochaine, il existe des points sur lesquels le club anglais a été sanctionné et pour lesquels n'importe quel autre club pourrait l'être. RMC Sport a interrogé trois personnes impliquées dans le monde sportif, à des strates différentes, pour connaître leur sentiment sur l’avenir du fair-play financier et ses conséquences immédiates.

Jean-Christophe Breillat (avocat spécialiste en droit du sport): "Cela mettra en revanche une pression supplémentaire sur l’UEFA"

"Cela arrive tous les jours que le TAS rende des sentences arbitrales qui contredisent une première décision prise par une Fédération internationale, modeste ou non. C’est plus un séisme médiatique, en raison de la personnalité du club poursuivi, qu’un séisme juridique, qui remettrait en cause le système du fair-play financier. Mais à l’avenir, cela mettra en revanche une pression supplémentaire sur l’UEFA dans la façon dont elle apporte des preuves d’éventuelles de tricherie ou des manquements. L’UEFA n’a pas apporté suffisamment de preuves pour dire que Manchester City avait triché."

"Il y a la perception que peut avoir le grand public ou la sphère médiatique de cette décision et celle qu’aura un avocat ou un juriste. Il est difficile de l’apprécier car pour l’instant, nous n’avons que le communiqué de presse du TAS à se mettre sous la dent. Nous n’avons pas le raisonnement complet. En fait, City se fait un peu taper sur les doigts pour obstruction. C’est-à-dire pour ne pas avoir coopéré pleinement avec l’instance chargée du fair-play financier à l’UEFA. Est-ce que cela peut faire jurisprudence ? Oui et non. Dès lors que vous êtes dans l’œil du cyclone du fair-play financier, vous pouvez toujours vous dire que vous pourrez vous en sortir avec le TAS. Mais tout dépend des éléments probants que chacun apporte. Tous les dossiers seront traités au cas par cas."

Christophe Lepetit (responsable des études économiques du Centre de droit et d'économie du sport): "Je ne l’analyse pas du tout comme la mort du fair-play financier"

"Ce n’est pas une infirmation de la décision de la l’UEFA dans le sens où il y a quand même une sanction confirmée, même si elle est nettement allégée. Il faut tout de même attendre la décision complète et motivée du TAS pour en comprendre tous les fondements. Si c’est seulement un problème de preuves, l’UEFA peut elle aussi considérer qu’elle ne sort globalement pas affaiblie de ce processus. Cela peut la conduire, dans d’autres cas futurs, à veiller à apporter plus de preuves pour coller aux exigences du TAS. Je ne l’analyse pas du tout comme la mort du fair-play financier, même si beaucoup de gens risquent de le faire ainsi. On est passés d’une sanction extrêmement spectaculaire, l’exclusion de City, à une sanction qui ressemble à un blanchiment total. Mais ce n’est pas du tout le cas. Côté TAS, on a aussi considéré que City avait enfreint une partie des règles du fair-play financier. Selon moi, on n’est pas du tout dans une décision qui fait voler en éclat le fair-play financier."

"On peut quand même penser que des clubs qui avaient accepté des sanctions vont être renforcés dans l’idée d’aller contester leur sanction. Chaque dossier a sa propre réalité. Les éléments qui ont été retenus et qui sont à mettre au crédit de City ne seront pas appliqués à d’autres clubs, y compris par exemple le Paris Saint-Germain ou l’Olympique de Marseille, par pur parallélisme. Chaque club doit prendre en compte sa propre situation. Demain, il pourrait y avoir le même genre de sanction spectaculaire."

Badou Sambagué (avocat et mandataire sportif): "L’UEFA ne va pas être plus laxiste"

"Sur l’aspect sportif, cette décision change quelque chose dans le sens où certains joueurs, comme Kevin De Bruyne, avaient clairement dit qu’ils pourraient partir si jamais City ne disputait pas la Ligue des champions la saison prochaine. Manchester City est un club attrayant, de par la qualité de jeu qu’il produit, l’entraîneur qui est actuellement en poste ou la politique mise en place depuis un certain temps mais aussi grâce à sa visibilité sur la scène européenne. La participation à la Ligue des champions permet aussi à City d'envisager le recrutement de joueurs qui peuvent briller sur la scène européenne. Ou d'avoir un effectif beaucoup plus important, car il y a davantage de matchs à jouer entre le championnat et la Ligue des champions."

"Mais ce n'est pas pour autant que les clubs vont s’aventurer à l’aveuglette, c’est une certitude. L’UEFA ne va pas être plus laxiste, même si on est dans une période assez compliquée avec le Covid-19. Elle va continuer à appliquer sa règle. Elle a dit être en phase totale avec la réglementation en vigueur. Elle veut faire respecter le fair-play financier. D'ailleurs, on voit bien que les clubs parlent de transférer des joueurs avant d'investir sur d'autres..."

ThP avec LT