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Didier Lacroix: "Fier de l’attractivité du Stade Toulousain"

Le Stade Toulousain, qui va défier Clermont ce dimanche (21h) pour le choc de cette première journée de Top 14, sera encore une fois un des grands favoris de la saison 2020-2021. L’occasion pour son président Didier Lacroix de se livrer lors d’une interview exclusive durant laquelle il parle de l’actualité de son club mais également de celle du rugby français. Depuis vendredi, et jusqu’au match, RMC Sport vous détaille cet entretien. Troisième et dernier volet: son bilan au Stade Toulousain et les ambitions sportives.

Didier Lacroix, comme souvent lors des intersaisons à Toulouse, le groupe professionnel a peu bougé. Sur le papier, il semble très fort. Pensez-vous qu’il est un des grands favoris du Top 14 ou de la Champions Cup ?

J’ose espérer, au lieu de prendre un titre de favori, que le Stade Toulousain paraît compétitif, que ce soit en championnat ou en Coupe d’Europe. Je le pense, sincèrement. C’est aussi l’objectif qu’on s’était donné. D’avoir un effectif fort. Sur lequel on a, en toute humilité mais de façon évidente, de la qualité. Quantitativement, on a "serré". Donc on va s’exposer. Avec les blessures, que l’on craint tous. Les sollicitations de l’équipe de France vont également nous mettre dans des situations plus difficiles. Mais je pense effectivement que le Stade Toulousain, dans la globalité de son effectif et la qualité de son staff également, peut dire en ce début de saison qu’il a une équipe qui paraît compétitive. Maintenant, jouons les matchs et on en parlera après.

Vous avez perdu des joueurs comme Sébastien Bézy ou Florian Verhaeghe, qui étaient issus de votre formation. Est-ce un regret ?

Plus on en sortira, plus on s’exposera à en perdre quelques-uns. Sébastien a fait des saisons gigantesques chez nous. La dernière et l’avant-dernière notamment. Il a même plus joué qu’Antoine (Dupont) si on regarde bien. Il avait des fourmis dans les jambes et l’envie de voir autre chose. Il part presque sur le tard puisqu’il aura fait 90% de sa carrière chez nous quoi qu’il advienne. Flo, avec son profil de jeune joueur talentueux, paraissait plus impatient. Il y a un moment où il faut savoir qu’on ne gardera pas tout le monde. Ce sont deux cas marquants. Mais il y en a beaucoup qui restent et il y en a plein derrière. Beaucoup qui se donnent les moyens de sortir de ce centre de formation et de prendre un premier contrat pro chez nous. Je pense que la tendance n’est pas à l’exode mais au contraire à garder la plupart de son effectif. Ils ont le droit de partir quand ils sont en fin de contrat mais heureusement que le plus grand nombre a envie de rester et a envie de porter le maillot du Stade Toulousain.

Comme Romain Ntamack, dans vos rangs depuis l’âge de cinq ans. Pourrait-il faire toute sa carrière au Stade Toulousain ?

(Il soupire) Romain, c’est toujours un cas particulier. Comprenez bien que, son père bien sûr avec qui j’ai joué, mais aussi la présence de l’ensemble de sa famille avec sa maman, son frère, son oncle, qui a porté le maillot, la présence d’Emile au sein de l’association et qui anime les stages de l’Académie du Stade Toulousain. C’est le petit que l’on a vu naître ici. Le premier que je me souviens, il s’appelait David Skrela. C’était le fils de Jean-Claude et il a porté le maillot après être passé par un certain nombre de clubs dont Colomiers. Romain, c’est encore plus "Toulousain". Il a fait toute sa carrière ici et bien sûr qu’on peut rêver qu’il continue. Maintenant, dans cinq, six ans, il peut ne pas s’entendre, avoir besoin de bouger. Peut-être que cet appétit passera par l’international, de façon ponctuelle. Comment sera le rugby à ce moment-là ? Le fait d’être international va-t-il l’amener à se sédentariser ou pas ? C’est beaucoup trop tôt. Mais bien sûr qu’on peut se donner comme réelle ambition d’accompagner Romain sur le terrain jusqu’à la fin de sa carrière. Et déjà penser à son après-carrière. Ça ne paraît pas du tout d’actualité sur le jeune joueur qu’il est,mais bien sûr qu’on peut penser que Romain fasse toute sa carrière au Stade Toulousain.

Jerome Kaino a prolongé son contrat jusqu’en 2021. A l’écouter, ce pourrait être la dernière saison de sa carrière. Intègrera-t-il le staff ensuite ?

Ce sont des décisions que l’on prendra en fonction de son appétit. En fonction de nos opportunités. Mais Jerome Kaino, c’est un emblème incroyable. J’en veux à certains de vos collègues qui s’étaient permis, au moment de son recrutement, de dire que le Stade Toulousain "ne pouvait plus se permettre que ça"… On a vu, non seulement ses qualités en tant que joueur, mais surtout ce qu’il arrive à transmettre, à installer. Avec une aura naturelle au quotidien, une capacité de travail. Des relations avec la Nouvelle-Zélande, avec le statut qu’il a. Réfléchir à l’avenir avec lui, au poste qu’il peut occuper, ça me paraît complètement naturel de la part du club. Ugo Mola va se poser la question. Jérôme Cazalbou va se poser la question. Moi-même également. Jean Bouilhou est revenu au club pour être entraîneur de l’équipe première. Il est en train de donner entière satisfaction. Il faudra que Jerome trouve sa place et qu’on lui trouve sa bonne place.

Trois ans après votre arrivée à la présidence, comment jugez-vous votre bilan et quels sont les chantiers qui restent devant vous ?

C’est très Stade Toulousain ce que je vais dire : il faut qu’on soit fiers de ce que l’on a fait. Du titre, mais surtout de cette attractivité du Stade Toulousain. De ce Stade Toulousain "aimant" que l’on a dû aller chercher de nouveau. Je le dis souvent, je le redis, il fallait souffler sur les braises. Ça veut dire que ces braises, elles existaient. Et puis, il y a l’éternelle remise en cause au sein du club. Encore plus forcée par le Covid. Mais la dynamique dans laquelle on est se doit d’être étayée. J’ai la chance de bosser avec des gens fantastiques. On a étoffé le directoire avec des gens brillants. On a autour une énergie positive, avec des personnes investies, projet par projet. Des task force. C’est ce qui me donne confiance dans les moments les plus difficiles. Car ça tabasse fort depuis trois, quatre mois. Dans la visibilité, ce vers quoi on tend. Sauf que le gros bateau du Stade Toulousain a quelque fois tendance à mettre le cap un peu plus loin. On est en train de travailler sur des projets fabuleux : la cité des sports et de la santé, avec une composante tourisme avec la cité des rugbys (à côté du stade Ernest Wallon, NDLR). Des projets à trois, quatre, cinq ans, qui se préparent et se dessinent maintenant. Et qui vont porter le Stade Toulousain des années 2025. Mesurer quelques part l’attractivité du Stade Toulousain en créant un mur de soutien et trouver 18.000 participants en quelques semaines. S’assurer la formation pour les deux ans à venir. Ça se sont des satisfactions. Ce qu’il ne faut pas, c’est l’autosatisfaction. C’est un travail de groupe et surtout, on est sur une première étape. On a besoin de consolider pour pouvoir se rassurer.

Wilfried Templier