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Coupe du monde: "On sait qu'on est sous pression", reconnaît le sélectionneur des All Blacks

La demi-finale Nouvelle-Zélande-Angleterre samedi (10h), à Yokohama, est perçue par tous comme la finale avant la lettre entre les champions du monde en titre et le prétendant affiché. Steve Hansen, le coach des All Blacks, et Eddie Jones, son homologue pour les Anglais, ont entamé la partie d’échecs depuis plusieurs jours. Le premier s'est confié ce jeudi en conférence de presse.

Steve, que pensez-vous de Eddie Jones?

Un très bon gars. Un très bon sélectionneur.

Et que pensez-vous de la sortie de Eddie Jones sur le fait que l’Angleterre aurait pu être espionnée?

Eddie et moi savons qu’en amour comme à la guerre, tous les coups sont permis. Et il n’y a rien de mieux en temps de guerre que de semer un élément de discorde. Vous (les journalistes) ne pouvez pas résister, vous aimez quand ça fait des clics et des nombres de vues. Il ne nous a pas directement accusés. Il a été très clair à ce propos. Il a parlé de quelqu’un d’autre, probablement le même gars qui nous a filmés quand nous étions là-bas. Mais tout le monde s’est jeté là-dessus, et il a réussi à faire le buzz avec plein de vues sur les réseaux sociaux.

Avez-vous pris contact avec Eddie Jones?

Il m’a contacté mais pas à ce sujet. On a bien rigolé à propos de deux ou trois autres choses.

Eddie Jones ne cherche-t-il pas à mettre de la pression sur vous?

C’est seulement un coup de pression si vous mordez à l’appât, et nous avons choisi de ne pas le faire. On en rigole juste. Je me suis un peu moqué de tout ça, et hop, je reçois un texto ‘Ça va, Steve?’. ‘Ça va, merci Eddie.’ Il rigole bien. Je rigole bien. Et vous aussi vous êtes contents, parce que tout le monde se rue sur cette histoire. Et en attendant, on perd notre temps à parler de ça.

Comme le dit Eddie Jones, "la pression ne lâchera pas la Nouvelle-Zélande d’une semelle" cette semaine.

Nous sommes sous pression tout le temps. Je pense qu’à une époque, on la fuyait et du coup, ça nous revenait dans la figure. Mais aujourd’hui, on est obligés de faire avec. On s'attend à ce que l'on gagne tous les matchs quels qu'ils soient: quart de finale, demi-finale ou simple test-match. Donc bien évidemment que sur un match de cette envergure, il y a de la pression. Mais ce serait naïf de dire qu’il n’y a pas de pression de part et d’autre. Quand vous reconnaissez qu’elle est là, il y a une prise de conscience, et c’est là que la pression refait surface. Il (Eddie) essaye de mettre moins de pression sur son équipe en concentrant l’attention sur la pression qui est sur notre équipe. C’est malin, bien sûr. Mais je ne mords pas, nos joueurs ne mordent pas. On sait qu'on est sous pression. On n'a pas besoin d’Eddie pour s'en rendre compte. Ce dont il doit s’occuper, c’est la pression qui concerne sa propre équipe. Parce que les joueurs anglais se souviennent sans doute des déboires d’il y a quatre ans. L’Angleterre doit aussi faire face à une énorme pression. Ils disent qu’ils n’ont rien à perdre, mais je ne pense pas que ce soit vraiment ce qu'Eddie pense. Ça fait quatre ans que lui et son groupe travaillent pour arriver à leurs fins. Ce match signifie donc beaucoup de pression.

Que pensez-vous des progrès de l’Angleterre ces dernières saisons?

Elle a eu de très bonnes périodes. Elle a sans doute été très déçue par cette dernière Coupe du monde, mais ça crée de la frustration positive. C'est ce que nous avons ressenti en 2007, et cette frustration nous a permis de nous remettre en question. Je suis sûr que l’Angleterre a fait la même chose. Ils ont joué merveilleusement bien ces quatre dernières années.

Qu’attendez-vous de cette demi-finale?

Espérons que le niveau du match soit à la hauteur du buzz qu'il génère, parce que si c’est le cas, ça va envoyer un sacré message aux amateurs de rugby et à ceux qui découvrent le sport à travers le monde. L'enjeu de ce match est énorme, mais au final, ça n'aura que peu d'influence sur le jeu des All Blacks ou celui des Anglais.

Vous devez vous attendre à un match difficile…

C’est certainement le match le plus difficile qui nous attend puisque c’est le prochain. Parfois, une équipe sort des quarts de finale avec un sentiment d’euphorie et commence déjà à penser à la finale. Je pense que c’est une grave erreur, que nous avons déjà faite dans le passé. On l’a sûrement faite en 2007 (contre la France). Quand tu regardes trop loin, tu perds ta concentration et tu deviens plus vulnérable.

Laurent Depret et Jean-François Paturaud