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EXCLU RMC SPORT

Cyclisme: "Evidemment qu'il y a le feu", Pineau et B&B Hôtels ont 15 jours pour survivre

Alors que l'intersaison bat son plein, l'équipe cycliste B&B Hôtels est toujours dans le flou quant à son avenir. La formation bretonne, qui avait annoncé lors de l'arrivée du dernier Tour de France un partenariat avec la ville de Paris, espère toujours changer de dimension avec l'arrivée d'un ou plusieurs sponsors d'envergure mais aucune discussion n'a encore abouti. Alors que date limite fixée par l'UCI et la DNCG était fixée au 15 novembre, son manager Jérôme Pineau a obtenu un délai jusqu'à la fin du mois. Tout va donc se jouer ces deux prochaines semaines. Silencieux depuis des semaines, l'ancien coureur fait le point pour RMC Sport. Combattif mais aussi conscient plus que jamais du danger qui guette.

Jérôme, nous avons dépassé la date limite du 15 novembre pour présenter le dossier de votre équipe auprès de l'UCI. Où en êtes-vous ?

On est clairement dans une situation d'attente. J'ai eu beaucoup de rendez-vous avec beaucoup d'entreprises. On attend maintenant que ça se finalise avec toujours cette ambition de mettre en place une équipe masculine mais aussi une équipe féminine de haut niveau et une académie. On a prévenu les instances nationales et internationales qu'il nous fallait un délai car le timing des entreprises concernées le demande. J'ai cinq sociétés qui ont envie de nous suivre. Concrètement, on attend des réponses les 21, 28 et 29 novembre prochain. On parle de pistes très sérieuses qui en valent la chandelle. Les banques nous suivent. Les contrats des coureurs sont prêts. B&B Hôtels s'est déjà engagé à nouveau. Il nous reste l'arrivée d'un dernier grand sponsor qui prend le temps de se décider.

Comment en êtes-vous arrivés à cette situation ?

Après la signature du partenariat avec la ville de Paris, dès le mois de mai, le dossier était bien avancé avec les entreprises. La ville de Paris nous soutient. Elle nous a aidé pour avoir des rendez-vous importants mais ce n'est pas une entreprise de sponsoring puisqu'on le rappelle, il y a zéro argent public. Ensuite, ces derniers mois, avec l'instabilité sociale, le contexte économique du moment, des sponsors ont fait marche arrière ce qui fait que mi-novembre, on est toujours à la recherche de financement.

Que se passera-t-il si vous ne trouvez pas ces financements ?

Si toutes sociétés avec lesquelles on est en attente disent non, on est en grand danger et l'équipe ne survivra pas pour être au niveau qu'on souhaite. Le budget réuni aujourd'hui n'est pas suffisant pour ça. Les sommes recherchées, je les garde pour moi (NDLR: on parle de 10 millions d'euros pour un budget total de 15 millions environ). Ce qui est sûr, c'est que si l'UCI et la DNCG me demandent les comptes demain, on ne pourra pas faire la saison en Pro Team.

Vous lancez un ultime appel aux éventuels sponsors ?

Je ne suis pas là pour faire un appel aux dons. C'est évident que si un chef d'entreprise aujourd'hui a envie de nous aider, on ne lui claquera pas la porte au nez mais on est surtout dans l'attente. On a beaucoup travaillé. On a contacté plus de 1000 entreprises, eu une centaine de rendez-vous. Maintenant, on attend la réponse finale.

Comment vos coureurs vivent la situation ?

Les coureurs sont au courant quotidiennement de la situation. Je tiens à dire qu'ils ont tous beaucoup de courage car aucun n'a fui. On est tous soudé derrière notre projet. On a envie que cette aventure continue même si ça ferait surement plaisir à certains qu'elle s'arrête.

Mark Cavendish - 34 victoires sur le Tour de France, recordman avec Eddy Merckx des victoires sur la Grande Boucle - devait normalement vous rejoindre. Est-il toujours dans le projet?

Oui et s'il ne croyait pas dans le projet, il aurait déjà signé ailleurs. Il a envie d'être avec nous. J'ai envie qu'il soit avec nous mais aujourd'hui, je suis obligé de dire qu'il ne fait pas partie de l'équipe. Mais Mark est force de proposition et de soutien. Il fait partie de notre plan pour aller plus haut.

Dans quel état d'esprit êtes-vous ? Êtes-vous inquiet ?

Evidemment qu'il y a le feu ! On a plus que quinze jours pour tout boucler. Heureusement, on ressent beaucoup de bienveillance à commencer par les instances qui sont là pour promouvoir les projets, pas pour leur mettre des bâtons dans les roues. Le délai qu'on nous accorde n'ira pas au-delà de début décembre. L'avenir de l'équipe est menacé mais on reste très optimiste sur le fait d'avoir une équipe de très haut niveau car l'envie est là de nous accompagner. Mais ce n'est juste pas moi qui décide. Je vais y croire jusqu'à la dernière minute.

Propos recueillis par Xavier Grimault