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XV de France: après l'exploit face aux All Blacks, les Bleus sont-ils favoris pour le Mondial 2023?

Sans aller trop vite, la performance samedi face à la Nouvelle Zélande (40-25) propulse les joueurs du XV de France dans la catégorie des favoris à la couronne mondiale en 2023. La force collective, les individualités, le réservoir de joueurs, autant d’arguments de cette tournée d’automne de rugby qui vont peut-être changer le regard des adversaires. C’est en tout cas ce que pensent d’anciens internationaux comme Castaignède, Skrela et Elissalde.

Des Bleus favoris pour la Coupe du Monde?

La France a abordé ce match contre la Nouvelle-Zélande en sixième position au classement mondial. Pour autant, avant même de battre les All Blacks, l’argument d’une Coupe du monde à domicile en 2023 et le soutien populaire pouvaient hisser les Bleus dans le groupe des favoris. Alors ce n’est pas la victoire historique samedi soir à Saint-Denis qui va faire fléchir la tendance.

"Je pense qu’ils l’étaient déjà, affirme l’ancien demi d’ouverture David Skrela (23 sélections entre 2001 et 2011). La Coupe du monde est en France, on a déjà une belle génération, on a besoin de victoires marquantes pour valider le travail depuis deux ans. La réponse de samedi soir promet de belles choses pour l’avenir. Ça envoie un message à tout le monde en tout cas."

Le message à la planète rugby. Comme en 1999 et 2000, la barre des 40 points infligés aux All Blacks, même apparus exsangues à l’issue d’une interminable tournée. Ce qu’il ne faut pas complètement occulter. "Indéniablement, cela replace l’équipe de France dans les favoris, pense l’ex-demi de mêlée Jean-Baptiste Elissalde (35 sélections entre 2000 et 2008). Toute raison gardée, il faut prendre aussi la mesure de l’opposition. Même si c’était les All Blacks, ils étaient en fin de tournée. Ils m’ont semblé très, très fatigué. Cela ne sera certainement pas les mêmes dans deux ans. Pour autant, pour la confiance de l’équipe, et surtout le regard des adversaires sur l’équipe de France, cela change beaucoup de choses. On va se placer en favori."

Nouvelle Zélande, Afrique du Sud, Angleterre... à la table des plus grands?

Champions et vice-champions du monde, Sud-Africains et Anglais se sont également rendus coups pour coups à Twickenham (victoire de l’Angleterre 27-26). Comme Boks et Blacks cet été. Comme les Irlandais à Dublin contre les Kiwis. Lorsqu’on fait l’appel dans la classe des prétendants, ils sont nombreux à lever la main.

"J’ai regardé attentivement l’ensemble des matchs, nous explique Thomas Castaignède (54 sélections entre 1995 et 2007). L’Angleterre, qui a battu l’Afrique du Sud, n’est pas encore à maturité. L’Afrique du Sud est une équipe dure à jouer, mais très prévisible. Avec beaucoup d’intensité physique mais avec un peu moins de flair dans le jeu. L’Australie est un peu décevante en ce moment. Je crois que l’équipe de France produit le meilleur jeu et propose des individualités qui aujourd’hui se placent pour la plupart dans les meilleurs joueurs du monde."

D’un œil d’entraîneur, Jean-Baptiste Elissalde loue le cap passé par cette équipe de France: "Elle a tout maîtrisé. Elle a maîtrisé sa conquête. Elle a marqué deux essais sur ballons portés, comme contre la Géorgie. Elle a bien maîtrisé la possession, elle a bien chassé. Elle a joué les deux, trois coups opportuns avec un peu de vitesse et de classe. Il y a eu les 20 premières minutes de la deuxième mi-temps qui ont été un peu délicates, mais c’est là où les gros joueurs font la différence. Car quand Romain Ntamack fait son sauvetage dans l’en-but, c’est un tournant du match. C’est aussi ça les grandes équipes, elles possèdent des grands joueurs et Romain en fait partie." Et il n’est pas le seul…

Des individualités pour faire la différence dans les grands matchs

Les (très) grands joueurs répondent toujours présents. De tous temps, ils marquent les derniers carrés des Coupes du monde. Fox, Kirk, Lomu, Eales, Wilkinson, Robinson, Botha, Du Randt, Mc Caw, Kaino, Carter, Smith, Kolbe… il faut parfois un homme pour faire la différence. Ou plusieurs. "Oui on en a évidemment, poursuit Skrela. Samedi soir, on n’a pas Marchand et Mauvaka fait super match. On a Antoine Dupont, Romain Ntamack… Melvyn Jaminet qui enquille tout! Et il le faut pour être champion du monde. Penaud fait basculer le match après la relance de Ntamack… oui il faut des joueurs qui font la différence et d’autres au niveau. Cette équipe est parée pour ce genre de matchs. Mais quand tu as deux générations U20 championnes du monde, derrière, ça donne des résultats."

Et, dans le sillage d’un Antoine Dupont au plus que parfait, une charnière à plusieurs têtes... même si Romain Ntamack a marqué son territoire. "On a eu ce débat Ntamack-Jalibert. Il s’avère que l’un et l’autre ont produit de belles copies, précise Thomas Castaignède. Romain Ntamack, sur la prestation d’hier, a montré qu’il avait une capacité à gérer des matchs importants, ce qui fait de lui un joueur hors normes. L’apport de Jalibert, quand il est rentré, a amené beaucoup de dynamisme. On a des joueurs très importants à des postes clés. Il peut y avoir des blessures, plein de choses qui peuvent se passer."

Et surtout, le staff a constitué un groupe élargi, où les hommes sont interchangeables sans baisse de niveau notable. Elissalde abonde: "On a trouvé un grand buteur avec Jaminet. Une charnière qui maîtrise son sujet et qui a énormément de talent. On sent que les hommes changent puisque Woki dans un positionnement peu habituel de deuxième ligne, a fait un match exemplaire. Mauvaka, qui n’est pas le talonneur titulaire, a fait une partie exemplaire. On a énormément de talent à des postes clés : 9-10-15, talonneur, 8. Une épine dorsale très costaude. Même si on change les hommes, les performances ne changent pas et ça, c’est important dans l’optique d’une Coupe du monde."

Et maintenant, confirmer

La régularité de ce mandat (14 victoires en 20 matchs depuis le Tournoi des VI Nations 2020) semble nous prémunir du syndrome des exploits d’un soir à la française. Les attitudes post-victoire des Bleus, sur la pelouse du Stade de France, ont plutôt renvoyé l’image du devoir accompli. "Ce qui est à la fois impressionnant, s’étonne Castaignède, c’est que ces joueurs-là ne voient ce match que comme une étape. On n’a pas senti une joie démesurée. Ils étaient heureux, mais je crois qu’ils sont en mission. J’ai le sentiment qu’ils savent qu’ils peuvent faire bien plus." Et ça va commencer dès le prochain Tournoi des VI Nations, où l’Irlande et l’Angleterre se déplaceront à Paris.

Une compétition que Fabien Galthié, qui voulait gagner des titres, et ses hommes, n’ont pas encore remportée, terminant deux fois deuxièmes. "C’est un Tournoi plus favorable, observe David Skrela. Si on confirme avec une première place, ou même un Grand Chelem, ce que je leur souhaite, ils auront battu tout le monde, plus le Tournoi. A un an de la Coupe du monde, on pourra alors dire qu’on est parés pour aller la chercher. Il faut valider les étapes." C’est vrai, Angleterre, Irlande, Pays de Galles, Ecosse, Australie, Argentine, Nouvelle Zélande, toutes ces nations sont tombées face à l’équipe de France. Il ne reste plus que les champions du monde sud-africains, dont la venue est prévue en novembre 2022.

D’ici là, le XV de France aura encore pris de l’épaisseur, du vécu commun. Samedi soir, dans les entrailles du Stade de France, le sélectionneur Fabien Galthié répondait de la sorte à la question de savoir si son équipe avait récupéré l’étiquette de favori au titre mondial: "On est lancés. On est sur un chemin qui nous mène plus loin. Mais c’est vrai que sur la construction de la tournée, sur la manière dont on a managé le groupe, il commence à y avoir des repères collectifs forts, une expérience collective qui nous permet d’être dans le coup jusqu’à la fin des matchs. C’est-à-dire que l’équipe est en place collectivement. Elle a des armes à disposition. Ce n’est pas ce résultat qui fait de nous un candidat au titre mondial, c’est notre ambition. C’est la manière dont on vit l’expérience et ce chemin depuis deux ans, c’est notre façon de vivre et notre ambition." Que tout un peuple portera en 2023…

W.Templier avec A.V