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UFC: Le despote tchétchène Kadyrov célèbre Khabib et lui offre une Mercedes (mais a-t-il vraiment le choix?)

Champion des légers de l’UFC, Khabib Nurmagomedov a conservé sa ceinture en dominant Conor McGregor samedi dernier à Las Vegas lors de l’événement UFC 229. De quoi être honoré dans une réception par Ramzan Kadyrov, l’autoritaire et despotique "président" tchétchène qui en a profité pour le faire citoyen d’honneur de Tchétchénie et lui offrir une Mercedes. Mais le combattant daghestanais pouvait-il échapper à cette opération de relations publiques même s’il le désirait ? Sans doute pas. Question de sécurité. Explications.

Il l’avait déjà félicité à l’issue de sa victoire sur Conor McGregor, le remerciant via les réseaux sociaux d’avoir transformé la tête de l’Irlandais en "tableau peint couleur rouge sang". Mais Ramzan Kadyrov n’est pas du genre à faire les choses à moitié. Alors à l’heure de célébrer le succès de Khabib Nurmagomedov dans le combat tant attendu de l’événement UFC 229, le président despotique et autoritaire (décrit par beaucoup comme un dictateur de fait) de la Tchétchénie a décidé de mettre les petits plats dans les grands avec une réception en l’honneur du champion des légers de l’UFC durant laquelle le très controversé dirigeant a fait du Daghestanais un citoyen d’honneur de la Tchétchénie avant de lui offrir une rutilante Mercedes.

Les deux ont aussi posé ensemble sur plusieurs clichés, le sulfureux manager du combattant, Ali Abdelaziz, dont tous les combattants tchétchènes de sa société Dominance MMA sont liés à Kadyrov, lâchant même ce commentaire sur un cliché-selfie du "leader" avec son poulain : "Unité, fraternité et respect. (…) Nous ne sommes pas parfaits mais on fait toujours de notre mieux." On sait, on sait, Khabib n’est pas le premier sportif à se faire prendre au jeu des invitations de Kadyrov pour permettre à ce dernier des coups de relations publiques. Diego Maradona, Ronaldinho, Mohamed Salah, Floyd Mayweather et d’autres, ils sont nombreux – dont plusieurs combattants stars de l’UFC comme Fabricio Werdum, Chris Weidman ou Frank Mir – à être tombés dans un panneau qui les voit mettre leur notoriété au service d’un régime pointé du doigt par tant d’associations de défense des droits de l’homme. Mais avec Nurmagomedov, la chose se complique encore un peu plus.

"Je comprends sa position"

Entre sa passion pour les sports de combat (il a créé en 2015 à Grozny le gymnase Akhmat MMA et la structure d’organisation de combats World Fighting of Akhmat, nommés en hommage à son père et ancien président Akhmad Kadyrov, assassiné dans un attentat en 2004) et la proximité du Daghestan voisin, Khabib a tout de la cible parfaite pour le despote. "Khabib est un cas un peu spécial pour Kadyrov, décrypte Karim Zidan, journaliste spécialisé auteur de nombreux articles passionnants sur ce thème. La plupart des sportifs invités viennent seulement assister à un show pour un coup de relations publiques, pour être filmés et photographiés avec lui. Khabib a été invité car il parle la langue et que les gens le respectent beaucoup dans le Caucase. Kadyrov l’a donc fait venir en mai 2016 pour un séminaire, une masterclass qu’il a dispensée dans son club de combat à Grozny. Il est venu au moins deux fois pour assister à des événements de l'organisation de Kadyrov."

On comprend vite que le garçon n’a juste pas le choix. "Pour quelqu’un comme Khabib, qui a toute sa famille dans la région, dont certains s’entraînent dans le club de combat de Kadyrov, que peut-il faire ? Kadyrov peut mettre la pression sur Khabib et sa famille et leur rendre la vie difficile, explique notre témoin. Doit-il répondre à l’invitation de Kadyrov et dire les quelques trucs qu’il attend, assurant la sécurité de tout le monde, ou entamer un clash avec lui ? Je comprends sa position." Karim Zidan va trop loin ? Oh que non. Il suffit d’évoquer le cas Fedor Emelianenko, qu’il avait raconté dans un article pour le site Bloody Elbow en octobre 2016, pour saisir.

L'exemple Fedor

Fedor, l’un des plus grands poids lourds de l’histoire du MMA, venait alors de critiquer Kadyrov pour avoir organisé des combats entre… enfants (dont les siens d'ailleurs !). Quelques jours plus tard, et alors qu’un certain Khabib s’était rangé du côté du dictateur dans ce débat, sa fille de seize ans était agressée dans les rues de Moscou. Si l’implication du dirigeant proche de Vladimir Poutine et de son clan dans l’incident ne sera jamais prouvée, Kadyrov venait alors de réclamer à certains de ses fidèles d'effacer leurs insultes sur Fedor (balancées en raison des critiques de ce dernier sur les combats d'enfants) sur les réseaux sociaux car le combattant avait sans doute "compris son erreur". Bref, il y a bel et bien des risques à ne pas suivre les envies du despote. Khabib, qui essayait de s’en éloigner ces derniers mois en ne le mentionnant jamais s’il pouvait l’éviter, et qui semblait avoir un peu réussi quand Kadyrov a soutenu le rappeur russe Timati dans un clash verbal avec le combattant ces dernières semaines, a bien compris la chose et ne jouera pas avec le feu. On peut le comprendre.

Alexandre Herbinet