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Nyanga: "Ça ne sert à rien d’être le roi de l’entraînement"

Après une journée et demie de repos, le XV de France a repris le chemin de l’entraînement ce samedi matin à la Trinity School de Croydon avec une séance en public. Pour Yannick Nyanga et les Bleus, les têtes sont désormais tournées vers le Canada, troisième étape du premier tour (jeudi 21h) avant l’attendue « finale » de groupe contre l’Irlande.

Yannick Nyanga, vous venez de vivre un entraînement en public. Cela vous fait-il du bien de côtoyer les fans ?

Oui. On vit beaucoup en vase clos, entre nous, et on ne voit pas trop ce qui se passe autour. On reçoit beaucoup de messages et on voit un peu ce qui se passe grâce aux réseaux sociaux, mais ça reste du virtuel. Voir l’engouement qu’il y a autour et sentir qu’on n’est pas seuls, même si on s’en doute un peu, c’est agréable. C’est un moment rare mais c’est bon pour le moral.

Vous avez beaucoup travaillé les rucks...

C’est qu’on en a besoin... Contre la Roumanie, on n’a pas montré de super aptitudes à conserver le ballon donc c’est malheureusement un mal nécessaire. Même si ce n’est pas ce qu’on préfère le plus lors des entraînements, il faut en passer par là.

Quel regard portez-vous sur le Canada, votre prochain adversaire ?

Ils sont très costauds physiquement. Ils l’ont montré lors de leur premier match contre l’Irlande. Les Irlandais ont fait la différence tactiquement et pas du tout sur le côté physique. Sur les 60 premières minutes, je n’ai pas senti qu’ils les aient fait exploser physiquement. Loin de là. Il va falloir s’attendre à une grosse partie sur ce plan. Le côté physique du match va être le strict minimum. Mais il va falloir aussi très bien le préparer tactiquement. Sinon, ça va être beaucoup plus compliqué que contre la Roumanie.

Il y avait une équipe définie contre l’Italie puis une autre contre la Roumanie. La perspective des prochains matches renforce-t-elle la concurrence entre vous à l’entraînement ?

Je ne pense pas que ça marche comme ça. Aujourd’hui, j’espère que les entraîneurs connaissent les qualités des uns et des autres et qu’ils ont une idée de l’équipe qu’ils vont aligner. Notre boulot n’est pas d’être les meilleurs à l’entraînement. C’est de bien s’entraîner et d’être prêt pour le match. C’est là qu’il faut amener à l’équipe et essayer de progresser. Ça ne sert à rien d’être le roi de l’entraînement mais de passer à côté de son match. On est tous très concentrés sur notre tâche.

Est-il mieux d’aligner la même équipe contre le Canada et l’Irlande, pour faire progresser les repères collectifs, ou de faire tourner pour une question de fraîcheur ?

C’est une question qu’il faut poser au staff. Notre boulot consiste à ne pas trop réfléchir à ces choses-là, mais à bosser. Quelle que soit l’équipe, je vous garantis qu’elle sera prête. On a envie d’aller loin dans cette compétition, de pouvoir continuer à rêver. Malgré tout ce qui a pu se passer dans les quatre dernières années, on est là et on a les mêmes chances que toutes les autres équipes d’y arriver car tous les matches n’ont pas encore été joués. On continue de rêver et de s’entraîner dur pour pouvoir prolonger l’aventure.

Est-ce une bêtise de dire que le Canada, c’est cinq points garantis ?

C’est une grosse bêtise. Si c’est cinq points garantis, on échange nos boulots le temps d’un match et tu nous montres comment on fait. Et si tu as les cinq points, bravo à toi... (Sourire.) L’objectif est de gagner. Mais un match se construit. Tu ne pars jamais avant un match en te disant que tu vas ramener cinq points. Je vous garantis que si on a l’occasion de le faire contre les Irlandais, on ne s’en privera pas non plus. Mais à quel titre as-tu le droit de te dire que c’est cinq points contre une équipe et pas contre une autre ? On m’a appris qu’un homme en valait un autre et qu’à partir de là, il ne faut sous-estimer personne. Après, comme dans n’importe quel match de rugby, si on est à trois essais et qu’on a le temps de pouvoir en marquer un quatrième, on va tout faire pour. Mais il faut faire les choses dans l’ordre.

Les médias britanniques ont été mesurés dans leurs critiques après votre match contre la Roumanie. Comment l’expliquez-vous ?

On leur met quand même 40 points... Si vous avez vu les autres matches, Nouvelle-Zélande-Namibie par exemple, c’était minimum 100 ou 80 points il y a quelques années. Là, c’est moins que d’habitude. Le rugby évolue, ce n’est plus pareil. Peut-être que les médias anglais ont déjà intégré que ça allait être une Coupe du monde difficile pour tout le monde et que mettre 40 points et cinq essais à une équipe, ce n’est pas si mal que ça.