RMC Sport

Manchester United: pourquoi le transfert de Maguire a pris autant de temps

Après des semaines de tractations, Leicester United a officialisé ce lundi le départ de Harry Maguire pour Manchester United. L'international anglais devient le défenseur  le plus cher de l'histoire, au terme d'un feuilleton qui semblait sans fin.

On a bien cru que ce moment n'arriverait jamais, à force de rebondissements ou de statu quo. Cette fois, c'est fait: Harry Maguire a signé son contrat à Manchester United, ce document qui fait de lui le défenseur le plus cher de l'histoire (environ 93 millions d'euros, contrat de cinq ans). Un sacré chèque pour l'international anglais. Le prix de la concurrence et des mauvais choix accumulé côté secteur défensif pour le club mancunien. 

"C'est une vente incroyable, avouait Brendan Rodgers lui-même samedi. Les deux clubs ont trouvé un accord. Il y a encore des discussions personnelles et Harry doit passer sa visite médicale. C'est un joueur spécial, ce n'est pas quelqu'un que vous avez envie de perdre." Un joueur si spécial qu'il y avait des amateurs pour tenter de le convaincre.

La concurrence de City

A commencer par le voisin Manchester City, déjà très intéressé l'hiver dernier. "C'est un excellent joueur, top-classe. On était intéressés mais on ne pouvait pas se le permettre, a d'ailleurs admis Pep Guardiola en conférence de presse dimanche. United a pu le faire. C'est un très bon joueur, il a fait une très bonne Coupe du monde avec sa sélection. Il est fort, bon balle au pied, il est très rapide. Il est jeune. Il a toutes les qualités donc félicitations à United."

Car le feuilleton autour du départ du défenseur central ne date pas d'hier à Leicester. Cela fait même un an que l'affaire est incertaine. En août 2018, après une Coupe du monde très réussie avec l'Angleterre (demi-finaliste), le natif de Sheffield faisait déjà l'objet d'une cour assidue de la part des Red Devils. A tel point que Claude Puel, alors manager des Foxes, avait dû rassurer les supporters. 

Les rumeurs de départ revenaient à chaque mercato

"Je peux confirmer qu'il va à Manchester. Mais seulement quelques heures quand on joue là-bas", avait plaisanté le technicien français, avant le match entre les deux équipes en ouverture de la saison. Circulez, il n'y a rien à voir. D'autant que le champion d'Angleterre 2016 n'avait guère besoin de liquidités, après la vente de Riyad Mahrez à Manchester City et sans énorme achat au programme. 

En décembre dernier, rebelote, avec la résurgence des rumeurs de départ. "On ne peut jamais totalement le garantir. Mais il a décidé de rester avec nous l'été dernier, pour disputer l'ensemble de la saison, rappelait Claude Puel en décembre dernier, avant le mercato hivernal. Il est heureux avec nous, il a constaté la qualité de l'équipe, ses ambitions. Et pour Harry comme pour tous les joueurs-cadres, c'est important que le club conserve ses meilleurs joueurs jusqu'à la fin de la saison." Un voeu exaucé mais qui ne portera pas chance à l'entraîneur, licencié en février. 

Des besoins défensifs énormes à United

La saison terminée, la porte semblait cette fois ouverte. Une sorte d'accord conclu entre Leicester et son joueur, après une saison pleine. Sauf qu'il aura fallu attendre les derniers jours du mercato anglais - qui s'achève le 8 août, à la veille du début de la saison - pour voir le dossier se décanter.

Ce n'était pas faute de besoins du côté de Manchester United, dont les failles défensives étaient évidentes depuis des mois (certains diront des années, ils n'auront pas tort). Encore plus évidentes avec la nouvelle blessure d'Eric Bailly, opéré du genou fin juillet et qui sera absent cinq mois. Chris Smalling et Phil Jones font depuis trop longtemps les choux gras de la rubrique humoristique des réseaux sociaux.

L'hypothèse Toby Alderweireld vite oubliée compte tenu des réticences de Tottenham, le club mancunien a vite basculé toute son énergie dans la bataille Maguire. En tentant a priori de faire baisser le prix demandé par les Foxes (87 millions d'euros). Sauf qu'en Angleterre, avec la puissance financière de la Premier League - entre manne des droits TV et marketing ultra rentable - difficile de faire baisser les prix. Surtout avec un rival comme City tout de même à l'affût.

Et en prime dans un club... sans directeur sportif, avec le vice-président exécutif Ed Woodward à la manoeuvre, sans grande expérience, dont l'énergie s'est dispersée sur plusieurs gros dossiers mercato gérés de front. Pour l'efficacité, on repassera: Bruno Fernandes n'a toujours pas signé, la piste Paulo Dybala s'est largement refroidie et l'arrivée de Mario Mandzukic n'est pas bouclée.

Des négociations mal menées... jusqu'à l'urgence

"Il était à 87 millions il y a cinq semaines. Manchester United a laissé la situation maturer cinq semaines et ils vont payer le même prix, se moquait ce dimanche l'ancien défenseur de Leeds et des Cityzens Danny Mills dans TalkSport's. Ils auraient pu l'avoir pour construire pendant quatre ou cinq semaines, le faire s'entraîner avec l'équipe et acquérir des habitudes. Et maintenant, c'est du genre 'tu arrives cette semaine et tu joues la suivante'. Je ne comprends pas."

C'est sûr que côté négociation... le résultat est assez étonnant. Car United aura même allongé un peu l'addition pour se rapprocher des trois chiffres. Urgence oblige. Il y aura presque du Tottenham version Daniel Levy dans ce club de Leicester, capable de ne pas lâcher. C'est cher oui. Mais avec du caractère et de vraies qualités de central, il est sans doute le joueur idéal pour cette équipe en éternelle reconstruction. Il faut parfois savoir ne pas miser sur la plus-value, mais davantage sur la valeur sportive.

A.Bo