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Flo Manaudou, itinéraire d’un enfant doué

Florent Manaudou

Florent Manaudou - -

Si ce sont bien ses frère et sœur qui lui ont transmis le virus de la natation et du haut niveau, Florent Manaudou ne doit son titre olympique surprise du 50 m qu’à lui seul. Retour sur une trajectoire aussi discrète que flamboyante.

L’histoire ne dit pas si l’office de tourisme d’Ambérieu-en-Bugey dispose d’un circuit touristique. Si tel n’est pas encore le cas, nul doute que les piscines Tournesol et le centre nautique de cette petite commune de 13 000 âmes, située dans la région lyonnaise, baliseront le tracé de cette virée peu ordinaire. Car c’est ici que Nicolas, puis Laure et Florent Manaudou ont découvert les joies de l’élément liquide. Cadet de la fratrie, « Flo » se jette donc lui aussi à l’eau. Pour le plaisir, d’abord. Pendant que la grande sœur flambe, lui trime. En bave, aussi, avec ce corps d’ado mal dégrossi et cette timidité presque maladive.

A 14 ans, les exploits répétés de sa soeur lui stimulent le mental et aiguisent l’ambition. Sous la férule de son frère aîné, Nicolas, il se forge une « caisse » et se sculpte un corps. Polyvalent, il devient pour la première fois champion de France cadets du 50 m nage libre en 2007. Mais c’est sur dos et papillon qu’il semble vouloir tracer sa voie. A 18 ans, première mini-consécration. Il participe à ses premiers Championnats de France à Dunkerque, qualificatifs pour les JO de Pékin. Laure capte encore la lumière, lui n’a droit qu’à des miettes. Un statut qui n’est pas pour lui déplaire.

Un joli bébé d’1,99m pour 99kg

Dans un relatif anonymat, Florent poursuit son apprentissage du haut niveau. Le natif de Villeurbanne s’abonne même aux « France » où sa participation annuelle à la grand-messe nationale valide année après année ses progrès. 50 et 100m dos, 50 et 100m papillon sont ses terrains d’expression. Le grand public commence à se familiariser avec la bouille de ce joli bébé qui culmine aujourd’hui à 1,99m pour 99 kg. Rattrapé par une ambition visiblement congénitale, ce fan de sports collectifs (hand, foot) et de F1 décide de lâcher les études pour mieux se concentrer sur la natation. Il intègre le 68e régiment d’artillerie d’Afrique de La Valbonne, bénéficie d’un emploi du temps aménagé, plaque son entraîneur de frère et met le cap sur Marseille et le club du Cercle des nageurs.

Dans l’intervalle, il décroche en mars 2011 aux Championnats de France de Strasbourg (2e sur 50m papillon) sa première sélection en équipe de France pour les Mondiaux de Shanghai. Le « frère de » se fait alors définitivement un prénom. Il décroche ses galons de titulaire, atteint même la finale sur l’aller simple du 50m papillon (5e en 23’’49). Mais le papillonneur n’a plus les ailes qui le démangent. C’est décidé, c’est sur 50m nage libre qu’il compte faire un truc. En l’espace d’une seule année, la mue opère. Florent devient un crawleur à part entière, se forge un style tout en puissance et décroche son billet pour les JO de Londres. « Il a su développer seul et mettre en place cette mécanique de départ qui lui est propre », analyse Romain Barnier. Avec le succès qu’on lui connaît désormais, à seulement 21 ans.

« C'est énorme, je ne réalise pas encore, confiait Florent à l’issue de cette finale olympique du 50m qui résonnera pour longtemps comme un coup de tonnerre. Je ne suis même pas champion de France et je deviens champion olympique. Il fallait y croire jusqu'au bout. » Les bookmakers british, eux, n’en sont toujours pas revenus.

GM