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Kolbe: "J'entends la foule faire un genre de "ooooh", ça m'excite"

C’est l’attraction de cette saison de Top 14. Insaisissable, doté d’une incroyable vélocité, l’ailier ou arrière sud-africain Cheslin Kolbe est encore très attendu avec le Stade Toulousain pour la demi-finale du Top 14 samedi face à La Rochelle (21h). Le joueur, qui fait lever les foules, pourrait bien être le cauchemar des défenseurs adverses en phases finales. Entretien avec un phénomène.

Cheslin Kolbe, à 25 ans, avez-vous la sensation de jouer le meilleur rugby de votre carrière avec le Stade Toulousain?

Je dois avouer que j’apprécie vraiment mon rugby en ce moment. Après, moi, je veux juste toujours m’améliorer et être sûr que je m’amuse sur le terrain. Et de ce côté-là, oui, c’est absolument ça en ce moment. Je m’amuse! Je savoure chaque seconde de chaque match que je peux jouer, notamment en exprimant les merveilleux talents de l’équipe avec qui je joue.

Ressentez-vous l’excitation que vous provoquez à chaque fois que vous touchez le ballon sur le terrain?

Oui parfois… C’est vrai, chaque fois que je vais sur un terrain et que je prends le ballon, à l’aile ou à l’arrière, j’entends la foule faire un genre de "oooh" (sourire)… Ce sont des choses qui arrivent et évidemment, en tant que joueur, ça m’excite ! Parce que j’aime courir avec la balle et j’aime avoir des situations de "un contre un", où je peux créer quelque chose pour moi ou pour le mec à mes côtés. Donc oui, j’aime évidemment l’atmosphère du stade, c’est vraiment fantastique. Les supporters du Stade Toulousain sont fous de rugby et nous, on se nourrit de ça, de cette énergie pour pousser 80 minutes durant.

Quel est le moment le plus grisant pour vous durant un match? Quand vous prenez un intervalle? Quand vous marquez un essai?

Le meilleur moment c’est peut-être quand vous cassez la ligne de défense, en allant ensuite à l’essai aussi vite que possible! C’est probablement une bonne dose d’adrénaline pour moi. D’être sûr d’aller le plus vite que je peux vers l’essai. Donc oui sans aucun doute, passer la défense, courir aussi vite que tu peux vers l’essai. Je le répète, c’est une des plus grandes sensations, une vrai dose d’adrénaline.

Comment gérez-vous ces moments? Savez-vous à l’avance ce que vous allez faire avec la balle?

Parfois, je visualise nos adversaires avant les matchs. Comment ils défendent par exemple ou des trucs comme ça. Et moi, j’aime bien observer ça avant de les rencontrer. Bon, après, je vais à gauche, à droite, peu importe la situation. Et même avec les choses visualisées, car aussi dans un match, tout arrive si vite, parfois c’est sur le moment! Il y a des occasions où tu te dis, j’ai ça à faire pour me sortir de la situation. Mais la plupart du temps c’est juste l’instinct et tu fais avec. Mais comme je l’ai dit, je regarde aussi des choses avant les matchs pour voir ce que je peux faire.

N’avez-vous pas peur, de par vos performances, de devenir une cible pour vos adversaires?

Il y a une chose qui est merveilleuse dans le rugby, c’est que vous pouvez analyser n’importe quelle équipe, et je ne pense pas qu’il s’agit uniquement que de moi, cette équipe arrivera tout de même à se procurer des situations dangereuses. Si je dois être une cible, peu importe, ça permettra aux joueurs à mes côtés d’être en bonne position et ça nous donnera d’autres opportunités. Moi, je continue à faire ce que je sais faire, à prendre du plaisir sur le terrain, à juste m’exprimer.

Il faut dire que vous n’êtes pas une cible facile à viser…

(il rigole) Je ne voudrais pas dire que c’est difficile… Chaque match est différent, je veux juste être sûr d’avoir des occasions et exploiter au mieux mes capacités. J’espère en tous cas qu’on ne va pas essayer de me viser ! Mais si ça arrive, c’est comme ça. J’essaye juste de donner le meilleur pour mon équipe. C’est tout ce qui m’importe.

Préférez-vous évoluer à l’aile ou à l’arrière. On a la sensation que vous vous exprimez pleinement en quinze…

Ailier ou arrière, ça n’a pas d’importance pour moi. Aussi longtemps que je pourrai être sur le terrain chaque semaine, je serai heureux. Peu importe où je joue, tant que je pourrai avoir une influence sur l’équipe et amener quelque chose à mes coéquipiers durant le match. Après, les postes sont similaires. J’ai toujours dit qu’à l’arrière, tu portes plus le ballon, tu dois prendre des décisions importantes au bon moment pour ne pas mettre tes avants sur la marche arrière et toujours assurer la couverture. Et à l’aile, tu as juste à attraper la balle et finir le boulot pour marquer… Bon après, tu as aussi des choses à faire et tu ne peux pas rester sur l’extérieur et attendre que la balle arrive. Mais au final, peu importe, arrière ou ailier, j’aime les deux postes.

Les choses sérieuses arrivent en Top 14. Mesurez-vous vos chances d’être champion de France? On fait de Toulouse un favori…

Oui, c’est presque inscrit sur notre dos que nous devons être champions. Mais nous devons continuer à travailler, chaque semaine, pour faire en sorte d’être meilleurs à chaque fois. Et quand les demi-finales et peut-être la finale arrivant, être aussi cliniques que possible.

Vous avez glané tous les records cette saison, le plus grand nombre de points en Top 14, le plus d’essais inscrits… Avez-vous déjà joué ce genre de rugby auparavant?

Je dois dire qu’avec les Stormers, en Afrique du Sud, on a aussi fait de grands matchs. On avait pas mal de possessions, on aimait se passer le ballon et prendre du plaisir sur le terrain. Mais je pense que venir à Toulouse, et jouer ce genre de jeu, c’est franchement très excitant pour moi. Parce que ce que j’aime, c’est jouer, donner le ballon et aller d’un bord à l’autre du terrain. Et les Français sont réputés pour ce French flair. Alors je ne vais vraiment pas me plaindre car c’est le style de rugby que j’adore. Et je prends beaucoup de plaisir à tenter ces coups tous les week-ends.

Pour vous, c’est en plus une année très spéciale, avec la possibilité de jouer la Coupe du monde au Japon au mois de septembre. On y pense?

Je suis concentré sur la demi-finale qui arrive et c’est important de ne pas tout mélanger. Après, c’est vrai que j’ai cette Coupe du monde dans un coin de ma tête. Evidemment, pour moi, un rêve peut devenir réalité. Surtout si on remporte le Top 14 d’abord et que je suis pris dans le groupe pour le Japon ! C’est quelque chose que chaque joueur aimerait vivre. Quand tu es jeune, tu regardes la Coupe du monde à la télé et tu ne penses pas forcément en vivre une un jour. C’est évidemment très spécial de pouvoir d’atteindre ce but. Donc oui, ce serait un rêve pour moi. Je serai vraiment épaté si ça devient réalité.

Wilfried Templier