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Mondiaux de ski: quelles ambitions pour l’équipe de France?

Les Mondiaux de ski débutent ce lundi à Cortina d'Ampezzo et se poursuivront ensuite jusqu'au 21 février. RMC Sport fait le point sur les chances de médailles et les objectifs du clan tricolore en Italie.

Deux ans après des Mondiaux d’Are ponctués par un bilan correct de trois médailles dont un titre, l’équipe de France de ski alpin arrive à Cortina d’Ampezzo, dans les Dolomites, avec toutes les raisons de croire en sa bonne étoile. Avant le début des épreuves (du 8 au 21 février) et notamment le combiné féminin ce lundi, l'espoir est de mise pour les Bleus.

"Trois ou quatre médailles est un objectif qui nous paraît tout à fait abordable, c’est une évidence", avance ainsi Fabien Saguez, DTN de la fédération française de ski, pour RMC Sport. Les faits ne peuvent que lui donner raison. Décryptage de nos chances bleues.

Pinturault, l'arme n°1 

Victorieux depuis le début de sa carrière dans six disciplines en Coupe du monde (slalom, slalom géant, super G, combiné, slalom parallèle, géant parallèle), Alexis Pinturault est un skieur à la polyvalence exceptionnelle et incomparable dans l’histoire du ski alpin. Actuel leader de la Coupe du monde et skieur en activité le plus victorieux (33 succès), il fait preuve d’une régularité à toutes épreuves cet hiver. Ses résultats récents lui confèrent un statut très légitime de favori en slalom géant (il a remporté les trois dernières courses de la spécialité), et sur le combiné (dont il est champion du monde en titre).

Par ailleurs, souvent critiqué ces dernières années pour ses nombreuses sorties de routes en slalom, "Pintu" a gagné depuis peu en constance dans cette discipline "à la faveur notamment de réglages toujours plus pointus de son matériel" explique Sébastien Amiez, le vice-champion olympique en 2002. Au point de systématiquement finir dans les points depuis le début de l’hiver, avec à la clé deux podiums, à Flachau et Schladming en janvier qui laissent entrevoir un espoir de médaille supplémentaire.

Enfin, Alexis Pinturault s’alignera en tout début des Mondiaux sur le Super-G. L’épreuve sur laquelle ses chances de briller sont les plus minces, sa dernière victoire dans la discipline remontant à mars 2014. Quel que soit son résultat, prendre le départ de cette course lui permettra de découvrir la piste "Vertigine" en vue de l’épreuve de vitesse du combiné qui s’y tiendra le lendemain.

Worley, un retour à point nommé

L’histoire de Tessa Worley avec les Mondiaux est faite de passion et de beaucoup d’or. En six participations à des championnats du monde, la "Puce" du Grand-Bornand a remporté quatre médailles d’or et une en bronze. Depuis Saint-Moritz en 2017, elle est même double championne du monde de slalom géant et de Team Event. Alors oui, en quatre ans passés depuis ces Mondiaux suisses, elle n’a gagné que trois courses en Coupe du monde.

Mais comme un symbole, la dernière en date, c’était fin janvier lors du géant de Kronplatz (Italie), dernière répétition avant Cortina. Entre-temps, Worley a souffert d’un genou, a tenté de faire avec, a dû tirer un trait sur une partie de son hiver 2019-2020, a finalement subi une intervention chirurgicale pour nettoyer l’articulation douloureuse début 2020. Mais elle a fini, comme ce fut déjà le cas après sa rupture d’un ligament croisé fin 2013, par revenir au plus haut niveau en slalom géant. Lentement mais sûrement. Neuvième à Solden en octobre puis troisième à Courchevel en décembre, elle s’est hissé sur la deuxième marche du podium à Kranjska Gora mi-janvier avant donc de s’imposer à Kronplatz dix jours plus tard.

Au point de faire aujourd’hui partie des prétendantes les plus sérieuses au podium dans cette discipline, avec l'Italienne Marta Bassino et le Suissesse Michel Gisin. "Je veux jouer devant, je veux pouvoir être au contact des meilleures pour la victoire. L’objectif, on ne va pas se le cacher, c’est la médaille", lance ainsi Tessa Worley.

Attention tout de même, la piste Tofane de Cortina d’Ampezzo ne présente pas de pentes vertigineuses, ni de conditions de neige ultra glacées comme à Kranjska Gora et Kronplatz. Un terrain moins favorable pour Worley, adepte des conditions extrêmes, mais qui ne devrait pas lui poser trop de problèmes selon Sébastien Amiez, car "on l’avait vu à Garmisch en 2011 avec le bronze mondial obtenu sur une piste facile, elle sait s'adapter à tous les terrains".

Noël, l’or dans le viseur mais…

On a quitté Clément Noël dans le somptueux écrin du massif du Mont Blanc "un peu désabusé" de ne pas parvenir à enchaîner les courses sans accroc depuis le début de l’hiver. Désabusé dans les mots, passablement énervé dans l’attitude et sur le fond. La raison? Le pensionnaire du CS Val d’Isère venait de croiser les skis lors de la manche inaugurale du slalom dominical de Chamonix fin janvier, hypothéquant toutes chances de succès, au lendemain d’une journée parfaite à l’issue de laquelle il avait fini par lever les bras pour la première fois de la saison lors d’un slalom déjà disputé sur la Verte des Houches.

Clément Noël, c’est un peu ça cette saison, et même depuis le début de sa jeune carrière. Le feu et la glace, le chaud et le froid. Tout ou rien. Rien que cet hiver, il a connu autant de podiums (3) que de disqualifications ou éliminations (3). Malgré tout, sa forme semble ascendante, ses trois podiums ayant tous été obtenus lors de la deuxième quinzaine de janvier, lors de trois courses où le Vosgien aura aussi montré qu’il était capable de plus de maîtrise globale sur des pistes aussi bien faciles que difficiles. A n’en pas douter, il fera partie des grands favoris pour l’or mondial, en compagnie de l’Autrichien Schwarz, du Suisse Zenhausern, et des Norvégiens Kristoffersen et Foss-Solevaag. "Avec son ski risqué et engagé, il a toutes les cartes en main pour décrocher l’or", observe Sébastien Amiez. N’oublions pas qu’à seulement 23 ans, Clément Noël compte déjà sept victoires en Coupe du monde.

La vitesse masculine, des outsiders pour la médaille

Cela fait désormais cinq ans qu’un Français n’a plus levé les bras après une descente en ski alpin. Dernier en date, Adrien Théaux, fin 2015 à Santa Caterina, n’a même pas été sélectionné pour ces championnats du monde à Cortina. Dire dans ce contexte qu’un Français pourrait décrocher l’or mondial dans la discipline reine relèverait de la chimère. Pourtant, il en est un qui depuis quelques hivers tourne autour du pot, c’est Johan Clarey.

A 40 ans passés de quelques jours, le Tignard a encore réussi en janvier à monter sur la deuxième marche de la mythique descente de Kitzbühel. Le huitième podium de sa carrière en Coupe du monde. Son âge ne semble pas être un handicap, bien au contraire. Il lui confère une expérience quasi-inégalée sur le circuit. Un bémol toutefois, comme les autres skieurs, il va arriver à Cortina avec une méconnaissance totale des lieux, la station ne figurant plus depuis des lustres au calendrier masculin.

On suivra également de près les performances en descente et en Super G de Nils Alègre. En forme ascendante malgré des douleurs récurrentes et très handicapantes à un tibia, il vient d’échouer au pied du podium du Super-G de Garmisch Partenkirchen, en Allemagne. "De bon augure, selon Sébastien Amiez. Il va être outsider, il pioche un peu avec le tibia, mais quand il faut mettre le dossard, y'a pas de soucis!" 

Les inconnues du géant parallèle et du Team Event 

La France pourrait bien par ailleurs briller dans plusieurs autres disciplines. Le Team Event notamment, dont elle est tenante du titre, même si les Bleus devront se passer d’Alexis Pinturault, trop occupé par ailleurs, et faire avec une Tessa Worley peut-être au frein à main, elle dont le principal objectif, le slalom géant, aura lieu au lendemain de cette épreuve par équipe.

Enfin, le slalom géant parallèle est difficile à décrypter. Bien sûr les favoris naturels seront les meilleurs géantistes au départ, mais Fabien Saguez, le DTN de la FFS prévient: "Il va y avoir des surprises et il faudra jouer le coup à 200%, être bon à ce moment-là". Dans ce contexte, des skieurs moins en vue cette saison comme Matthieu Faivre ou Thibaut Favrot pourront peut-être tirer leur épingle du jeu. 

Arnaud Souque