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EXCLU RMC SPORT

Champions Cup: "Cette finale, il faut bondir dessus!", lâche Jérémy Sinzelle

De nouveau à 80 minutes de son premier titre majeur, le Stade Rochelais a rendez-vous avec l’histoire samedi (17h45), face au Leinster, en finale de la Champions Cup. Un trophée que Jérémy Sinzelle veut à tout prix accrocher à son palmarès, avant de rejoindre Toulon, où il s’est récemment engagé jusqu’en 2025. Le centre maritime se confie à RMC Sport.

RMC Sport: Jérémy, le fait que le Leinster soit propulsé favori, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Jérémy Sinzelle: C’est une finale classique. Il faut un favori et un outsider. Mais la finale, il faut la jouer pour savoir qui sera champion. On va jouer une belle équipe du Leinster. Le plus important sera de rivaliser, surtout de [Il marque une pause], de gagner quelque chose à La Rochelle…

On sent que ce paramètre peut aider ce groupe mort de faim à se surpasser…

Je l’espère. Des finales, on n’en joue pas chaque année, même si, là, ça fait deux ans qu’on enchaine. Il faut se dire qu’on va jouer une finale de coupe d’Europe, en France, au Vélodrome. J’espère qu’on sera à la hauteur de l’évènement.

Ce Leinster fait-il peur ?

Clairement. C’est une équipe super bien organisée, qui tient bien le ballon. Ça peut durer 20-25 phases de jeu.

La Rochelle dégage beaucoup de sérénité, surtout depuis la double confrontation remportée face à l’UBB en 8es de finale…

Je pense qu’il faut montrer de la sérénité mais craindre son adversaire, c’est tout aussi bien. Au moins, tu sais à quoi t’attendre sur le match. Tu sais qu’il y aura des séquences très dures, qu’il faudra faire le dos rond sur leurs temps forts. On espère, nous aussi, avoir nos temps forts. Ce sera l’équipe la plus disciplinée, celle qui tiendra le mieux le ballon qui mettra l’équipe adverse en difficulté.

Existe-t-il un plan anti-Leinster ?

Le plus important est de bien défendre. De ne surtout pas faire de fautes stupides. C’est là où Sexton met 3 points. Ou alors ils vont en touche et une fois qu’ils sont dans ton camp, ils y restent 10-15 min s’il faut. Par contre, le ballon, eux, ils ne vont pas le perdre, hein. Ces moments-là sont compliqués à gérer.

"Le Leinster ? Si tu ne fais pas les petits efforts quand il faut, automatiquement, ils te massacrent ! C’est le mot."

Vous parlez de Jonathan Sexton, l’ouvreur du Leinster et du XV du Trèfle. Il se trouve que vous avez déjà disputé une finale face à lui, avec le Stade Français. La finale de la Challenge Cup 2013 remportée 34-13 par… Le Leinster ! Vous aviez marqué un essai, d’ailleurs…

[Il sourit] C’est le petit clin d’œil. Je m’en souviens très bien. A la 20e minute, on en avait déjà pris 40 (21, en réalité, dans la première demi-heure, NDLR). C’est le problème avec ce genre d’équipe. Si tu ne fais pas les petits efforts quand il faut, automatiquement, ils te massacrent ! C’est le mot. Ça n’avait pas duré longtemps. En 20 minutes, le match était plié. Tu ne reviens plus. Ce genre d’équipe, en finale, te tient jusqu’au bout. La clé sera de les faire douter, de tenir le score, d’être proche jusqu’à l’heure de jeu voire plus si besoin. C’est là, peut-être, qu’ils craqueront. Si tu commences à lâcher, le match devient très long.

Sexton/West sera l’un des duels à suivre. Avec une certaine pression pour West, de nouveau décrié en demi-finale pour son déchet face aux perches (25% de réussite)…

On le sait. Ihaia a d’autres qualités. Je repense à cette demie où il a été très bien dans la gestion. Le but, ça reste toujours assez aléatoire. Effectivement, il y a des moments importants dans le match où il fallait les points. C’est sûr que dans les finales, l’échec du buteur est conséquent mais on va lui souhaiter le meilleur pour cette finale.

Votre ouvreur avait été l’un des grands bonhommes de l’exploit réalisé face à ce même Leinster, l’an dernier, en demi-finale (32-23), inscrivant 22 points avec un 8/9 face aux perches. D’ailleurs, ce match historique constitue-t-il un socle de travail ?

Les Irlandais ont à peu près le même groupe donc oui, je pense qu’on peut s’appuyer sur ce genre de match. On avait été plutôt constants pendant 80 minutes et très denses. C’est le genre de performance à rééditer. On a déjà fait un petit focus sur cette demie - même si c’était l’année dernière - pour voir de quoi on est capable pour battre ce genre d’équipe.

Ce match a fait basculer le Stade Rochelais dans une autre dimension, sur le Vieux Continent…

Vous avez raison, ça a été le match référence. A ce moment-là, on s’est dit : "Put***, on a quand même battu le quadruple champion d’Europe". C’était impressionnant.

La Rochelle va disputer sa quatrième finale depuis le printemps 2019…

[Il sourit] Jamais deux sans trois, dit-on. On a perdu les trois. J’espère que la quatrième est la bonne. C’est tout ce qu’on peut nous souhaiter. On a encore l’opportunité d’en jouer une, il faut bondir dessus !

Avez-vous réellement évacué, comme le groupe aime à le répéter, les deux défaites en finale (Champions Cup, Top 14) de la saison passée ?

Il y a une rage. Par contre, il va falloir la confirmer en en gagnant une. Là, je dirai oui. Si ce n’est pas le cas, ça voudra dire qu’on n’aura pas digéré. Ces trois finales perdues, j’espère vraiment qu’on va s’en servir comme moteur pour avancer, nous amener vers le haut, pour pouvoir gagner celle-là.

Il s’agit de la première finale disputée par La Rochelle face à un club étranger. Le rugby français sera derrière vous. Ça peut peser, mine de rien ?

J’espère que tout le monde nous enverra de bonnes ondes pour pouvoir les battre ! On va tout prendre. Une finale en France, au Vélodrome, c’est l’opportunité rêvée pour pouvoir lever ce trophée. J’espère que tout le stade sera derrière nous.

"Les joueurs, on les grave dans un club quand ils ont gagné quelque chose […] J’espère qu’un jour on pourra dire : 'En 2022, Jérémy Sinzelle a joué la finale et a gagné le titre au Vélodrome, en coupe d’Europe'. "

Cela pourrait être votre dernier match – ou l’un des derniers en fonction du parcours en Top 14 – sous le maillot rochelais. Une motivation supplémentaire ?

Clairement ! Pour pouvoir graver son empreinte au Stade Rochelais, il faut gagner quelque chose. Si on gagne quelque chose, il y aura mon nom gravé dessus. Tu ne te souviens que de ça, pas des finalistes. Le club et ce groupe méritent de gagner quelque chose.

Le vivriez-vous comme un échec personnel, le fait de rallier Toulon sans titre avec La Rochelle ?

Clairement. Ça resterait quand même de belles saisons mais avec un goût d’inachevé. Il n’y a qu’en gagnant que tu valides tout le travail d’une saison.

Vous allez rejoindre la Rade, où vous aviez commencé votre carrière professionnelle (2008-2021), un an avant la fin de votre contrat rochelais…

Je n’ai pas spécialement envie de rentrer dans le détail. Après, c’est une opportunité. Pierre Mignoni (le manager du LOU formera un tandem avec Azéma au RCT la saison prochaine, NDLR) m’a contacté pour pouvoir me faire rentrer à la maison. Une opportunité de trois ans. J’ai 32 ans donc, automatiquement, ça me fait finir à Toulon. La boucle est bouclée comme on dit.

Vous êtes-vous toujours dit que vous finiriez votre carrière là-bas ?

Du tout ! L’opportunité s’est présentée. Il ne faut pas être bête non plus, il faut la saisir quand ça tombe à un moment voulu.

Sans rancœur, à l’égard du Stade Rochelais ?

Je ne vois que le bon côté des choses. Mais une fois de plus, j’espère vraiment finir fort à La Rochelle en gagnant quelque chose. Ça me tient vraiment à cœur. Avant de partir - je n’ai pas la tête encore à Toulon - j’espère vraiment finir ce cycle de cinq ans avec quelque chose.

Votre grave blessure au genou, qui vous a privé des deux finales de l’an passé, a-t-elle pesé dans cette situation ? Dans le sens où – et c’est logique après une rupture des ligaments croisés – vous avez mis du temps à retrouver votre niveau, ce qui n’a pas échappé à Ronan O’Gara…

Forcément, quand tu reviens, tu te poses des questions. Il me restait un an de contrat, il faut vite rejouer pour montrer que t’es toujours là. J’ai mis un peu de temps à revenir. J’ai pris sur moi, travaillé plus fort physiquement pour rattraper le retard que j’avais et retrouver une place dans ce groupe. Aujourd’hui, voilà, j’ai eu l’opportunité de bien revenir et malheureusement, ou heureusement pour moi, de resigner dans un club. Après, j’ai voulu montrer au staff que j’étais là, qu’il pouvait aussi compter sur moi. J’ai la gnaque.

Votre polyvalence, votre fiabilité, votre investissement sont régulièrement loués. Considérez-vous avoir marqué de votre empreinte votre passage ici ?

Les joueurs, on les grave dans un club quand ils ont gagné quelque chose. A Paris, j’ai eu la chance de gagner deux titres (Top 14, Challenge Cup), c’est un truc gravé à vie. J’espère qu’un jour on pourra dire : "En 2022, Jérémy Sinzelle a joué la finale et a gagné le titre au Vélodrome, en coupe d’Europe". C’est ça le plus important.

Vous donnez l’impression d’en faire… une obsession, disons ?

Sincèrement oui. Mais ça doit l’être pour tout sportif de haut niveau. T’as beau avoir fait 15 ans de carrière, si t’as rien gagné, ça reste triste. Le seul truc qui doit te hanter quand tu es sportif de haut-niveau, c’est de gagner quelque chose. Sinon, tu n’es pas un compétiteur.

Propos recueillis par Romain Asselin