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Stade Toulousain: l’équipe dans le rouge, les finances aussi

Thierry Dusautoir et les joueurs du Stade Toulousain

Thierry Dusautoir et les joueurs du Stade Toulousain - AFP

Défait dimanche sur sa pelouse par le leader La Rochelle (21-27), le Stade Toulousain a peut-être dit adieu à une qualification pour les phases finales. Un cataclysme pour le club le plus titré de France, qui doit aussi faire face à une crise financière et une gouvernance en berne. Etat des lieux.

Le guerrier se tient déjà là, devant les journalistes, quelques secondes à peine après le coup de sifflet final du match entre le Stade Toulousain et la Rochelle (21-27). Le visage marqué par le combat, pommette et front éraflés, Thierry Dusautoir a vite voulu expédier ses obligations médiatiques, miné par une dixième défaite cette saison, la troisième à domicile, avec cette perspective de phases finales qui s’échappe. Quand la question sur l’histoire du club et la possibilité de faire partie de l’équipe qui ne le qualifiera pas arrive, il souffle et fait la moue… Lui et ses coéquipiers ont-ils ça sur les épaules ? « On a beaucoup de choses sur les épaules, dit-il. Déjà, on a la responsabilité de notre saison, qui n’est pas géniale. On a sept journées pour redresser la barre et réussir à aller chercher une qualification. Pour maintenir, au moins, le club là où il a toujours été et là où on l’a tous trouvé. »

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Car pour la première fois depuis 1982, le Stade Toulousain pourrait ne pas participer aux phases finales du championnat de France. Pire, il pourrait du même coup ne pas être au départ de la prochaine édition de la Champions Cup et aller goûter aux joies du Challenge Cup. Pour le club aux 19 Boucliers de Brennus et 4 Coupes d’Europe, ça fait tache. Et ça ne manquerait pas d’être souligné. « C’est normal qu’on le prenne en pleine figure, avoue le manager Ugo Mola. On ne cherche pas non plus à être épargné, ça fait partie du jeu. L’histoire du club doit être un moteur et non un frein. Après, il y a aussi des raisons. Et peut-être qu’avec le flottement ambiant autour de nous, il nous tarde que ce soit clair. Avec mon staff et les joueurs, on ne se préoccupe pas trop de l’histoire du club, même si beaucoup de joueurs ici, et des membres de l’encadrement, ont participé à cette histoire. »

Le flottement ambiant… Les difficultés sportives délient les langues. Staff et joueurs n’ignorent donc pas les difficultés financières du Stade Toulousain, qui après trois saisons déficitaires, a épuisé ses fonds propres. A la louche : - 700 000 euros, - 1,2 million, - 1,3 million. Le trésor de guerre s’est envolé. Et on frôlerait les 1,9 million pour l’exercice actuel. Pour ne rien arranger, Midi Olympique révèle ce lundi que l’actionnaire Fiducial (10% du capital) cherche à se désengager. Manœuvre politique des dirigeants (écarter ce partenaire pour s’éviter un futur retour de Novès à ses côtés ?) ou vrai volonté économique, il faudrait, quoi qu’il en soit, trouver au bas mot 3 millions d’euros pour stabiliser la situation. Car selon nos informations, la DNACG s’intéresserait de près à la situation toulousaine. Ce qui ferait peser la menace d’une interdiction de recrutement si rien ne change.

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Bouscatel vers la sortie

Pourtant, les solutions existent. Un nouvel emprunt, à travers une hypothèque des installations d’Ernest-Wallon, est possible. Mais ce serait encore de l’endettement… Selon une source proche du club, un nouveau tour de table permettrait de remettre au pot : « Il y a une économie suffisante à Toulouse pour avoir un grand club ». Et les sponsors historiques seraient encore enclins à aider le Stade Toulousain. Avec une solution visiblement unanime : un renouveau de la gouvernance et le départ du président René Bouscatel, qui cristallise les critiques. Visiblement sonné et hagard à la fin du match face à La Rochelle, l’historique dirigeant souhaitait ajouter deux unités à ses vingt-trois années de règne. Mais en plus de la défiance des partenaires (et de la municipalité), il n’aurait plus la majorité du conseil de surveillance derrière lui. Juste le respect de certains membres du club, qui souhaiteraient lui ménager une porte de sortie décente. La situation sportive et financière comme un tournant, pour fermer le chapitre des « 30 glorieuses » du duo Bouscatel-Novès et leurs neuf titres de champions de France et quatre Coupes d’Europe.

Dans les coulisses, reste alors à trouver un successeur. L’ancien 3e ligne Didier Lacroix, parfait rouage entre le club et les sponsors, ne peut être à la fois président et directeur de la régie publicitaire. Du moins pour le moment… Hervé Lecomte, président du conseil de surveillance depuis deux ans, a-t-il l’étoffe pour incarner le renouveau stadiste, à l’heure où le bateau tangue comme jamais il n’a tangué sous l’ère professionnelle ? Les tractations ont déjà commencé. Elles promettent d’être âpres. Et quid du sportif ? Tout le staff est sous contrat jusqu’en juin 2018. Le bilan financier ne permet pas de payer une année de salaires aux entraîneurs (Mola, Servat, Bouilhou, Elissalde, Broncan) à l’issue de cette saison. Procèdera-t-on à des retouches ? Pas évident quand on ne sait pas qui sera président fin juin. De quoi épaissir le brouillard dans lequel est rentré le Stade Toulousain. Et personne ne sait quand arrivera l’éclaircie…

Wilfried Templier