RMC Sport

Toulouse - Cheslin Kolbe: "J’ai déjà couru le 100m en 10''7"

L’ailier Sud-Africain du Stade Toulousain, Cheslin Kolbe, est une des attractions du Top 14. Des appuis de feu, des courses supersoniques, neuf essais au compteur, il sera encore une fois une des armes toulousaines ce samedi à Castres. Son adaptation, ses ambitions, son parcours marqué par l’athlétisme et son cousin, qui n’est autre que le champion olympique et recordman du 400 mètres, Wayde Van Niekerk, et la fin de saison du Stade, Kolbe se confie.

Son adaptation à Toulouse

"Je suis satisfait de la manière dont les choses se passent à Toulouse. Je pense que les gens autour de moi me facilitent la vie. Quand je suis arrivé, les joueurs m’ont bien accueilli. Et j’ai pu aussi gérer tous les à-côtés qui, quand vous venez d’un autre pays, peuvent s’avérer difficile. Mais la famille du Stade Toulousain m’a ouvert ses bras. Je m’en réjouis et je suis très heureux."

Neuf essais en Top 14

"C’est toujours bon de marquer des essais mais il y a aussi des joueurs autour de moi qui me donnent l’occasion de passer cette ligne blanche."

>> Top 14: ce qu'il se passe en coulisses au Stade Toulousain (et pourquoi une guerre interne est ouverte)

Pas accro aux essais

"Je ne suis pas 'accro' aux essais. Je suis plus concentré sur la manière et je prends les matchs comme ils viennent. L’important, c’est que les joueurs fassent de bons matchs. Ce n’est pas juste une histoire de marquer des essais. Je suis plus heureux encore si je peux faire une passe décisive ou aider les autres à en marquer. Mais bon, si je passe la ligne, c’est du bonus."

La vitesse

"Le plus vite que j’ai couru, c’était en 2011, en scolaire. Je pense que c’était 10''7 sur 100m. J’ai couru contre mon coéquipier en équipe d’Afrique du Sud à 7, Sebealo Senatla, qui est incroyablement rapide. Mais bon, par rapport au rugby, ce que j’ai appris, c’est que les 10-15 premiers mètres sont très importants. Ce dont tu as besoin dans un petit espace, c’est cette accélération pour que ça prenne du temps aux autres joueurs de t’attraper. Donc je travaille ça. Je pense que la vitesse, c’est une ruse pour moi et ça m’aide à m’éloigner de problèmes sur le terrain, pour éviter certains placages!"

L’athlétisme

"C’était pour m’amuser mais j’ai fait de l’athlétisme avant de jouer au rugby. J’ai fait du 100 m, des haies aussi… de 6 ans à 17-18 ans. J’ai représenté l’Afrique du Sud en 2005 et 2006 dans les catégories jeunes. Mais comme j’étais petit, les haies me semblaient de plus en plus hautes (rires)! Donc je me suis concentré sur le 100 et le 200 m pour voir jusqu’où je pouvais aller. J’ai toujours donné le meilleur mais oui, j’étais pas mal en sprint."

Sa venue au rugby

"Mon père était un bon joueur depuis sa jeunesse et ensuite, dès mes 5 ans, j’ai toujours été le voir jouer. Et finalement j’ai grandi dans une famille très rugby, regardant mon père chaque semaine. Et vers 10 ans, j’ai commencé à jouer au rugby et je suis tombé amoureux de ce sport. Regarder mon père a aussi été une inspiration pour moi: un vrai attaquant, avec de la technique individuelle, mais aussi un joueur dur en même temps. Donc je pense que j’ai sûrement ça de lui."

La relation avec son cousin, Wayde Van Niekerk

"Nous sommes proches. J’habitais au Cap et Wayde est parti à Bloemfontein assez jeune. Donc on ne s’est pas vu pendant un moment mais auparavant on a grandi ensemble, à la même école primaire. Et après, quand il est parti, on est resté en contact. Notamment par le biais des réseaux sociaux. Donc on est assez proches et surtout on s’est toujours motivé pour donner le meilleur et pour s’apporter l’un et l’autre."

Les JO avec son cousin 

"Ça a vraiment été un moment particulier pour Wayde et moi de participer aux Jeux en tant que cousin (Kolbe a participé aux JO de Rio avec l’équipe d’Afrique du Sud à 7, terminant 3e, NDLR). Notre famille a été très fière de nous voir représenter l’Afrique du Sud. On n’y a pas pensé avant mais lui a juste bossé pour battre ce record et faire avant tout partie de la sélection sud-africaine. Et ça a été la même chose pour moi, je n’aurais jamais pensé représenter mon pays aux JO. Parce que c’est un énorme événement, quelque chose que je ne peux pas décrire. Il faut le vivre soi-même, particulièrement quand tu es athlète. Ça restera un instant marquant jusqu’à la fin de mes jours."

Le record de son cousin 

"Je l’ai vu un peu aux Jeux. La première nuit où il est arrivé au village olympique, je l’ai appelé et on s’est vu en bas pendant plus d’une heure. Et on s’est demandé tous les deux ce qu’on voulait accomplir ici, ce qu’on voulait laisser comme trace. Il m’a dit que Dieu nous avait donné l’opportunité d’être là et qu’il fallait faire de son mieux pour ne pas le décevoir, pour ne pas décevoir l’Afrique du Sud et nos familles en rentrant. Alors, je lui ai demandé: 'quel temps vises-tu lors de ces Jeux?'» Et il m’a répondu: 'je veux courir en 42 secondes'. Et je me suis dit un truc du genre: 'mon Dieu, c’est très rapide!' (il rigole) Mais je lui ait dit: 'si tu y crois, tu vas le faire'. Il m’a aussi motivé pour être sûr qu’on donnerait tout, sans avoir de regrets. On a eu la chance de gagner la médaille de bronze avec l’équipe à 7. Ce n’était pas ce qu’on avait espéré, on avait travaillé dur pour aller chercher l’or mais n’importe quelle médaille que tu gagnes aux JO a quelque chose de spécial, quelque chose que tu peux garder toute ta vie et que tu peux partager chez toi avec ta famille. Mais la chose la plus marquante a été quand Wayde a gagné la médaille d’or (sur 400m) et battu le record du monde. Ça a été quelque chose de spécial pour notre famille et pour tout notre pays. Je n’ai pas eu l’occasion de regarder la course parce qu’on rentrait en Afrique du Sud. Mais quand on a atterri, partout dans le pays on voyait Wayde Van Niekerk qui gagne la médaille et bat le record."

Son choix de venir en France

"Ça n’a pas été facile parce que je suis encore jeune, je n’ai que 24 ans. Pas facile car j’ai laissé ma famille derrière moi, particulièrement mes parents qui me suivent chaque semaine depuis que je suis petit jusqu’à ce que j’arrive aux Stormers. Donc ça n’a pas été une décision facile en tant que rugbyman. Mais je ne regrette rien parce que j’ai parlé avec Jano Vermaak, qui a joué ici à Toulouse et ensuite avec moi aux Stormers et il m’a dit: 'écoute, tu ne regretteras pas ton choix parce que Toulouse est un bel endroit pour vivre et on y joue un beau rugby'. Donc j’ai réfléchi à tout ça, aux décisions à prendre et j’ai été sûr à 100% de saisir cette opportunité de rejoindre la France, de représenter Toulouse. Sans compter aussi que j’ai été papa et je me suis marié… donc 2017 a été très intense pour moi. Mais je suis vivant, heureux de jouer au rugby et je ne me plains de rien."

Gagner le Bouclier de Brennus

"La dernière fois que le Stade a gagné le Top 14, c’était en 2012. Et nous les étrangers, en arrivant à Toulouse ou dans le Top 14, c’est une compétition que nous aimerions gagner. Quand on regarde les photos, ou les souvenirs personnels ou celle du club au Capitole, quand ils lèvent le trophée avec les gens, avec tous les supporters, pour nous c’est une source d’inspiration. Parce que le club n’a rien gagné depuis 2012 et nous sommes une nouvelle génération au Stade Toulousain. Donc on voudrait ramener le titre. On ne dit pas que ce sera facile mais c’est que nous voulons accomplir. Il y aura beaucoup d’étapes à valider pour atteindre cet objectif et je pense qu’on devra travailler dur chaque semaine et être concentré sur chaque match. Même s’il ne faut pas que nous soyons obnubilés par le résultat."

Propos recueillis par Wilfried Templier