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Galthié : « Twickenham, ça pue le rugby ! »

Fabien Galthié

Fabien Galthié - -

Ancien capitaine du XV de France et vainqueur du Grand Chelem 2002, Fabien Galthié -64 sélections au compteur- connait fort bien le XV de la Rose, contre qui il a croisé le fer à plusieurs reprises. Entretien made in England avec l’actuel entraîneur de Montpellier.

Que vous inspire Twickenham ?

J’adore ce stade. Pour moi, ça a toujours été le temple du rugby. J’aime, j’aime vraiment. On va à la messe, c’est le temple. Ca « pue » le rugby ! C’est vraiment une autre culture. Notre culture, elle est née là, avec la mode anglaise, parce que notre sport, il est Anglais.

Quels souvenirs conservez-vous de cette enceinte mythique ?

Quand tu rentres dans le hall des joueurs, tu as partout des plaques qui commémorent les grandes victoires. Avec à chaque fois un petit récit. Quand tu rentres dans cet endroit, c’est un lieu de commémoration. Cette culture, c’est gravé. A l’extérieur de Twickenham, sur le parvis, tu as tous les noms des joueurs qui ont porté le maillot du XV de la Rose, avec les empreintes, les mains. C’est … (il souffle). Et à côté de ça, tu as les pique-nique, ça respire le rugby. Tu sens que tu rentres dans un lieu spécial. Ça compte dans l’atmosphère qui se dégage de ce lieu.

Comprenez-vous cette rivalité, qui peut parfois virer à la haine ?...

Non, je ne comprends pas qu’on dise qu’on n’aime pas les Anglais. Ce sont eux qui ont inventé notre sport. Je ne comprends pas qu’un joueur de rugby dise : « Je n’aime pas les Anglais ». Ce sont eux qui ont inventé les règles et donné à ce jeu ses lettres de noblesses.

France-Angleterre est-il un sommet en termes de « chambrage » entre joueurs ?

Ça fait partie de la culture. Et nous, quand on bat les Anglais, on n’est pas chambreurs, on est presque agressifs. Eux, ils ont cette distance avec l’évènement qui fait qu’ils vont te dire « good match » ou ce genre de chose. Mais nous, on est presque agressifs. Ils peuvent très bien dire que le Gaulois est un peu bagarreur. Ca dénote de l’intelligence, la façon de vivre ce sport toujours avec du recul. Moi, je les ai vus perdre, se faire bousculer par les Irlandais, les Gallois. Ils prennent la chose avec beaucoup de fair-play. Ils ont beaucoup de respect pour ceux qui les battent.

Défier l’Angleterre sur ses terres peut parfois virer au cauchemar…

Très vite, quand vous êtes bousculés, vous pouvez entendre « Swing low, sweet chariot ». Très vite, dès que les Anglais prennent la main sur le ballon, dès qu’il y a des grosses séquences, ils chantent ça. Après, ça se complique. Tu passes un moment difficile. Il faut dire qu’ils ne sont pas très agréables. Je me souviens de moments où tu as l’impression de ne plus pouvoir respirer, d’être envahi par une vague. Il y a une sorte de communion très forte et eux, ils jouent beaucoup avec ça. Ils en ont besoin. On les sent se porter mutuellement. Mais le plus beau, c’est « God Save the Queen ». Ça, c’est la messe.

Que pensez-vous du cru anglais actuel ?

Ils ont vachement densifié leur équipe, ils sont sur une très bonne dynamique, ils construisent leurs victoires sur la confiance. Et nous, c’est l’inverse. Si tu regardes l’équipe de départ, entre le premier match du tournoi et là, tu sens que … ça tangue.

La cuillère de bois vous fait-elle peur ?

On n’y est pas encore, il y a des matchs à jouer. Souvent, on se projette sur le Grand Chelem trop tôt. Là, à mon avis, on se projette trop vite aussi. Je pense qu’il peut se passer des choses.

Propos recueillis par Julien Landry