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Pourquoi l’incertitude plane sur la prochaine Copa America

La Copa America prévue du 13 juin au 10 juillet en Argentine et en Colombie se retrouve en grand danger en raison de la situation sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19 et à de violentes manifestations.

Le match remporté par l'équipe brésilienne de l'Atletico Mineiro contre la formation colombienne de l'América de Cali (3-1) dans la nuit de jeudi à vendredi en Copa Libertadores a été interrompu cinq fois par des gaz lacrymogènes employés par les forces de l'ordre pour disperser une manifestation antigouvernementale près du stade de Barranquilla au nord de la Colombie.

Si cet événement semble déjà suffisamment important en lui-même, il inquiète grandement à environ un mois du début la Copa America (13 juin - 10 juillet) organisé en Argentine et en Colombie.

D’une part parce que l’enceinte de Barranquilla doit accueillir plusieurs rencontres de la compétition. D’autre part car la crise sociale reste toujours aussi vive en Colombie. Depuis près de trois semaines, le pays a basculé dans la violence et les affrontements avec les forces de l'ordre ont fait 42 morts et plus de 1.500 blessés. Une situation qui interroge sur le maintien de la Copa America même si le gouvernement colombien entend en faire un symbole d’unité.

A l'heure actuelle, la tenue de la compétition à Medellin, Cali et Bogota et Barranquilla, où doit se disputer la finale le 10 juillet, semble difficilement imaginable. Le président colombien conservateur Ivan Duque a pourtant assuré il y a quelques jours que "la Copa va se dérouler (...) dans les deux pays", rappelle ainsi l’AFP ce samedi. Selon lui, l'organisation de la compétition "serait un message important en ce moment".

Les joueurs et entraîneurs sud-américains inquiets

Un jour avant les incidents du match entre l’América de Cali et l'Atletico Mineiro, les rencontres de l’Atletico Medellin face au Nacional Uruguay et celle de Junior contre River Playte ont également été impactées par les événements sociaux en Colombie.

L'entraîneur de River Plate Marcelo Gallardo, ex-joueur de Monaco et du Paris-SG, a même estimé après la rencontre qu'"il n'est pas normal de venir jouer un match de football dans une situation aussi instable, au milieu de ce que vit le peuple colombien".

Le coordinateur de la sélection brésilienne de football, Juninho Paulista, a partagé son ressenti ce vendredi et a confirmé suivre "la situation au quotidien, en dialogue avec la CONMEBOL", l'instance dirigeante du football en Amérique du Sud.

"Nous disons clairement que nous ne voulons pas que se reproduise ce qui s'est passé" à Cali avec le club brésilien Atlético Mineiro, a souligné l'ex-champion du monde 2002. Idem pour le sélectionneur brésilien Tite a lui aussi fait part de son "inquiétude" lors de l'annonce du groupe pour les qualifications sud-américaines au Mondial 2022, des matchs disputés la semaine précédant le match d'ouverture de la Copa America, le 13 juin, à Buenos Aires.

Jeudi lors d'une réunion virtuelle, le Conseil de la CONMEBOL n'a abordé le sujet de la Copa América que de manière indirecte, a indiqué une source interne à l'AFP. Pourtant les rumeurs étaient insistantes ces derniers jours sur d'autres pays prêts à remplacer l'hôte colombien au pied levé. La Colombie "reste décidée" et sa volonté d'organiser l'événement "n'a jamais fait l'objet du moindre doute" pour la confédération, a cependant assuré cette source.

Huis clos et vaccination face au Covid-19

La situation sanitaire constitue l’autre motif d’inquiétude pour cette édition de la Copa America. A l’heure où plusieurs pays européens s’apprêtent à rouvrir les tribunes au public, la hausse du nombre de contamination en Argentine et en Colombie fait craindre le pire pour la compétition. Si l'inquiétude ne semble pas transpirer de la CONMEBOL, le président argentin Alberto Fernandez avait lui pourtant été moins catégorique que son homologue colombien.

"Je ne veux pas gâcher la fête de la Copa America, mais je veux que nous soyons très raisonnables, très prudents. Comme la plupart des pays d'Amérique du Sud, l'Argentine et la Colombie font état d'une forte augmentation des cas d'infection au Covid-19, ce qui met le système de santé à rude épreuve", avait prévenu le dirigeant argentin dès la fin avril.

Depuis, c'est silence radio des autorités argentines sur le sujet, occupées à tenter de freiner la flambée des infections. En Colombie, le taux d'infection pourrait même augmenter en raison des foules rassemblées lors des manifestations.

Néanmoins l’idée d’organiser la Copa America à huis clos reste une possibilité. Grâce à 50.000 doses de vaccin offertes par la société pharmaceutique chinoise Sinovac, la CONMEBOL espère également pouvoir vacciner tous les participants au tournoi et ainsi permettre au football de suivre son cours sans se soucier du coronavirus.

JGL avec l'AFP