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Tour de France: en 2023, la dernière grande explication de la Grande Boucle dans les Vosges

En 2023, pour la première fois de l’histoire du Tour de France, une grande étape de montagne en ligne placée la veille de l’arrivée sur les Champs-Elysées se déroulera dans les Vosges. Avec six ascensions répertoriées et un dénivelé positif de 3500 mètres, elle amènera le peloton de Belfort au plateau du Markstein dans un format concentré de 133 kilomètres, presque sans le moindre mètre de plat. 

Il y a ce que l’on croit, et ce que l’on voit. En la matière, les Vosges sont indéniablement surprenantes. Car sous leurs airs bucoliques, les sommets caractéristiques de ce massif aux courbes bien moelleuses cachent une réalité pas si agréable que cela pour le cycliste en quête de tranquillité, une réalité bien enfouie sous l’épaisse fourrure de la forêt.

Pour s’en rendre compte, il suffit de prendre la voiture et de parcourir la route de la future 20e étape du Tour 2023, une route qui pourrait bien se transformer en chemin de croix pour les jambes les plus fatiguées du peloton. "On retrouve ici des difficultés qu’on n'a pas dans les Alpes s’enthousiasme d’emblée Pierre Jérôme, l’adjoint aux sports de la mairie de Belfort. Alors oui, c’est sur des portions souvent plus courtes mais avec une intensité beaucoup plus forte, et avec aussi la possibilité de multiplier montées et descentes en permanence, c’est hyper vallonné et on a aucune difficulté à faire un tracé spectaculaire et sportivement intéressant."

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"Le vélo, ce n’est pas que les Alpes et les Pyrénées"

Et c’est sans doute ce qui a convaincu la société organisatrice du Tour de France de servir les Vosges en guise de dessert pour son édition 2023. Un terrain que connaît très bien le traceur de la Grande Boucle, Thierry Gouvenou, pour l’arpenter sans relâche depuis de très nombreuses années, en quête de nouvelles routes toujours plus difficiles pour le peloton. Il y avait notamment concocté une étape du Tour 2014 qui avait conduit à l’abandon d’Alberto Contador. El Pistolero avait chuté dans le bas de la vertigineuse descente du Petit Ballon, ouvrant alors une voie royale au succès final de l’Italien Vincenzo Nibali.

"Depuis longtemps avec Christian Prudhomme, le directeur du Tour, on veut mettre en avant les massifs intermédiaires explique Thierry Gouvenou, car on veut prouver qu’ils peuvent eux aussi être le théâtre d’une explication finale. Avec cette étape, on est très confiants poursuit l’architecte du parcours du Tour, dans l’esprit des gens je pense qu’après ce passage, ils se diront que le vélo, ça n’est pas uniquement dans les Alpes et les Pyrénées. On s’est aussi rendu compte au fil du temps que mettre 3 grands longs cols dans les Alpes ne garantissait pas d’avoir de la course et du spectacle. On a parfois tenté des choses très dures avec un enchaînement de cols longs et on a eu des arrivées au sprint."

Une ascension inédite trouvée sur Strava

Les 133 kilomètres de cette étape, voulue comme d’habitude très courte en fin de Tour de France afin de rendre la course plus dynamique et les actions plus soudaines et intenses, emprunteront donc six ascensions. Bien connu du Tour de France pour avoir été le premier grand sommet à jamais abordé par le peloton en 1905, le Ballon d’Alsace ouvrira les débats par le biais de son versant le plus facile (11.5km à 5.3%), le plus direct également en partant de Belfort, afin de laisser un minimum de plat et de répit aux coureurs. Cette mise en bouche plutôt très roulante pourrait permettre du haut de ses 1173 mètres d’altitude à une échappée de prendre quelques mètres d’avance sur le peloton des favoris.

La suite sera d’abord composée d’un triptyque en milieu d’étape supposé casser les jambes des coureurs. Passant à quelques kilomètres de Ventron, la station d’enfance du champion olympique de slalom Clément Noël, le peloton empruntera alors le Col de la Croix des Moinats et ses 891 mètres d’altitude, qui sous la pluie de l’été 2014 servit de rampe de lancement au Toulousain Blel Kadri pour aller remporter une étape à Gérardmer. Mais le versant emprunté en 2023 (5.2km à 7.1%) sera lui complètement inédit. Avec des rampes à 10% au pied et un sommet un peu plus facile, ce sera là le début des grandes difficultés.

"Je l’ai découvert en cherchant notamment sur l’application Strava pour voir où passent les cyclotouristes explique Thierry Gouvenou. Je fais ça dans toutes les régions, et si quelque chose me plaît, je croise avec d’autres logiciels puis je fais une visite sur le terrain pour valider le fait que ce soit possible de passer là avec le Tour. En l’occurrence ici ça va passer sans problème d’autant que la descente derrière est belle et sur une route large donc il n’y a aucun souci."

Peloton éparpillé en 1000 morceaux

Une fois la courte descente accomplie, le peloton n’aura pas le temps de souffler puisqu’il devra s’enquiller le Col de Grosse Pierre (3.3 km à 8%) et son petit Mur de Huy Local, "la Traverse de la Roche", une portion de 1.2km à 12.2% de pente moyenne et ses passages jusqu’à 18%. Là aussi une trouvaille de Gouvenou il y a quelques années. "On s’aperçoit dans le cyclisme moderne que c’est ce genre de pente qui fait des différences, analyse l’ancien coureur. Si on met des pentes régulières, les coureurs calculent leurs watts et lissent leurs efforts, alors que sur des pentes comme ça il peut se passer des choses intéressantes et notamment des défaillances." Déjà placée dans le tracé du Tour 2014, cette ascension avait alors éparpillé le peloton en 1000 morceaux.

Passé ensuite le Col de la Schlucht (4.3 km à 5.5%), les coureurs seront de nouveau amenés à redescendre en altitude avant d'embrayer immédiatement sur le final de cette étape où les kilomètres déjà avalés pourraient coûter très cher et créer des écarts. Des routes déjà empruntées par le Tour de France femmes au mois de juillet, là où la Néerlandaise Annemiek Van Vleuten avait entamé sa grande conquête du maillot jaune.

Une ascension inédite dès 2024 ?

L’ascension d’abord du Petit Ballon (1163 mètres) via une route forestière très rugueuses s’annonce déjà avec ses 9.1 km à 8.1% comme un véritable calvaire. Thierry Gouvenou prévient d’ailleurs les coureurs: "on annonce une montée moyenne à 8.1% mais avec le mauvais revêtement on peut considérer qu’on est à 9%, et des cols avec une telle difficulté on n'en a pas souvent dans le Tour."

D’autant que la descente très périlleuse dans la foulée se conclura par un virage en épingle sur la gauche très étroit avant d’entamer sans un seul mètre de répit l’ultime grande ascension du jour et de ce Tour 2023, le Col de Platzerwasel (1183m), et ses 7.1 km à 8.4%, avant une arrivée sur les terres du plateau du Markstein, au pied du Grand Ballon. Si la station accueillit naguère dans le froid de février plusieurs slaloms de la Coupe du Monde de ski alpin, dont deux furent remportés par le meilleur skieur de l’histoire, le Suédois Ingemar Stenmark, c’est bien des organismes en surchauffe qu’elle devrait voir arriver le samedi 22 juillet après les 133 kilomètres de cette étape "sprint".

Une arrivée d’autant plus inattendue en 2023 que Cyril Ast, le président de la Communauté de Communes de la Vallée de Saint-Amarin sur le territoire de laquelle se situe Le Markstein, n’avait pas vraiment contacté le directeur du Tour Christian Prudhomme pour cela à la base il y a moins de deux ans. "C’est une grande fierté" reconnaît l’élu, dont le souhait initial était de parvenir via les organisateurs du Tour à faire asphalter la très étroite route forestière de la Ferme du Haag, qui arrive elle aussi au Markstein. L’opération aura d’ailleurs lieu au printemps prochain et devrait offrir dès 2024 la possibilité d’une nouvelle ascension de près de six kilomètres avec plusieurs murs à 15 voire 19%.

Arnaud Souque