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Grand Prix de France: pourquoi la F1 fait de nouveau vibrer le public

Si la Formule 1 a toujours eu ses passionnés, sa base de fidèles, elle avait été délaissée par une bonne partie du grand public il y a quelques années. Aujourd’hui, elle cartonne, notamment chez les jeunes. Avant le Grand Prix de France ce week-end au Castellet, explications.

Deux ans après, la F1 fait son retour au circuit Paul-Ricard du Castellet ce week-end, pour un très attendu Grand Prix de France. Une course à laquelle pourront assister dimanche 15.000 spectateurs, et que des millions d’autres suivront depuis chez eux, du Mexique à l’Allemagne, en passant par la Russie, l’Angleterre, et bien sûr l’Hexagone. Depuis plusieurs années désormais, la Formule 1 passionne de nouveau. Voici pourquoi.

Parce que Netflix est passé par là…

Grâce à ses champions qui ont marqué les esprits, comme Niki Lauda, Michael Schumacher ou Juan Manuel Fangio pour les plus anciens, ses rivalités restées gravées dans les mémoires, notamment celle entre Alain Prost et Ayrton Senna, ses joies et ses drames, la F1 a toujours été un sport mécanique respecté, admiré. Pendant longtemps, et à l’exception de ces grands noms, elle a aussi eu l’image d’une discipline de "fils à papa" fades, ennuyeux, interchangeables. Mais ça, c’était avant Netflix.

La plateforme américaine a révolutionné l'image de la Formule 1 en lançant début 2019 sa série documentaire "Drive to survive" ("Pilotes de leur destin" en VF) autour du championnat du monde 2018. Plus que les courses, les épisodes – généralement anglés sur une écurie ou un pilote – montrent les coulisses de la F1, et rendent ses acteurs attachants. Le public y a découvert des pilotes drôles (Daniel Ricciardo, mais pas que), avec de la répartie, mais aussi des pilotes parfois sans pitié entre eux, et des pilotes qui doutent malgré leur ego souvent conséquent. Face à la pression des résultats, la pression des équipiers, des dirigeants, celle de se retrouver sans volant pour la saison d’après.

Le projet a été rendu possible par le rachat en 2017 des droits commerciaux de la F1 par le groupe américain Liberty Media: conscient que le "verrouillage" des images à l’ancienne n’était pas efficace, il a donné le feu vert à la multiplication des extraits vidéos sur les réseaux sociaux, et donc à Netflix pour sa série.

Pour sa première saison, "Drive to survive" n’avait principalement accès qu’aux petites écuries. Mais les grosses, notamment Ferrari et Mercedes, ont vite compris leur intérêt, et ont ouvert leurs portes pour les deux suivantes. "Un passionné pur et dur de la Formule 1 n'a pas besoin de Netflix pour se lever à cinq heures du matin pour regarder une course, expliquait courant mars l’ancien pilote Paul Belmondo à BFMTV. Mais pour une personne qui ne l'est pas, justement, le fait d'ajouter un peu de fiction, de musique, un côté dramatique, a fait que c'est devenu comme une série télé, les gens sont accrochés à ça." Notamment les jeunes, ciblés par la F1 et Liberty Media.

Daniel Ricciardo
Daniel Ricciardo © AFP

… et que Canal+ a bien fait le travail

En France, le public a également été bien servi par le traitement de Canal+. La chaîne cryptée, qui a récupéré la diffusion de la F1 en 2013 après vingt ans de TF1, a su mettre en valeur la discipline grâce à des émissions bien ficelées, des reportages, des interviews, des séquences techniques et immersives, et une équipe mêlant experts et passionnés.

Parmi eux, le duo de commentateurs Julien Fébreau-Jacques Villeneuve, qui a souvent été salué ces derniers mois pour son enthousiasme lors des moments forts, mais aussi son professionnalisme lors du terrible accident de Romain Grosjean.

Depuis trois ans, les audiences ont décollé. En 2020, Canal+ a enregistré 962.000 spectateurs de moyenne par Grand Prix (+27% par rapport à 2019), ses meilleurs chiffres depuis 2013. Et depuis le début du championnat du monde 2021, c’est record sur record.

Le premier Grand Prix de la saison à Bahreïn, diffusé en clair, a enregistré une moyenne d’1,89 million de téléspectateurs, avec un pic à 2,34 millions. Le retour au traditionnel crypté n’a pas cassé la dynamique, puisque la moyenne lors du Grand Prix de Monaco fin mai était à 1,35 million de téléspectateurs (avec un pic à 1,74, record en payant), et celle en Azerbaïdjan début juin à 1,20. A titre de comparaison, c'est mieux que beaucoup de matchs de Ligue 1 et Canal+ ne se gêne pas pour le faire savoir.

Parce que le suspense est de retour cette saison

Les documentaires, les commentaires, c’est bien, mais pour intéresser le public sur la durée et le fidéliser, il faut aussi du spectacle et du suspense sur la piste. Cela tombe bien: après sept années de domination sans partage de Mercedes, dont six couronnes pour le seul Lewis Hamilton, l’issue du championnat 2021 est plus incertaine que jamais.

Après six étapes, c’est le Néerlandais Max Verstappen avec sa Red Bull (105 points) qui devance le champion du monde en titre (101 points), conscient que sa voiture n’est plus aussi dominatrice, et un peu nerveux. Alors qu’il avait l’occasion de signer un gros coup au général en Azerbaïdjan après le crash de Verstappen, Hamilton a commis une grossière erreur à deux tours de la fin… et terminé 15e. Autant dire que les deux hommes auront à cœur de se rattraper ce week-end au Castellet.

Lewis Hamilton et Max Verstappen au coude à coude
Lewis Hamilton et Max Verstappen au coude à coude © Icon Sport

Parce que les Français sont à la hauteur

Plus de Grand Prix de France, plus d’écurie française, et des pilotes tricolores généralement habitués aux places du fond: la F1 bleu-blanc-rouge a connu un trou d’air au milieu des années 2010. Difficile, dans ces conditions, de jouer sur la fibre patriotique du public français, et de le concerner.

Mais aujourd’hui, le constat est bien différent: disparu en 2008, le GP de France est revenu au calendrier en 2018, Renault (devenu Alpine il y a quelques mois) a également fait son retour comme constructeur en 2016 après quatre ans de pause, et les pilotes maison ont la cote.

Si Romain Grosjean a tiré sa révérence en 2020 (et de quelle manière !), ils sont encore deux sur la grille: Pierre Gasly (25 ans) chez AlphaTauri et Esteban Ocon (24 ans) chez Alpine. Deux Normands, et surtout deux garçons en mesure de viser des gros points à chaque course. Ocon a ainsi signé son premier podium fin 2020 lors du GP de Sakhir, et Gasly a lui décroché une victoire historique en septembre dernier lors du GP d’Italie à Monza. Historique, parce que personne ne le voyait à un tel niveau avec sa voiture, et parce que la France attendait une victoire depuis 1996 et le triomphe d’Olivier Panis à Monaco.

Les téléspectateurs ont d’ailleurs répondu présent, puisque le dernier tour de Gasly à Monza a constitué le pic d’audience de toute la saison pour Canal+. Ce dernier ne s’est pas endormi sur ses lauriers, et a encore terminé sur le podium il y a deux semaines à Bakou.

Parce que les têtes pensantes ont des idées novatrices

On l’évoquait précédemment: le passage de la F1 sous pavillon Liberty a changé beaucoup de choses. En termes de traitement télévisuel, mais aussi de gestion des médias (pools de trois pilotes avant les courses), des supporters (tribunes réservées, shows urbains) et de spectacle.

L’introduction de nouveaux Grands Prix a fait grincer quelques dents, mais force est de constater que certains sont très réussis, comme celui sur le circuit urbain de Bakou en Azerbaïdjan. La nouvelle réglementation en 2022 et la mise en place des budgets plafonnés pourrait également homogénéiser les performances des monoplaces, et donc offrir plus de duels serrés entre pilotes – même s’il faudra le voir en pratique. Dernièrement, la F1 a en outre annoncé la mise en place de "qualifications sprints" lors de certaines étapes au calendrier. Un format inédit, qui vise à renforcer l’intérêt autour de la journée de samedi, veille de la grande course. Elles ne sont pas toujours bonnes, mais les têtes pensantes de la F1 ont donc le mérite d’avoir des idées.

https://twitter.com/clementchaillou Clément Chaillou Journaliste RMC Sport