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Dusautoir : « le Stade Toulousain restera pour moi l’un des plus grands clubs français »

Suite de notre entretien avec le capitaine du Stade Toulousain Thierry Dusautoir. Après son avenir qui reste en suspens alors qu’il est en fin de contrat, il évoque la saison de son équipe, sa relation avec les jeunes dans le vestiaire et les changements ces dernières années à Toulouse. Sans oublier le nouveau couple à la tête du rugby français, Laporte-Novès.

Comment jugez-vous la saison actuelle du Stade Toulousain?

On a fait de bonnes performances sans être complètement conquérants sur la première partie. On a laissé pas mal de points en route. En Coupe d’Europe on est toujours dans la course, on a un mois de janvier très, très important, qui peut nous permettre de nous qualifier. Donc aujourd’hui en Top14 on est un peu dans le ventre mou, ça correspond à nos performances. Ce qu’il faudrait c’est gagner en régularité car on se rend compte que l’équipe est capable de très belle chose, comme le week-end dernier face à Clermont. Et gagner en régularité en terme de performances.

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Quel est alors votre avis sur le véritable potentiel de l’équipe, qui paraît à la fois grand et fragile?

Oui, mais tout est une question d’équilibre. On se dit que l’écart est assez faible entre nous et les équipes qui jouent les premiers rôles mais en réalité il reste important. Parce que ces équipes-là, au moment fatidique, elles restent concentrées, elles jouent relâchées, avec de la précision. Comme on a pu le faire pendant 60 minutes le week-end dernier contre Clermont. On sait qu’on a pu le faire, maintenant à nous de réussir à répéter ce genre de performance.

Est-ce que vous trouvez votre place dans cette équipe?

Je m’y sens bien. C’est justement ce genre de questions que j’évite de me poser. Elles ne me viennent pas à l’esprit. Je profite de chaque minute que j’ai sous le maillot toulousain sachant qu’à 35 ans, ce sont les derniers mois de rugby que je vis. Donc je ne me pose pas plus de questions que ça. J’essaye de m’amuser un maximum, d’être un peu plus égoïste sur ma façon de voir les choses. Parce que quelque part je pense que je me le dois bien (sourire).

A 35 ans, on se sent comment dans un vestiaire avec des jeunes de 20 ans?

On se sent bien… (il hésite) je ne sais pas… (rires) c’est sympa de les voir éclore et s’épanouir maintenant au niveau du Top 14. De les avoir vu progresser de jours en jours. Et maintenant de les voir s’imposer comme joueurs à part entière de l’équipe, comme titulaires indiscutables à certains postes parfois. Et pour d’autres d’arriver au niveau international. C’est sympa de voir la progression de tous ces joueurs là et pour le club je pense que c’est une chance d’avoir autant de jeunes à ce niveau-là. Parce que ce n’est pas donné à tous les clubs et le Stade Toulousain a bien raison de leur faire confiance.

Quel rôle avez-vous avec eux?

Aujourd’hui j’ai plus un rôle de « grand frère », dans le sens où, avec d’autres également, j’ai beaucoup d’expérience sur ce qui peut nous attendre. Donc on échange pas mal là-dessus. C’est surtout à ce niveau-là que ça se joue. Je sens quand même qu’on a pas le même rapport qu’il peut y avoir avec d’autres joueurs parce qu’ils ont pas mal de respect pour moi. Mais on rigole assez. Il n’y a pas un mur entre les plus jeunes et moi par exemple.

Qu’est-ce qui a changé au Stade Toulousain depuis votre arrivée, en 2006?

Moi déjà. J’ai changé. J’ai grandi ici. C’est ma 11e saison au Stade Toulousain, donc effectivement, c’est pas mal dans une carrière, de passer autant de temps dans un club. J’ai évolué, j’ai grandi, j’ai gagné beaucoup de titres ici (NDLR : trois Boucliers de Brennus et une Coupe d’Europe). J’ai fait l’essentiel de ma carrière internationale. Donc je m’identifie vraiment à ce club. Maintenant, les choses évoluent. Quand je suis arrivé, il y avait une génération qui était sur la fin. Je pense à Fabien (Pelous), Omar (Hasan) ou Trevor (Brennan), avec lesquels j’ai joué un ou deux ans. Ensuite, il y a la génération de Cédric Heymans, William Servat, enfin mes entraîneurs maintenant (sourire), Jean Baptiste Elissalde et Jean Bouilhou, qui sont un peu plus âgés que moi mais avec lesquels je me sens plus proche car j’ai connu beaucoup de choses avec eux. Maintenant c’est le passage de relais avec la nouvelle génération. La grosse différence avec ce que j’ai pu connaître les années précédentes, c’est aussi l’absence de Guy Novès. C’est vraiment quelque chose d’important, parce que c’est quand même un monument du club qui est maintenant à des responsabilités plus importantes avec l’équipe nationale mais qui a vraiment marqué le club pendant deux décennies. Et c’est vraiment la grosse évolution qu’on peut trouver entre mon arrivée et maintenant.

Il y a moins d’omnipotence dans les résultats tout de même…

Oui, mais après il faut voir que le club a dominé le rugby français et européen pendant 20 ans. Quel club, que ce soit en Europe ou dans le monde a réussi à faire ça ? Je crois que c’est unique, donc effectivement, il n’y a pas de résultats depuis 5 ou 6 ans, mais on sortait d’une série de trois titres d’affilée. Aujourd’hui, pour un club comme le Stade Toulousain, c’est insuffisant. Nos supporters sont dans l’attente, à juste titre, du retour d’un trophée. Et nous, on travaille pour ça. Mais ce n’est pas parce qu’on n’a pas réussi à gagner quelque chose ces dernières années que le club n’est plus un grand club. Les titres qui ont été gagnés, ils resteront à jamais dans la galerie des trophées et personne ne pourra les enlever. A nous et aux jeunes qui commencent à prendre le relais de continuer à écrire l’histoire du club au plus haut niveau. Mais le Stade Toulousain restera pour moi l’un des plus grands clubs français.

Vous avez évoqué Guy Novès. Justement, que pensez-vous de sa collaboration avec le nouveau président de la Fédération Française de Rugby Bernard Laporte ? Ce sont deux hommes que vous connaissez bien…

J’avoue que je connais plus Guy que Bernard. Mais j’espère leur collaboration fructueuse pour l’équipe nationale. Pour l’équipe de France, pour la Fédération. Bernard est le nouveau président élu, Guy a maintenant un peu plus d’un an au poste de sélectionneur donc c’est vrai que c’est un nouveau couple a la tête du rugby français. Ce sont deux personnes qui ont énormément d’expérience du haut niveau. Qui ont aussi énormément de caractère. Donc j’espère qu’ils réussiront à mettre toute leur expérience en commun pour le bien du XV de France. Après, ce sont des personnes très intelligentes. Donc je pense qu’ils feront en sorte que tout se passe bien, que ce qu’on a pu lire à droite, à gauche, n’arrive pas et qu’ils puissent fonctionner aussi bien.

Propos recueillis par Wilfried Templier