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MMA: "Comme dans un rêve", Benoît Saint-Denis raconte l’UFC Paris et lance quelques défis

Premier des cinq combattants français à monter dans la cage lors de l’UFC Paris, début septembre, Benoît Saint-Denis a signé une victoire magistrale sur Gabriel Miranda, porté par un public en fusion. L’ancien militaire a accordé une interview à RMC Sport pour raconter cette "expérience inoubliable". Sans oublier de se projeter sur la suite, avec ambition et quelques noms déjà en tête.

Ses souvenirs de l’ambiance folle à l’UFC Paris

"Ça a été une soirée forte en émotions, qui m’a fait prendre conscience de l’engouement pour le MMA en France. Le public a répondu présent et a été incroyable. Je ne m’attendais vraiment pas à ça. J’ai été agréablement surpris. C’est une expérience inoubliable. Ça m’a presque fait passer dans le monde virtuel. J’ai essayé de rester concentré sur mon combat, car il fallait le mener, mais j’ai été un peu pris par l’engouement populaire. J’ai eu des phases où je n’étais pas là, où j’étais absorbé par l’événement et le public, mais j’ai réussi à me reconcentrer entièrement sur mon adversaire et sur ce que j’avais à faire dans la cage. C’était incroyable, c’était le feu. J’entendais des ‘Benoît !’ à droite à gauche, ça chantait, ça criait. C’était presque comme dans un rêve. Je n’ai pas vu le temps passer. Sur les moments arrêtés, par exemple quand j’étais en garde latérale et que je commençais à mettre mon ground-and-pound en place, cet engouement te pousse. Ça va t’inviter à donner un coup de coude en plus au sol, alors que tu ne l’aurais peut-être pas mis sans ce public… C’est grisant mais il ne faut pas se laisser dominer par la foule car elle ne peut pas rentrer dans la cage. (Rires.) Mais c’est une énergie ultra positive si tu sais bien l’utiliser et je m’en suis servi notamment sur ce ground-and-pound, où j’ai vraiment été généreux."

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Envie de vite combattre sur un nouvel UFC en France?

"Je sais que l’UFC en France sera une fois par an ou une fois tous les deux ans. J’aurai absolument envie d’être sur la carte, c’est sûr et certain, peu importe où ce sera, mais je veux rester actif, je veux combattre. C’est le principal. Mais bien sûr, à l’approche d’un combat, je serai capable d’annuler ou de repousser une date potentielle pour être présent, et avec 100% de mes moyens cette fois-ci, sur un UFC en France."

Sa victoire par TKO sur Gabriel Miranda à Paris

"C’est un combat que j’aurais peut-être pu finir très vite car dès le premier middle kick, j’ai senti que je l’avais marqué. Le problème, c’est que quand je pose la jambe après mon premier middle, je sens tout de suite qu’il y a un truc qui ne va pas au niveau de l’orteil. C’est quelque chose qui m’aura gêné tout au long de ma préparation et jusqu’au combat. On n’était pas sûr que je puisse combattre car j’avais des fils de l’opération qui commençaient à ressortir suite au bain chaud pour perdre du poids pendant le cutting. Ça a été la problématique de tout ce camp, le faire sans plaisir, dans la douleur, et essayer d’être en forme pour le combat. Ce qui a payé dans ce combat, ce sont tous mes précédents camps d’entraînement et mes acquis qui sont ressortis. C’est ce que je retiens. Il y a désormais des choses fortes ancrées en moi, des bases solides même en méforme, et c’est rassurant."

Une préparation chamboulée par une opération à l’orteil

"Ça doit faire trois mois maintenant. C’est une opération où d’ordinaire, tu ne sollicites plus l’orteil pendant deux mois, ou alors au bout d’un mois sous forme de réathlétisation et rééducation kiné. C’est le tendon du gros orteil, extenseur-fléchisseur, qui était touché. Du coup, ce sont les appuis. Essaie de te balader sans gros orteil, tu vas voir que c’est compliqué… J’ai repris au bout d’un mois, dans la douleur car il fallait se remettre au travail avec l’UFC Paris cinq semaines plus tard. Puis j’ai eu une infection sur l’orteil car j’ai repris trop tôt et le pied s’est rouvert. J’ai été sous antibiotiques une dizaine de jours et quand j’ai repris, il me restait trois semaines. J’ai serré les dents. On a fait ce qu’on a pu, le meilleur bricolage possible, de manière à avoir quand même de bonnes sensations pendant le combat, et ça a fini à ne pas trop mal me sentir les trois derniers jours même si je voyais bien que le pied n’était pas à 100%. Même à l’échauffement, il y a des choses que je ne pouvais pas faire mais je me suis dit: 'J’ai quinze minutes à serrer les dents et ça va passer'. Je pensais à une entorse ou à une fracture de l’orteil mais je ne m’attendais pas à ça, que ça se rouvre autant sur la cicatrice post-opératoire."

Combien de repos nécessaire vu cette blessure?

"Ça va mériter d’être suturé et surtout ce que je suis en train de faire, de la rééducation et de la kinésithérapie. Ça tombait bien, j’ai eu mes quinze jours de repos après le combat, puis on a commencé le travail avec le kiné pour que l’orteil se relève et se rebaisse. On est déjà à 70-75% donc on est content. Le tendon n’a pas été touché pendant le combat mais ça a bien rouvert et ça a encore retardé la cicatrisation. Je pense que ce sera vraiment de l’histoire ancienne d’ici un mois. Et d’ici là, reprise progressive et réathlétisation de l’orteil."

Aurait-il reporté le combat si cela n’avait pas été Paris?

"Ouais, clairement. C’était vraiment compliqué. On aurait voulu Londres fin juillet à la base pour enchaîner après Las Vegas, car je partais du principe que je n’allais pas me faire opérer mais recombattre dans le même état, avec un orteil à 70% mais sain, sans ouverture. Forcément, l’UFC voulait Paris, ce qui était logique, et on s’est dit qu’on allait opérer et que ça allait passer pile-poil dans le timing. Mais ce n’est pas passé. On a joué à pile ou face et on a tiré la mauvaise face mais on a tout de même eu énormément de chance dans cette malchance car on a réussi à bricoler et à être à peu près prêt pour le combat car c’était super important d’être à l’UFC Paris."

Benoît Saint-Denis en communion avec le public après sa victoire sur Gabriel Miranda à l'UFC Paris en septembre 2022
Benoît Saint-Denis en communion avec le public après sa victoire sur Gabriel Miranda à l'UFC Paris en septembre 2022 © AFP

Aucun regret d’avoir combattu à Paris et pas à Londres?

"Non, au contraire. Si j’avais eu des lésions à très long terme, ça m’aurait embêté mais non, pas de regret, c’était la chose à faire. Si j’avais fait Londres, j’aurais peut-être endommagé le tendon plus que possible. Il fallait opérer mais les délais ont été très courts. Au final, j’ai une bonne étoile et ça s’est bien résolu mais on est passé par des moments très douloureux."

Qui dans le viseur pour la suite?

"Le combat qui me ferait rêver, et c’est ce qu’on est en train d’essayer de demander, c’est Rafael dos Anjos à Rio en janvier. Ce serait incroyable. On m’a donné un mec classé dès mon premier combat, dans une catégorie de poids supérieure, donc après deux victoires avant la limite, je ne vois pas pourquoi on ne me redonnerait pas un mec classé mais dans ma catégorie cette fois. L’objectif serait de faire un gros bond en avant au classement et prouver que je suis prêt pour ces gars-là, ce que je sais. J’ai envie d’aller dans la cage avec eux et revivre des moments que j’ai pu vivre avec Zaleski mais dans ma catégorie de poids, à armes égales. Dos Anjos? On pousse de notre côté et on verra si ça aboutira ou pas. Je suis jeune dans l’UFC, ce gars-là est une légende et j’ai énormément de respect pour lui. Il aura sûrement le choix entre trois-quatre adversaires s’ils le mettent sur la carte de Rio, ce qui paraît logique. Je ne suis clairement pas encore en position de demander des noms comme ça mais on les demande car je commence à prendre un minimum de légitimité avec ces deux victoires avant la limite. S’il n’adhère pas aux deux premiers noms qu’ils lui proposent, et qu’il a envie de faire un nouveau France-Brésil avec Benoît Saint-Denis, on le fera.'

Dos Anjos ou pas, objectif membre du top 15?

"C’est ce dont je rêve et ce dont j’ai envie. En fonction des trajectoires qu’ils te tracent, l’UFC te faciliter ou te compliquer le chemin et te faire monter vite ou pas. Ça va dépendre des retours qu’ils ont sur ma performance, sur mon style, de la communauté qui me suit. Du coup, j’invite tous les Français à me donner un maximum de soutien là-dessus car plus vous êtes nombreux à me regarder et à avoir envie de me voir me fritter avec les meilleurs dans la cage, plus j’ai des chances d’y arriver. Dans le pire des cas, j’aimerais un mec du top 20-25 pour me rapprocher de la fameuse ceinture."

Son style généreux qui plaît aux fans de MMA

"J’ai un style basé beaucoup sur l’instinct et le combat pur, dans sa forme traditionnelle. L’état d’esprit du combat que j’avais à l’armée, c’est un peu l’état d’esprit du combat à mort. Dans ma tête, quand je rentre dans la cage, je suis conditionné à gagner et surtout à ne pas me faire finir, ce qui fait que je serai toujours un adversaire compliqué. Je ne me rends pas la tâche facile pour gagner car je veux mettre une énorme pression pour le faire lâcher en face et qu’il n’y ait pas de doute dans la tête des gens. Il y a des côtés où je suis tactique mais ma manière de combattre fait que les gens auront effectivement la dose d’engagement qu’ils sont venue regarder."

Paddy Pimblett a mis des soumissions à dix militaires de suite… envie de le défier?

"Paddy, ça ne m’excite pas car je ne le trouve pas bon, pour être honnête. Ce n’est pas qu’il n’a pas de menton mais il se jette comme un débutant. Pour le moment, il est tombé contre des mecs qui n’avaient pas trop de lutte. Il a un très bon sol mais je ne sais pas comment les mecs se retrouvent à chaque fois à l’avoir dans le dos alors qu’ils dominent au début… Arman Tsarukyan l’a défié et on n’a vu aucune réponse. Par contre, si Tsarukyan manque d’adversaire, c’est un combat qui m’excite. Je ne suis pas là pour le buzz mais pour le côté sportif. Mon but est de faire des guerres et de taper des mecs comme Elizeu que j’ai pris alors que personne ne voulait le prendre. Tsarukyan en fait partie. Si tu as envie, je suis là et je suis prêt à te faire la guerre. C’est avec un mec comme ça que j’ai envie de me jauger. Il fait partie de mes cibles potentielles car sportivement, pour les spécialistes, une victoire contre ce gars-là et ils se diraient que la ceinture n’est pas juste un rêve pour moi mais du domaine du réalisable. Mon prochain objectif est de taper un mec dans ce style-là et que la prochaine fois qu’on parle de moi, on dise qu’on a en France un challenger possible pour la ceinture des légers. Je veux être vendeur par deux choses : la violence et l’intensité de mes combats mais aussi le niveau sportif que j’apporterai dans la catégorie. Je vais continuer à travailler dur pour essayer de concilier ces deux choses-là car si tu les as, l’UFC te fera ta communication d’elle-même."

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport