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Stade Français – Quesada : "Clermont, un de mes modèles d’inspiration"

A 72 heures de la finale du Top 14 face à Clermont, Gonzalo Quesada, l’entraineur du Stade Français, mesure parfaitement l’enjeu qui l’attend face à une équipe « morte de faim » qui a une revanche à prendre sur le destin. Mais le technicien argentin assure avoir bien préparé ses protégés tout au long de la semaine…

Gonzalo, pour la majorité des joueurs et du staff du Stade Français, il s’agira de leur première phase finale. C’est un peu un saut dans l’inconnu que votre équipe va effectuer samedi, en finale du Top 14, non ?

Oui, quelque part, on explore de nouveaux territoires. En tant que staff, on n’a pas beaucoup d’expérience des phases finales. On s’en est plutôt bien sorti en barrages et en demies. Une finale, ça reste nouveau pour nous. Ce parcours valide certaines convictions que l’on a au sein du staff. Si on est arrivé jusque-là avec, on va essayer d’aller au bout avec ça. Ce parfum de finale, c’est plutôt excitant mais aussi très exigeant car il y aussi beaucoup de détails sportifs et extra sportifs qui s’accumulent et cela fait des semaines un peu chargées.

Vous arrivez en finale après deux gros chocs, le Racing-Métro puis Toulon...

Quand on perd à Brive, on était vraiment déçu. On voulait gagner pour avoir la petite chance d’être deuxième. La victoire de Clermont nous laissait avec le seul rêve d’être 3e si Beauxis mettait la pénalité. Malheureusement, Lionel ne l’a pas fait. Le parcours du 3e impliquait de jouer Oyonnax à la maison un samedi. C’était plus accessible que le Racing. Jouer Toulouse ou Clermont nous paraissait moins dur, à ce moment-là, que le triple champion d’Europe. En finissant 4e, on a pris le chemin le plus dur. Ce sont deux exploits super que l’on a pu réaliser.

Et maintenant, place à Clermont donc.

Oui, le chemin de fer continue. On se retrouve face à Clermont, une équipe qui a une expérience des finales. Elle viendra avec un certain caractère et beaucoup de détermination pour aller chercher le titre qui lui échappe depuis quelques années. Surtout une année avec une finale déjà perdue. Je crois que c’est ça qui va les rendre très compliqués pour nous. Toulon avait peut-être faim mais ils ont tellement de titres qu’on a pu rivaliser. Clermont est mort de faim. Les joueurs se sont cassés les dents encore une fois cette saison et là, ils reviennent encore en finale du Top 14 pour aller chercher ce qui leur tend les bras depuis autant d’années. Sans langue de bois, je crois sincèrement qu’il n’y avait pas d’adversaire plus dur à retrouver en finale que Clermont. On va essayer d’y aller avec beaucoup d’ambition, sans frein, sans retenue et sans complexe.

Comment comptez-vous vous y prendre avec les jeunes joueurs de l’effectif, forcément impressionnés par le contexte ?

On ne va pas tout dévoiler. Mais on a une certaine perception de la gestion du stress, de la gestion de la préparation d’une équipe, d’une dynamique d’un groupe. C’est toujours toute une question d’équilibre. On ne peut pas faire semblant qu’il n’y a pas d’enjeu ou arriver en rigolant. Ça reste une finale et tôt ou tard, ils vont en prendre conscience. Si on arrive à ce moment-là sans les y avoir préparés, c’est la tétanie, direct ! On occupe leur attention sur les aspects du jeu qui vont être clés, plutôt que sur l’enjeu et sur ce qui va se passer si on gagne et si on perd. Ni le passé ni l’avenir ne nous intéressent.

Tout au long de la semaine, ils ont donc eu droit à une préparation spécifique ?

On veut juste avoir un plan clair, savoir quels seront nos rôles et savoir s’y employer en acceptant les erreurs, les temps forts, les temps faibles. On essaie d’occuper nos pensées avec ça sans trop se laisser polluer avec tout ce qu’il y a derrière et tout ce qui s’est passé avant. Cela peut être une situation de stress pour les plus jeunes, de pression pour les plus vieux. Ce sont eux qui voient les années passer, qui commencent à compter et savent que les finales n’arrivent pas toutes les années. On va essayer de ne pas mettre trop de tension sur les épaules des jeunes et de pression sur les épaules des vieux. Même si ça reste une finale, avec les amis qui demandent des places, la famille qui débarque, le contexte autour, la remise des maillots… il y a beaucoup de distraction mais bon ça rend l’événement un peu spécial. Après notre boulot, c’est de s’assurer que la tête des joueurs est vraiment focalisée sur leur tâche.

Clermont est un club pour lequel vous avez beaucoup de respect...

Le modèle clermontois, c’est un de mes modèles d’inspiration. Je n’ai pas eu accès à l’intimité du club quand je travaillais avec Morgan (Parra, ndlr). Je restais dans mon coin. Mais je connais un peu ce que le club dégage, avec une ambiance anglo-saxonne, très organisée, avec la famille, des valeurs du club et du maillot au sein d’une structure professionnelle. J’aime bien. Je crois que créer une bande d’amis, une vraie famille, sincère, honnête, avec des gens qui ne font pas semblant, avec des personnes qui ont un niveau d’engagement très grand pour nos rêves, me parait très important. Mais pour que ça marche, il faut une certaine méthode. Clermont, c’est un projet qui a maintenant plusieurs années. Il y a une certaine continuité qui arrive à maturité et qui arrive à rester en haut de tableau. Qu’au bout de deux ans, on soit invité à les affronter, c’est déjà un honneur car j’ai beaucoup d’admiration pour ce que fait Clermont depuis des années.

Ce parfum de finale, cette possibilité de remporter le titre, c’est aussi ce qui a motivé votre venue au Stade Français. Vous réalisez le chemin parcouru depuis votre arrivée ?

J’ai accepté le challenge du Stade Français il y a deux ans parce que mon petit rêve était de faire partie de la nouvelle ère du club, de son retour, avec de nouvelles personnes, une nouvelle culture mais une identité de base qui restera toujours la même. J’ai rêvé de retourner en finale et d’avoir peut-être un titre. Mais jamais je n’aurai pensé que cela arriverait la deuxième année. J’avoue que je serais déçu si on n’est pas champions. Mais je sais que si on continue à préparer cette semaine dans tous les détails et que j’ai tout donné tout ce que je pouvais et que ça suffit, je serai très fier.

Et si vous échouez ?

Si ça ne suffit pas, il n’y aura pas de regrets. Je vais essayer de contaminer les joueurs avec cette façon de penser. J’aimerais, si on devait avoir des larmes à la fin du match, que ce soient des larmes d’émotion, de s’être vidés et que ça ne suffise pas plutôt que des larmes de colère pour ne pas avoir été à notre vrai niveau. Voilà notre challenge. J’espère qu’on aura des larmes d’émotion de toucher ce Bouclier qui manque tant à notre cher Stade Français.

dossier :

Stade Français

la rédaction avec Laurent Depret